jeudi 17 avril 2014

Les grands groupes de traduction en France

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[MàJ - 27 avril 2014] Les acteurs du marché de la traduction en France (synthèse en un seul billet de celui-ci et du précédent)

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Dans le sillage du billet sur le marché de la traduction en France depuis 2010 où j'ai pu identifier 14 grands groupes jouant un rôle significatif tant par leur présence que par leurs chiffres d'affaires, j'ai décidé d'approfondir leur évolution et leur positionnement sur le marché français, en puisant à différentes sources d'infos : communication institutionnelle de ces groupes, notes d'investisseurs, Infogreffe, voire estimations prudentes de ma part (pour Optilingua International et CPW Group, par exemple).

Au final je n'ai conservé que 12 groupes sur 14, en écartant de mon analyse Lionbrige et Transperfect, car il m'est devenu impossible de quantifier de manière fiable la part que représente le marché français proportionnellement à l'ensemble de leur C.A. mondialisé.

Exemple pour Lionbridge avec le C.A. 2013 : presque 489 M$ dont 70,2 % seulement représentent la partie Langues (traduction, localisation, interprétation, etc.), soit un peu moins de 115 M$ juste pour l'Europe de l'Ouest. Or comment calculer la seule part de la France, ou du seul marché français qui dépasse les frontières hexagonales ? Tout cela ne serait qu'une pauvre approximation... Idem pour HP ACG.

L'origine des groupes que j'ai retenus est donc essentiellement enracinée sur le marché francophone (France, mais aussi Belgique pour Telelingua ou Suisse pour Optilingua International), même si tous tendent de plus en plus à se diversifier pour partir à la conquête d'autres marchés.

Cela étant, il y a deux points marquants qui ressortent de mon analyse :
  • la forte concentration qui caractérise depuis des années le marché mondial de la traduction et des industries de la langue est en train de se reproduire au niveau français, et selon moi ce n'est que le commencement ;
  • en France (on a déjà vu ça aux États-Unis avec Google qui a complètement révolutionné le domaine de la traduction automatique), l'arrivée dans la cour des grands d'un acteur totalement étranger à la traduction et aux industries de la langue - ORTEC - est une ligne de démarcation entre un AVANT (où le cœur de métier des différents acteurs était quand même l'industrie linguistique au sens large) et un APRÈS (où les acteurs dominants pourront également provenir d'autres domaines, tels que la finance, la gestion, etc.), un phénomène probablement précurseur de nouveaux bouleversements.
J'ai classé ces groupes par C.A. (déclaré ou estimé) et par ordre décroissant :
  1. ORTEC 1 Md€
  2. Ubiqus 60 M€
  3. Telelingua 17 M€
  4. Datawords Datasia 16 M€
  5. Linguistique Communication Informatique 15 M€
  6. Technicis 11 M€
  7. Tradutec 10 M€
  8. Optilingua International 10 M€
  9. ADT International 8 M€
  10. WHP INTERNATIONAL 7 M€
  11. HL TRAD 6 M€
  12. CPW Group 3 M€
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1. ORTEC (CA : 1 Md€) (22 pays, dont France, Italie et Afrique)

Extrait du communiqué de presse du groupe :
[Avec l'acquisition de Sonovision le 13 février 2014], le groupe indépendant Ortec franchira, en 2014, le cap du milliard d’euros de chiffre d’affaires, employant plus de 8 600 collaborateurs répartis sur 160 implantations en France et à l’International.
(...)
Sonovision, dont le siège est à Paris, est leader en Europe dans les services d’ingénierie logistique et documentaire pour l’industrie aéronautique et spatiale. Le groupe réalise 120 M€ de chiffres d’affaires, emploie 1 600 personnes, dispose de 17 implantations en France et de 7 filiales à l’étranger.
Or en juillet 2003 Sonovision avait à son tour fait l'acquisition d'un pure player, le groupe GEDEV, en vue de renforcer son pôle traduction :
Cette prise de participation s'est faite par acquisition directe de titres et par l'apport de l'activité traduction du Centre Technique Parisien de SONOVISION-ITEP. Ces opérations permettent à SONOVISION-ITEP de détenir de l'ordre de 75 % du capital de la nouvelle société holding GEDEV International. 
La société holding GEDEV International contrôle à 100 % trois filiales d'exploitation : GEDEV S.A., Biat et Netword. 
Cette prise de contrôle de GEDEV International, nouvelle filiale de SONOVISION-ITEP, en fait le leader français de la traduction avec un chiffre d'affaires de plus de 7 M€. SONOVISION-ITEP franchit ainsi une étape supplémentaire dans la mise en œuvre de sa stratégie de développement. Ce nouvel ensemble dispose de la taille lui permettant de développer rapidement l’activité de traduction notamment auprès des principaux industriels européens.
Par conséquent, une décennie et quelques acquisitions plus tard, nous nous retrouvons avec LE premier groupe français dans la traduction, ORTEC, totalement inconnu au bataillon il y a 3 mois !

