samedi 8 septembre 2018

2019 : 90ème anniversaire du concept de traduction automatique selon Federico Pucci

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Federico Pucci : Pioniere dimenticato della traduzione automatica




Billet faisant le point sur l’avancée des recherches effectuées en collaboration avec la petite-fille de M. Federico Pucci, qui reprend l’essentiel des 14 précédents billets publiés à ce jour (7 sur Adscriptor, et 7 sur Translation 2.0) et se propose de répondre définitivement à cette question : la « machine à traduire » de M. Pucci a-t-elle jamais existé ? La réponse est...


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Le traducteur mécanique

En décembre 1929 (il y aura quatre-vingt-dix ans en 2019), Federico Pucci présenta pour la première fois à Salerne son étude sur le « traducteur mécanique », dévoilé ensuite à la presse italienne en janvier 1930, et dont il exposa pendant six mois de cette même année (de mars à novembre 1930) le « traducteur mécanique » censé matérialiser son idée à l'Exposition Nationale de Bolzano, section littéraire, primé avec une médaille d'argent.

Federico Pucci nous l’indique lui-même dans sa première lettre au CNR Italien, le Conseil National des Recherches, datée du 10 juillet 1949. Il nous le dit également bien plus tôt, dans la préface de son livre publié à Salerne en 1931 (An IX de l’ère fasciste !), dans la partie I de ce qui est vraisemblablement le premier ouvrage jamais publié sur un dispositif de « traduction mécanique » : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », dont voici la couverture :


Titre original : « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. »

Cette première partie signifiant donc qu'il y en aurait eu au moins une autre à suivre, ce que l'auteur précise en italien sur la couverture : « En préparation : traduction de la langue nationale vers la langue étrangère (langue française) - Temps nécessaire pour apprendre à traduire : une minute ». Avec 68 pages descriptives, c'est non seulement le premier ouvrage, mais aussi le plus complet de la série.

Dans sa préface au lecteur, rédigée à Salerne le 10 décembre 1930, l'auteur entend démontrer qu'il serait possible de faire correspondre entre eux des étrangers ne connaissant respectivement que leur propre langue (Il presente lavoretto tende a dimostrare che sarebbe possibile corrispondersi fra stranieri, conoscendo ciascuno solo la propria lingua).

Plus loin il donne un exemple de ce qui est sans aucun doute le premier texte au monde traduit "mécaniquement" (le terme de "traduction automatique" n'existait pas encore...). Il s'agit d'un passage de Zadig (Voltaire), intitulé "Le nez d'un mari" (Zadig) :
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
M. Pucci précise :
« Un italien ignorant le français ne peut appréhender que quelques mots isolés, mais le sens général lui échappe tout à fait. Pas plus qu'il ne peut le comprendre à l'aide d'un vocabulaire, puisqu'il n'y trouvera pas des mots tels que: faisant, peut, seriez, etc., que le vocabulaire ne rapporte pas.
Voyons donc ce qui se passe en écrivant le texte ci-dessus selon la méthode exposée ici. »
Je vous passe les détails, mais voici le résultat « qu'obtiendrait mécaniquement un italien ne connaissant pas le français, grâce au système de clés présenté ici » (p. 43 : quasi certamente, …, otterrebbe la seguente versione letterale, che è la stessa che otterebbe meccanicamente uno italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto) :
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Croyez-moi, pour un système mécanique conçu en 1930, c'est absolument remarquable !

À titre de comparaison, voici la traduction automatique neuronale de Google, près de 90 ans plus tard....
Una giornata Azora tornato da una passeggiata, mentre arrabbiato, e facendo esclamazioni. Che cosa hai, disse, la mia cara moglie? Chi può mettere così fuori di te stesso? Ahimè! Ha detto, si sarebbe sconvolto come me, se avete visto lo show ho appena assistito. Mi consolava la giovane vedova Cosrue, basta alzare una tomba per due giorni al suo giovane marito al torrente che costeggia il prato. Ha promesso agli dei nel suo dolore per rimanere a questa tomba, come acqua del torrente sarebbe fluire.
... Azora scoppiata in invettive così lunghe, scoppiò in rimproveri così violenti contro la giovane vedova, che lo splendore delle virtù non piacque Zadig.

Aveva un amico di nome Cador, che era uno di quei giovani la cui moglie era più onestà e merito di altri: lo ha messo nella sua fiducia e ha fatto in modo quanto più poteva della sua fedeltà da una notevole presente.
Or à part la phrase manquante dans le texte de M. Pucci, je serais bien embêté pour vous dire quelle est la meilleure version des deux !!!