Avec un pôle spécialisé dans l’aéronautique et l'ingénierie, notamment dans les secteurs du nucléaire et de la chimie-pétrochimie, sans oublier l'expertise de GEDEV dans ses domaines traditionnels (Energie & environnement, Finance, Agroalimentaire, Cosmétique & luxe, Juridique, Marketing & communication, Santé, Techniques & IT, Interprétation, etc.).

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2. UBIQUS (CA 60 M€) (Paris, Londres, Madrid, Waterford [Irlande], Zaventem [Bruxelles], New York, Los Angeles, Ottawa, Montréal, Italie)

Ubiqus est un groupe français créé en 1991 (sous le nom de Hors-Ligne), qui a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de plus de 60 millions d'euros dans le monde, dont la filiale spécialisée depuis 2008, TECTRAD, est depuis longtemps un acteur de tout premier plan dans la traduction juridique et financière. Il me semble cependant que le gros du CA est généré dans d'autres secteurs que la traduction, il serait intéressant d'en connaître la répartition...
En tout cas, un groupe avec lequel il faudra compter !

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3. TELELINGUA (CA 17 M€) (Bruxelles, Paris, Munich, New York, Shenzhen, Beijing, Tokyo)

Chiffre d’affaires du groupe en 2013 : 17,2 millions d’euros. J'ai donné une idée des résultats du groupe dans mon dernier billet, mais l'écart entre le CA des deux groupes précédents et celui de Telelingua (et des groupes qui suivent dans le classement) s'explique probablement par la diversification des activités d'Ubiqus et, surtout, d'Ortec, là où Telelingua et les autres peuvent être considérés comme des "pure players" de la traduction, apparemment moins enclins que les deux premiers à diversifier leur métier historique. À suivre...

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4. DATAWORDS DATASIA (CA 16 M€) (Hong-Kong, Tokyo, Seoul, Paris, Milan, Düsseldorf, Londres) 

Une note financière d'investisseurs ayant participé au tour de table de Datawords précise que le C.A. prévu en 2011 était de 16 millions d'euros (cf. communiqué de Capzanine), pour ce groupe fournisseur de services multilingues clé en main, très orienté communication online et référencement, y compris en Chine.

Dans un précédent communiqué de presse (2009), Alexandre Crazover, cogérant de Datawords, déclarait :
« Datawords a développé un modèle peu connu en Europe mais plus largement répandu dans les pays anglo-saxons : la localisation, c’est-à-dire la traduction et l’adaptation des éléments de communication des marques internationales pour l’ensemble de leurs marchés: sites Internet, Cdroms, brochures, vidéos, catalogues,… Ce service fait appel à des compétences linguistiques, marketing et techniques et permet à Datawords de mettre en œuvre sa capacité à dialoguer avec les diverses filiales d’une marque. »
En Chine par exemple, où la guerre des moteurs de recherche fait rage après l'éviction de Google, Datawords collabore avec Baidu :


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5. LINGUISTIQUE COMMUNICATION INFORMATIQUE (CA 15 M€) (13 implantations en Europe, Afrique, Chine) 

Le groupe, présent sur trois continents avec un CA 2013 de 15 millions d'euros en hausse de 15 % par an (10 % l'objectif fixé pour 2014), est un peu une spin-off de la Maison du Dictionnaire, née comme SSI et qui se définit aujourd'hui comme l'un des principaux opérateurs du marché dans le monde de la communication multilingue en France, avec une volonté de proposer à ses partenaires une démarche industrielle qui réponde à leur besoin de communication technique multiculturelle.

Tiens, puisqu'on en parle, je ne saurais trop vous conseiller ce billet sur les enjeux et la nature d'une communication multilingue, bien qu'il date un peu (2007), je le trouve toujours d'une grande actualité...