Dans le compte rendu d'une conférence tenue le 21 janvier 1930 à Salerne par Monsieur Pucci, publié le 6 février 1930 sur l'édition salernitaine du quotidien "Il Mattino", le journaliste rapporte ceci : Il Pucci, dopo di aver dimostrato che tutti i tentativi fatti per 3 secoli da scienziati stranieri non raggiunsero alcun risultato pratico, espose in modo praticissimo il proprio metodo, facendo tradurre alcune frasi inglesi e tedesche a coloro che non avevano studiato dette lingue.

Traduction :
M. Pucci, après avoir montré que toutes les tentatives faites durant trois siècles par des scientifiques étrangers n'avaient obtenu aucun résultat concret, a procédé à une exposition pratique de sa propre méthode, en faisant traduire quelques phrases en anglais et en allemand par des personnes n'ayant jamais étudié ces langues.
Donc si cette présentation avait servi - selon le journaliste - à faire traduire en public quelques phrases italiennes en anglais et en allemand par des présents ne connaissant pas ces langues, cela signifie-t-il que la machine existait et fonctionnait bel et bien ?

Pour donner une réponse, le poids des mots peut nous venir en aide : « M. Pucci, …, a procédé à une exposition pratique de sa propre méthode, en faisant traduire… ». Le journaliste, reprenant le sous-titre du livre de M. Pucci, ne parle pas de « machine », mais uniquement de « méthode ». Ce n’est pas la même chose. [Début]


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L'exposition nationale de Bolzano (1930) - Le précurseur des « machines à traduire »

Revenons-en maintenant à la médaille d'argent obtenue à Bolzano, il s’agit d’un détail extrêmement précieux, puisque cela signifie qu’une première version du « traducteur mécanique » fut exposée dès 1930. Mais concrètement, s’agissait-il de la « machine », d’un « prototype » mis au point par son inventeur ou autre ?

A priori, point de machine. Grâce à la magie d’Internet, j’ai trouvé une édition du catalogue de la première exposition nationale d’arts et métiers de Bolzano, rassemblant une collecte des photographies officielles de l’exposition et remontant à la période juin - novembre 1930.


Or j'ai reçu le catalogue aujourd'hui (17 sept. 2018) et je confirme qu'il n'inclut aucun article – et encore moins aucune photo – du « traducteur mécanique ». Car il est clair que si la machine avait existé, elle aurait trouvé sa place dans le catalogue !

Cela étant, ces dates et ces données historiques suffisent pour établir que Monsieur Federico Pucci est le précurseur absolu de la traduction automatique dans le monde, telle que nous la connaissons aujourd’hui, en avance de près d’un siècle sur la réalité actuelle.

Et qui devance de quelques années les brevets déposés en 1933 indépendamment par l'ingénieur français d'origine arménienne Georges Artsrouni, et par l'ingénieur soviétique Petr Petrov Smirnov-Troyanskii pour des dictionnaires mécaniques, qui sont les deux pionniers universellement reconnus de la traduction automatique.


Pour autant, si nous avons la certitude documentée de l’existence des « machines à traduire » de MM. Artsrouni et Troyanskii, il n’en va pas de même pour le « traducteur mécanique » de Monsieur Pucci, dont, jusqu’à présent, toutes mes recherches pour tenter de trouver une trace concrète, physique, de sa machine n’ont pas abouti.

À vrai dire, j’en suis même arrivé à la conviction que la machine n’a jamais existé, en dépit de toute l’énergie et de tous les efforts déployés par son concepteur pour y parvenir, si ce n’est sous forme de la maquette reconstituée pour chaque édition de son livre.


Monsieur Pucci avait en effet une vision très précise de ce qu’aurait dû être sa « machine à traduire », il nous éclaire lui-même sur son idée multiforme :
Ces machines se déclinent en machines simples, mécaniques, électriques, phono-électriques, photo-électriques et télé-électriques, et donnent naissance à de nombreux autres types composés, dont l'Interprète Électro-mécanique Portable, qui a été primé au Grand Concours d'Inventions de Liège.
(…)
Pour une machine électrique, le mouvement qui est fait à la main dans le cas présent est effectué par l'électricité ; pour la machine phono-électrique, le vocabulaire mobile comporte trois colonnes, dont les deux premières sont imprimées sur une feuille d'étain, et la troisième est constituée par un disque d'acier tel que celui d'un phonographe, sur lequel le locuteur étranger enregistre la prononciation des termes de sa langue ; près de chaque mot italien se trouve un numéro ; en appuyant sur un bouton, une tête de lecture électrifiée dans un champ magnétique se déplace sur la prononciation enregistrée et lit le mot en langue étrangère, après qu'un mouvement électrique ait procédé aux corrections graphique et phonétique : dans ce cas, en remplaçant « o » par « oes » ; le système télé-électrique suppose deux traducteurs électriques, l'un fonctionnant comme dispositif de transmission, disons à Rome, et l'autre comme dispositif de réception, disons à Londres ; en reliant les deux unités avec un téléimprimeur, le dispositif qui se trouve à Londres effectue les mêmes mouvements que le dispositif de transmission à Rome, pour obtenir à distance la traduction écrite et orale ; dans les autres types de machine, la partie du correcteur syntaxique est encadrée dans le vocabulaire mobile ; j'ai retenu cette disposition pour simplifier le vocabulaire en vue des expériences à réaliser ; j'ai choisi l'anglais pour une première application, car les variations morphologiques de cette langue sont peu nombreuses ; pour les expérimentations phoniques nous préférerons l'espagnol, et les premières expériences photo-télé-électriques seront tentées entre Rome (peut-être auprès de l'Académie universelle des inventeurs et des auteurs) et les bureaux des organisations alliées de l'Association Pro-Pace pour la langue espagnole. Avant de traduire, on consulte le correcteur syntaxique qui donne la construction…
Pour autant, bien qu’il s’y soit employé toute son existence durant, puisqu’il a écrit sans interruption pendant trente ans pour nous décrire son invention (à ma connaissance, 10 ouvrages de 1931 à 1960), près d’un siècle plus tard, ses nombreuses tentatives de « traduire » sa vision et son concept en « dispositif physique » ne me semblent pas avoir été couronnées de succès.

Les deux seuls « diplômes » que nous possédons (Paris 1935 et Liège 1950, puisqu’il semble bien que ceux relatifs aux médailles d’argent de Bolzano et de Cuneo aient été perdus) témoignent dans ce sens, de même que de nombreux indices nous racontent ses tentatives avortées de faire réaliser la machine.

Mais examinons dans le détail : 1) les diplômes ; 2) les indices[Début]


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1) Les diplômes

a) Paris, mai 1935


À propos de ce diplôme, délivré en mai 1935 par le Comité de la Foire de Paris, j’avais cru tout d’abord qu’il était lié au concours Lépine, qui se tient habituellement dans le cadre de la foire de Paris. Or le 33e concours Lépine s’est déroulé du 30 août au 7 octobre 1935 au parc des expositions de la porte de Versailles, soit plus de trois mois après la remise du diplôme.

En réalité, la réponse se trouve dans la revue mensuelle du bureau international pour la protection de la propriété industrielle, intitulée « La Propriété Industrielle » (51e année, n° 4, 30 Avril 1935) :
« …la Foire de Paris, qui doit avoir lieu dans cette ville, porte de Versailles, parc des Expositions, du 18 mai au 3 juin 1935 et sera accompagnée d'un Concours d'inventions ouvert du 10 mai au 3 juin (arrêté du 22 mars) »…
Les certificats de garantie seront délivrés, dans le [cas de Paris], par le Directeur de la propriété industrielle…, dans les conditions prévues par les décrets des 17 juillet et 30 décembre 1908 (-).
À noter que le Concours de la Foire de Paris n’admettait que « les inventions vraiment inédites et n'ayant jamais été présentées à un autre concours ».

Ainsi, l’année précédente, « malgré le réel intérêt que présentaient la plupart des envois, après un examen des plus sincères, il ne fut attribué par le Jury que 170 récompenses alors que les 643 inventeurs participant au Concours avaient présenté 1055 inventions nouvelles. Cette sévérité du Jury implique que seules, les inventions véritablement dignes de ce nom, sont récompensées. Il faut y voir la raison du niveau très élevé du concours et de l'intérêt qu'il présente aussi bien pour les chercheurs que pour les industriels. » (Source)

Donc ce diplôme atteste d’une médaille d’argent décernée pour récompenser une « invention véritablement digne de ce nom » : « une méthode à traduire les langues sans les connaître » !

Même terme que celui employé par le journaliste en 1930, les mots ont plus que jamais leur importance…

Monsieur Pucci lui-même nous le confirme au moins à deux reprises, d'abord dans l'un de ses livres où il écrit « ... tel est le système que j'ai présenté à Paris en septembre 1949 », puis dans sa lettre au CNR : « cette étude fut primée par une médaille d'argent à l’exposition-concours internationales des inventions de la foire de Paris, en 1935 ».