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6. TECHNICIS (CA 11 M€) (Paris, Londres)

Créé par M. Eric du Fraysseix et défini comme « groupe familial indépendant », je trouve le site "institutionnel" de Technicis un peu poussiéreux (le CA indiqué est celui de 2011, par exemple), un peu trop "plaquette publicitaire" du siècle dernier, mais sûrement pas à la hauteur des "ambitions internationales" affichées par le groupe. Un coup de jeune serait le bienvenu, car même si l'habit ne fait pas le moine, le site tel qu'il est renvoie l'image d'une agence de quartier plutôt que celle d'un groupe réalisant plus de 11 millions d'euros de CA...

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7. TRADUTEC (CA 10 M€) (France, Belgique, Luxembourg)

Le site de Traductec est un peu plus intéressant que celui de Technicis, mais légèrement dépassé aussi :
Tradutec, fondé en 1962, est le leader de la traduction en France, avec un chiffre d’affaire de plus de 10 millions d’Euros...
Correction : « Tradutec, fondé en 1962, est un des leaders de la traduction en France, avec un chiffre d’affaire (quelle année ?) de plus de 10 millions d’Euros... »

Certaines rubriques ont même l'air carrément à l'abandon, et il faut donc se reporter au bandeau au bas de la page d'accueil pour avoir une idée des différentes sociétés qui composent le groupe, et notamment les pôles juridique ou médical-pharmaceutique.

Cela dit ces sites ne sont pas à la hauteur de ces groupes, ils ont une philosophie dépassée, statique, sans aucune dimension sociale ni de création de contenus. Si quelque responsable me lit, on peut toujours en parler...

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8. OPTILINGUA INTERNATIONAL (CA 10 M€) (Autriche, France, Allemagne, Luxembourg, Portugal, Espagne, Royaume-Uni, Danemark, Suisse, Belgique, Italie)

Optilingua International fait encore mieux, en n'ayant aucun site dédié ! Je renvoie donc le lecteur à ce que j'en disais dans mon précédent billet :
Avec un C.A. moyen de 5 268 323 € sur la période 2009-2012, Alphatrad France est la filiale française du groupe franco-suisse Optilingua International, dont la brochure institutionnelle ne fournit malheureusement aucun chiffre intéressant sur les volumes d'affaires du groupe (ce qui semble devenir la règle...).
On a beau vouloir se positionner comme « un des leaders internationaux de la traduction » et revendiquer des filiales dans une dizaine de pays, cette absence quasi-totale de communication institutionnelle proportionnelle à l'image de ce que devrait être "un leader international de la traduction" est vraiment paradoxale !


Franchement je trouve qu'il est anachronique de vouloir se présenter comme un "leader" d'une part, et de ne fournir de l'autre aucune information utile pour étayer cette prétention. C'est peut-être très franco-français cette manie, mais en aucun cas ce n'est satisfaisant, y compris pour les clients potentiels...

Quoi qu'il en soit, pour faire une estimation prudente, j'ai doublé le CA d'Alphatrad France, en supposant que les filiales des dix autres pays réalisent au moins autant que le bureau français.

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9. ADT INTERNATIONAL (CA 8 M€) (France, Belgique)

J'ai expliqué dans mon précédent billet comment je suis parvenu à ce chiffre d'affaires de 8 millions d'euros : autant d'après les données Infogreffe (8 369 834 € sur la période 2010-2012, sans compter la société belge), que selon une info financière de la société Linkers, nous informant que le C.A. était évalué en 2013 à 8 millions d'euros :


Cédric Loison, qui avait déjà vendu Artinternet à Net.Works en 1999, a pu reprendre le contrôle d'ADT grâce à cette opération financière. Dans un livre écrit en 2010, intitulé "Les Cartes de la Réussite - Patron, un métier qui s'apprend", il nous révélait :
 J'ai créé ADT International, société de traduction qui a remporté un grand succès. Aujourd'hui, me voilà à la tête de cinquante salariés, avec un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros, dont 5 millions de marge brute ! 
Il faut croire qu'il y a eu recentrage entre 2010 et 2013 (ce qui n'enlève rien à sa réussite, soyons clair)...