Une « méthode », un « système », une « étude », et non pas une « machine ».

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b) Liège, 1950


Cette Foire internationale s’est déroulée à Liège du 29 avril au 14 mai 1950, sur le thème « À la pointe du progrès technique », et plus spécialement dans les domaines « Mines, Métallurgie, Mécanique, Électricité industrielle ».


C’est sûrement la raison pour laquelle, dans son livre, M. Pucci qualifie l’invention présentée à cette occasion d’« Interprète Électro-mécanique Portable », alors que le diplôme du concours d’inventions de la foire internationale mosane évoque une médaille d’argent décernée pour récompenser la « Traduction écrite et parlante des langues sans les connaître ».

Une formulation qui semble écarter toute idée de « machine », contrairement à l’appellation choisie par son inventeur pour la circonstance, probablement pour faire rentrer sa création dans le périmètre des thèmes abordés par la Foire. [Début]


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2) Les indices

Là encore, les principaux indices nous sont donnés par Monsieur Pucci dans ses deux lettres au CNR (équivalent italien du CNRS), écrites respectivement les 10 juillet 1949 et 17 octobre 1950, ainsi que dans la réponse du CNR, datée du 20 juillet 1949, à sa première lettre (qui mentionnait dans son objet : « …traducteur électromécanique italien participant à l'exposition-concours d’inventions qui se tiendra du 16 au 29 septembre 1949 à Paris »).



a)
« …il me fut également permis, en 1936, de participer à l'exposition de Leipzig, même si l’Exposition internationale des inventions qui se déroula dans cette ville, tout en appréciant mes études et en reconnaissant leur caractère innovant, ne l’accepta pas, l'originalité de mon invention étant qu’elle fut la seule à ne figurer que dans des livres, auquel cas le droit allemand ne prévoit pas la brevetabilité… Toutefois, compte tenu de l'intérêt du public allemand pour découvrir cette innovation, la Foire de Leipzig prit la peine de m’admettre dans un autre secteur et de m’accorder pour ce faire des facilités spéciales. »

Donc pas de machine.

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b)
Puis ce fut la guerre, et le soussigné tenta de transposer ses études sur un plan militaire, en parvenant à créer les traducteurs mécaniques de type C et D, c’est-à-dire en reportant le problème sur un plan mécanique et en essayant de créer une nouvelle langue de formation mécanique, le dispositif C fonctionnant comme émetteur, et le dispositif D comme récepteur, ces deux dispositifs devant participer à l'Exposition de la Technique en 1940 ; pour autant, la Ministère de la Guerre s’opposa à cette participation, et je fus appelé à Rome pour apporter des éclaircissements sur mon invention, qui fut reconnue correcte et pour laquelle on m’autorisa à construire l'appareil aux frais de l'état pour les premières expériences, vu que je n'avais pas les capacités financières pour le faire. Naturellement, je fus obligé de garder le silence. Toutefois, en sachant que je n’avais pas les compétences mécaniques pour construire l'appareil et qu’il m’aurait fallu faire appel à des tiers, qui n’auraient pas forcément gardé le secret, j’ai préféré refuser la mission pour ne pas courir de risque, en abandonnant l'invention aux mains du Ministère de la Guerre afin qu'il en fit ce qu’il aurait jugé bon.

Je cite M. Pucci : « on m’autorisa à construire l'appareil aux frais de l'état pour les premières expériences »… « Toutefois, en sachant que je n’avais pas les compétences mécaniques pour construire l'appareil…, j’ai préféré refuser la mission pour ne pas courir de risque, en abandonnant l'invention aux mains du Ministère de la Guerre afin qu'il en fit ce qu’il aurait jugé bon. »

Aucune machine n’a donc été fabriquée, pas plus par M. Pucci que sur décision du Ministère de la Guerre.

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c)
Dans sa deuxième lettre au CNR, M. Pucci rappelle ce qui suit, dès les deux premiers paragraphes :

- Premier paragraphe :

Le soussigné … se permet de vous faire observer que … suite à la présentation de ses dessins à l'Exposition des inventions de Paris (septembre 1949)…

Présentation de ses « dessins », et non pas de sa « machine ».

Il le rappelait d’ailleurs dans la première lettre :
La traduction dynamo-mécanique dans ses trois stades a été acceptée pour participer à l'exposition-concours internationale des inventions de la Foire de Paris, qui s’ouvre le 16 septembre. (…) 
Observons que l'Exposition des inventions de Paris accepte également les inventions sous forme de dessins, en se limitant à vérifier l’exactitude des théories qui y sont exposées. 
Un certificat de garantie émis par l'Office de la propriété industrielle de Paris est donc en cours de délivrance en faveur de l'auteur soussigné.
Cette mention faite au « certificat de garantie » est importante, car elle évoque ce que nous avons vu plus haut dans la revue mensuelle du bureau international pour la protection de la propriété industrielle, intitulée « La Propriété Industrielle » (51e année, n° 4, 30 Avril 1935) :
Les certificats de garantie seront délivrés, dans le [cas de Paris], par le Directeur de la propriété industrielle…, dans les conditions prévues par les décrets des 17 juillet et 30 décembre 1908 (-).
Mais de quoi s’agit-il ? Le décret du 17 juillet 1908 fut rendu en exécution de la « Loi du 13 avril 1908 relative à la protection temporaire de la propriété industrielle dans les expositions internationales étrangères officielles ou officiellement reconnues, et dans les expositions organisées en France ou dans les territoires d'outre-mer avec l'autorisation de l'administration ou avec son patronage », dont l’article 1 énonce :
Une protection temporaire est accordée aux inventions brevetables, aux dessins et modèles industriels, ainsi qu'aux marques de fabrique ou de commerce pour les produits qui seront régulièrement admis aux expositions…
Et l’article 2 (dans sa version consolidée au 05 septembre 2018) :
Les exposants qui voudront jouir de la protection temporaire devront se faire délivrer, par l'autorité chargée de représenter officiellement la France à l'exposition, un certificat de garantie qui constatera que l'objet pour lequel la protection est demandée est réellement exposé. 
La demande dudit certificat devra être faite au cours de l'exposition et au plus tard dans les trois premiers mois de l'ouverture officielle de l'exposition ; elle sera accompagnée d'une description exacte de l'objet à garantir et, s'il y a lieu, de dessins dudit objet.
Donc selon M. Pucci, un certificat de garantie émis par l'Office de la propriété industrielle de Paris lui aurait été délivré, non pas pour la « machine à traduire » qu’il n’avait pas fabriquée, mais pour ses « dessins ».

- Deuxième paragraphe :

L'Institut des inventions semble donc être d’avis que la priorité scientifique de l'invention reste attribuée à l’auteur soussigné (en se basant sur le dossier n° 11095 dans lequel ledit Institut approuvait l'invention de l'auteur, mais considérait toutefois qu'elle ne pouvait être brevetée car ne se composant que d'un livre et non pas d’une machine, 12 décembre, 1942),…

Cette fois, c’est dit et écrit, noir sur blanc : l’invention ne pouvait être brevetée car ne se composant que d'un livre et non pas d’une machine !

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d)
Dans sa réponse à la première lettre de M. Pucci, le CNR lui signale que « …votre projet de conception d’un "traducteur électromécanique italien" peut être soumis à l’examen de l'Institut national pour l'examen des inventions, …, en présentant [un projet bien défini au plan technique et convenablement illustré], à même de permettre la formulation d'un avis sur le fond qui, s’il est favorable, pourra déboucher sur une aide adaptée au développement de l’invention. »

Il s’agit par conséquent du projet de conception d’une invention qui n’a jamais été développée[Début]


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La réponse définitive est...

En résumé, au vu des nombreux éléments et indices concordants, je me sens résolument en mesure d’affirmer qu'à la question : la « machine à traduire » de M. Pucci a-t-elle jamais existé ?, la réponse définitive est ... NON !

Malheureusement. Resté seul trop longtemps avec ses idées, et malgré la clairvoyance de sa vision, dès le début il n'est pas parvenu à réunir les ressources financières et techniques nécessaires pour réaliser un prototype fonctionnel de son projet, et pouvoir ainsi breveter une invention qui n’a jamais dépassé le stade conceptuel des dessins, maquettes et descriptifs.

M. Pucci n’a pourtant pas ménagé ses efforts, pendant des décennies, en participant à différentes expositions et en rédigeant plusieurs ouvrages pour tenter par tous les moyens à sa disposition de faire connaître « ses machines à traduire » et leur antériorité :