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10. WHP INTERNATIONAL (CA 7 M€) (Sophia-Antipolis, Paris, Bratislava, Shanghai) 

Autre groupe très axé vers l'international en général et l'Asie en particulier, je n'ai pu identifier qu'un C.A. dépassant 7 millions d'euros dans leur bilan au 31/12/2009, rien pour les années suivantes et pas grand chose non plus dans leur brochure institutionnelle.

Bien que basé en France, le groupe communique plus volontiers en anglais : d'ailleurs leur site français est H.S., et la déclinaison dans les autres langues ne m'a pas l'air en forme non plus !

Quand on parle des cordonniers les plus mal chaussés, il y a bien une raison...


Il se différencie en se positionnant à mi-chemin entre les grands fournisseurs de services linguistiques et les agences traditionnelles : « Compared with large LSP (Language Service Provider) and Translation Agency, WhP remains an excellent alternative », mais également sur des secteurs comme la formation, les jeux ou encore la localisation de contenus multimédias.

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11. HL TRAD (CA 6 M€) (Paris, Bruxelles, Londres, Genève) 

Spécialisé dans le droit, la finance et le conseil, le groupe déclarait « un CA de près de 6 millions d’euros en constante croissance » (avec 2013 en hausse de 21,1% par rapport à 2012), en constatant sur son compte Twitter que les avocats vont enfin être « autorisés à recourir à la publicité ainsi qu’à la sollicitation personnalisée », ce qui ouvre naturellement de nouveaux horizons pour les consultants, pas seulement juridiques, mais aussi marketing et Web. Il y a là un marché potentiel significatif, et toute une stratégie à mettre en oeuvre, autant côté consultants que clients...

[MàJ - 22 avril 2014] L'annonce vers laquelle renvoyait le lien étant périmée, HL TRAD m'a demandé de le supprimer, dont acte ! (même si l'annonce, bien que périmée, témoigne encore de ce qu'à l'époque, HL TRAD communiquait sur 6 M€ de CA).

En attendant, l'entreprise dirigée par Éric Le Poole envisage de se développer à l’international avec l'ouverture de nouveaux bureaux en Italie, Allemagne et Espagne...

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12. CPW GROUP (CA 3 M€) (Paris, Londres, New York, Toronto, Montréal, Rio de Janeiro)

Nous voici enfin arrivés au petit dernier, dont j'évalue prudemment le CA autour de 3 millions d'euros, mais qui n'a guère évolué depuis 2007 (2,136 M€) ce qui semble un peu en contradiction avec les annonces :


En effet, si l'on donne pour acquis une hausse moyenne de 15 % par an de son chiffre d’affaires depuis 2005, le CA du Groupe devrait dépasser aujourd'hui 5 millions d'euros.

Donc puisque son fondateur, M. Philippe Willemetz, a laissé depuis 7 mois les rênes du marketing à son fils, Alexandre, j'espère que cela se traduira par une évolution perceptible en termes "sociaux" et de rajeunissement des contenus.

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CONCLUSION

D'aucuns trouveront peut-être que je n'ai pas été très prolixe sur chacun de ces 12 groupes, mais en réalité cela est dû à la rareté des informations qu'ils fournissent, voire d'une manière générale à la pauvreté de leur communication et de leur présence Web, tout à fait insuffisantes, selon moi, au regard des ambitions affichées : leaders de ceci ou de cela, alors qu'en fait il suffit de l'arrivée d'un nouvel acteur totalement inconnu il y a trois mois encore pour les reléguer au rang de groupes de province, qui ressassent plus ou moins tous les mêmes choses, sans véritable capacité de différenciation, ou si peu...

Cela fait longtemps que je m'occupe des acteurs majeurs du Web, et il y a une critique que j'ai souvent faite à Yahoo!, qui n'a jamais eu ni mission ni vision ! Idem pour les groupes que j'ai mentionnés ci-dessus, et dont j'aimerais bien connaître quelle est leur mission / leur vision pour le futur, et sur la manière dont ils veulent tenir leur rôle et influencer le marché de la traduction en général, et en France en particulier.

Car compte tenu de leur présence actuelle, le CA ne peut pas tout faire, quand bien même il s'exprime en millions d'euros, et il sera intéressant de suivre leur évolution, ainsi que les fusions, les scissions ou les concentrations auxquelles le secteur donnera lieu.

La seule certitude, c'est que les bouleversements ne font que commencer. À vos marques...





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