pendant 20 ans, de 1930 à 1950, participation à sept expositions (inter)nationales – concours d’inventions (j’utilise la terminologie employée par M. Pucci dans ses lettres), hors l’Exposition de la technique de 1940 (à Rome, j’imagine, sa participation n’ayant pas été autorisée par le Ministère de la Guerre), primée par quatre médailles d’argent :
  1. Exposition nationale de Bolzano (1930), médaille d'argent
  2. Exposition de Cuneo (1930), médaille d'argent
  3. Exposition internationale des inventions, Foire du Levant, Bari (1934)
  4. Exposition-concours internationale des inventions de la foire de Paris (1935), médaille d'argent
  5. Exposition internationale des inventions de Leipzig (1936)
  6. Exposition-concours d’inventions, Foire de Paris (1949)
  7. Foire internationale de Liège, Concours d’inventions (1950), médaille d’argent
pendant 30 ans, de 1931 à 1960, rédaction de dix livres consacrés à « ses machines à traduire » :
  1. 1931 : Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra Europei conoscendo ciascuno solo la propria lingua : Parte I (Traduzioni dalla lingua estera). / Traduction : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », 1e partie (Traductions à partir de la langue étrangère). Publié durant la neuvième année de l'ère fasciste !
  2. 1949 : Serie delle grammatiche dinamiche, pratiche, ragionate, storico-comparate : Parte I. Per coloro che in pochi giorni desiderano acquistare una conoscenza elementare della lingua straniera. [fasc. ] I. Inglese
  3. 1949 : Le traducteur dynamo-mécanique : L'invention pour traduire les langues de l'occident sans les connaitre presque sans dictionnaire. Op. I: anglais-francais. Le sous-titre dit ceci : « Perfectionnement de l'invention primée (traduction mécanique) avec diplôme de médaille d'argent à l'Exposition Concours International des Inventions, Foire de Paris 1935 ».
  4. 1949 : Il traduttore dinamo-meccanico : Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 1. francese - italiano
  5. 1949 : Il traduttore dinamo-meccanico : Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 2. Inglese - italiano
  6. 1950 : Grammatica dinamica della Lingua tedesca : (linee fondamentali)
  7. 1950 : Il traduttore dinamo-meccanico : Tipo libro macchina. Serie a. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario. [fasc. ] 1. Italiano-Inglese
  8. 1952 : Il traduttore dinamo-meccanico : Serie B. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 1. Italiano - Francese
  9. 1958 : Vocabolario mobile italiano - francese : (parte Traduttore Meccanico). / Traduction : « Vocabulaire mobile italien – français : (partie Traducteur mécanique) ».
  10. 1960 : Il traduttore dinamo-meccanico : Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... Tedesco – Italiano
[Début]

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L'annonce du 26 août 1949

Pour obtenir comme seul résultat tangible - après autant d’énergies dépensées, de ressources et de constance dans la durée -, une simple annonce publiée le vendredi 26 août 1949 (il y aura soixante-dix ans en 2019) à la fois en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

En Grande-Bretagne, le News Chronicle publie dans l’une de ses colonnes l’info suivante :
Vous tapez en anglais, ça imprime en grec
Désormais, les touristes britanniques devraient pouvoir faire le tour du monde sans devoir apprendre les langues si l’inventeur Frederico (sic!) Pucci, de Salerne, achève son « traducteur électrique ».
Il déclare que tout sera prêt dans une quinzaine de jours. 
Sur la machine de Pucci, vous tapez juste quelques mots en anglais, par exemple, pour que la machine les imprime en italien, en grec ou dans toute autre langue.

Donc la machine n'était pas encore prête, M. Pucci s'étant par ailleurs refusé à fournir davantage de détails...

Aux États-Unis, l’United Press lance une dépêche le 25 août 1949, qui sera reprise le lendemain par le New York Times :


ainsi que par plusieurs journaux américains dans les jours suivants (du 26 au 29). Grâce à Google, j’ai pu en trouver une dizaine sur Internet, mais il y en a sûrement eu d’autres (cliquer sur l'image pour voir la liste) :


Seuls les titres changent, tous reprennent fidèlement le même texte, sur ce modèle :



Rien de plus. Ensuite, oubli total pendant près d’un demi siècle ! Jusqu’à ce que M. John Hutchins, spécialiste et historien de la traduction automatique, ne rapporte les quelques lignes du New York Times citées plus haut...

Et M. Hutchins d'ajouter : « and nothing more is known about Pucci... ». Avant de préciser :
It is not known how many others at this time had similar ideas about translating machines. The new electronic computers had caught the imagination of many people. Reports on the 'electronic brains' – the term regularly used by journalists – appeared almost daily in national newspapers throughout the world. Translation was then, and often still is, regarded by those unfamiliar with its difficulties as essentially a question of finding equivalent words in another language. To use a computer in such a task seemed trivial.
Traduction :
Nous ignorons combien d’autres personnes ont actuellement des idées similaires sur les machines à traduire. Les nouveaux ordinateurs électroniques ont frappé l'imagination de beaucoup de gens. Partout dans le monde, des dépêches sur les « cerveaux électroniques », terme couramment employé par les journalistes, sortent presque quotidiennement dans les journaux. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas les difficultés de la traduction, celle-ci était essentiellement considérée - et elle l'est encore - comme la recherche de mots équivalents d'une langue à l'autre. Par conséquent, utiliser un ordinateur pour une telle tâche semblait une évidence banale.
Une chose est sûre : ce constat ne concerne pas Monsieur Pucci, puisqu'en 1949 cela faisait déjà 20 ans qu'il tentait de théoriser son idée de « traducteur automatique »... "In tempi non sospetti", dirions-nous en italien, longtemps avant l'arrivée des premiers ordinateurs. Et il était bien le seul, à l'époque !

Puis, de nouveau, retombée dans l'oubli total pendant deux autres décennies ! Jusqu’à ce que le soussigné, en préparant une infographie sur l’histoire de la traduction automatique, ne lise l’entrefilet signalé par John Hutchins ; une découverte qui m’a tellement chamboulé que j’en ai oublié l’infographie pour concentrer mes recherches sur l’histoire extraordinaire de Federico Pucci…

Dont l’idée de ce qu’aurait dû être la traduction automatique était fort différente de celles de tous les autres chercheurs renommés dans ce domaine. Car il avait compris très tôt que la force brute des machines n’aurait jamais suffi seule à venir à bout de ces masses extrêmement fluides que sont les langues. Français, russes et américains l'ont découvert à leurs frais, après avoir dépensé des millions et des millions depuis la fin de la seconde guerre mondiale sans jamais obtenir de résultats véritablement probants. Jusqu'à l'arrivée de Google...

De plus Monsieur Pucci était un franc-maçon, pétri d’universalisme. Et contrairement aux « cerveaux électriques » très en vogue à l’époque, il rêvait d’une machine simple (Temps nécessaire pour apprendre à traduire : une minute…), pratique, peu encombrante et abordable : en 1950 le livre seul était vendu 150 lires, et 600 lires avec la machine !


Une utopie, bien évidemment, puisque la machine portable et bon marché (450 lires...) qu'il rêvait n’avait jamais été construite. Cela témoigne cependant d’une vision radicalement différente de tous les autres travaux connus à ce moment-là (et même par la suite).

J’imagine également que la lettre recommandée expédiée au Président Truman (probablement fin avril / début mai 1949), outre l'espoir déclaré de recevoir un appui pour la construction des électro-traducteurs, avait aussi pour but de faire valoir l’antériorité de son concept. Tentative renouvelée à partir de 1953 en adressant un deuxième courrier recommandé à Clare Boothe Luce, alors ambassadrice des États-Unis à Rome, resté sans réponse.

Du reste son approche est claire, notamment dans sa première lettre au CNR, où il ne revendique pas seulement l’antériorité de son invention sur le cerveau électrique annoncé par les américains [en citant les travaux de M. Harry Huskey à cette époque, qui envisageait d’utiliser son ordinateur SWAC (Standards' Western Automatic Computer) pour la traduction automatique, une information également relayée par M. Hutchins], mais où il souligne que, de par son prix considérable, l'appareil américain n’a aucun usage commercial :
2) la construction des traducteurs électromécaniques italiens ne coûterait que quelques dizaines de milliers de lires et non pas des milliards de dollars ; 
3) le prix des appareils électromécaniques italiens serait limité, ils pourraient aussi être fabriqués en série à destination de l'étranger et seraient probablement en mesure de rapporter des sommes largement supérieures aux dépenses investies. Le soussigné est fermement convaincu qu’en impliquant la collaboration de fortes compétences électromécaniques italiennes la possibilité deviendra réelle, dans un avenir proche, d’écrire un texte à la machine en Italie et d’en obtenir la traduction écrite et parlée à l'étranger.
Une posture qui annonce déjà la démocratisation planétaire de la traduction automatique telle que nous la connaissons aujourd’hui, et telle que nous la connaîtrons demain plus encore.

Franchement, je ne comprends pas, et j’accepte encore moins, le silence général qui enveloppe l'existence de M. Pucci depuis que j’ai commencé à en parler et à publier au fur et à mesure sur Internet mes découvertes à son sujet. À l'exception d'un étudiant en master de traduction, jusqu’à présent aucun chercheur, aucun universitaire, aucun des acteurs majeurs de la traduction automatique ne m’a jamais contacté ni n’a jamais repris et approfondi ce nouveau matériel, qui marque pourtant une rupture évidente avec toute l’histoire de la TA.

Et lorsque j’ai tenté d’en parler avec quelques spécialistes, au mieux j’ai eu droit à de petits sourires condescendants, au pire ils m’ont totalement ignoré ! Dans la plus parfaite continuité avec l’indifférence hautaine qui entoure depuis toujours les travaux et l’aventure humaine de M. Pucci.

Toutes proportions gardées, son histoire n’est pas sans rappeler celle de M. Charles Goodyear, qui a passé sa vie pour faire reconnaître son invention avant de mourir dans le dénuement le plus complet. [Début]


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L'homme d'ingéniosité et de culture

Sur la stèle de son tombeau, sa fille a fait graver ces mots :
Federico Pucci, 23/03/1896 - 6/03/1973
Homme d'ingéniosité et de culture

En outre M. Pucci était un polyglotte reconnu, puisque nous disposons d’au moins trois attestations de la Préfecture de Salerne qui font état de son expertise linguistique.

Le 19 août 1940, un courrier ayant pour objet la Commission provinciale de la censure – Interprètes, adressé au Ministère de l’Intérieur par le Préfet de Salerne, dit de M. Pucci :
Nous avons en outre un fonctionnaire des FF.SS. (les chemins de fer italiens) qui, en plus de connaître [l’allemand, le français, l’anglais et l’espagnol], est également expert en tchécoslovaque, portugais, hollandais, suédois et langues slaves. 
Dans une autre lettre datée du 30 octobre 1942, ayant pour objet le « Service de la Censure de guerre », toujours adressée au Ministère de l’Intérieur par le Préfet de Salerne, la situation est décrite comme suit :
Cela fait maintenant quelques temps que confluent vers la présente Commission provinciale, aux fins de révision, d’importantes quantités de correspondance écrite en français, néerlandais, allemand, espagnol, portugais, catalan, roumain, esperanto, suédois, danois, flamand, norvégien, russe, bulgare, polonais, slovène, croate, bohème, tchécoslovaque, etc., provenant des Commissions homologues, notamment de Naples, Rome, Catanzaro, Brindisi, Bari, Ancône, Benevento, Campobasso, Avellino, Caltanissetta, Florence, Catane, Syracuse, Reggio Calabria, Messine, Palerme, Ragusa, etc.  
Le travail de traduction, véritablement exorbitant, est confié au censeur extraordinaire, Cav. Pucci Federico, cadre des FF.SS. et expert polyglotte, qui est pratiquement obligé de travailler tous les jours en dehors des horaires normaux et de fournir un effort considérable pour assurer le bon fonctionnement du service.  
Je propose donc d’accorder à M. Pucci, dont le rendement est supérieur en termes numériques autant que qualitatifs, un salaire mensuel de 700 LIT., compte tenu de sa qualification de seul traducteur spécialisé
Enfin, une attestation du préfet G. Cenami, datée du 15 septembre 1948, précise en sa qualité de « Président de la Commission Provinciale censure de guerre » à l’époque, que M. Pucci est un polyglotte, expert notoire … dans une trentaine de langues !
M. Pucci, durant la Seconde Guerre mondiale, à savoir entre juillet 1940 et juillet 1943, a exercé (…) la fonction de traducteur-censeur de la correspondance étrangère qui parvenait à la Commission provinciale censure de guerre de Salerne.
M. Pucci, qui est connu comme étant un polyglotte expérimenté, s’est vu confier la traduction et la censure non seulement de la correspondance civile rédigée dans une trentaine de langues étrangères qui arrivait à Salerne, mais qui provenait également de plusieurs autres Commissions provinciales pouvant déjà compter sur la collaboration de traducteurs, conformément aux dispositions ministérielles. M. Pucci a accompli les tâches qui lui étaient confiées avec diligence et une rare perspicacité. 
Donc, à la veille de fêter le 90e anniversaire de son concept de traduction automatique, je me rends bien compte que le chemin parcouru, déjà riche et intense, est inférieur à celui qui reste à parcourir, avant que le rôle de précurseur de Federico Pucci dans l’histoire de la traduction automatique ne soit universellement reconnu, et qu’une Université, ou encore l’un des principaux acteurs de la TA dans le monde (Google ?), ne s’empare de ses travaux et intuitions pour réaliser finalement un prototype conforme à sa vision multiforme de « machine à traduire »…

Pour autant, j’espère avoir réussi à vous donner l’envie de mieux le connaître et d’approfondir les idées de M. Federico Pucci en matière de « traduction mécanique », ancêtre méconnue de ce que nous connaissons aujourd'hui sous l'appellation commune de « machine translation ». [Début]