dimanche 4 février 2018

Autarcie universitaire

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Malgré de grands discours académiques se voulant toujours rassurants sur une transition facilitée entre universités et univers professionnel, je constate pour ma part une dichotomie plus que jamais présente entre ces deux mondes, l’un offrant maints diplômes théoriques à des milliers d’étudiants qui, dans la pratique, se retrouvent bien souvent sans travail sur l'autre, au terme de leur cursus universitaire, ou encore incapables de répondre à cette simple question : « Et maintenant, par où je commence ? »

Dans un ouvrage intitulé « La formation aux écrits professionnels : des écrits en situation de travail aux dispositifs de formation », coordonné par Mesdames Isabelle Laborde-Milaa, ‎Sylvie Plane, ‎Fanny Rinck et Frédérique Sitri, les auteures observent dans leur présentation :
Les relations université/monde professionnel sont fréquemment placées sous le sceau d'une dichotomie simpliste « théorie/pratique » qu'il faut dépasser. (...) Mais, comme le souligne l'un des intervenants, l'université ‒ et c'est sa raison d'être ‒ peut aider les entreprises à mieux comprendre...
Je suis quant à moi de l'opinion qu'au contraire, c'est le monde professionnel qui pourrait aider les universités à mieux appréhender la nécessité urgente de dépasser cette dichotomie, moins simpliste que réelle, pour favoriser un passage indolore des étudiants entre ces deux univers : une transition préconisée de tous les côtés, mais peu appliquée !

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En avril 2017, j'ai eu l'occasion de participer au 1er Congrès Mondial de Traductologie, organisé à l'université Paris-Nanterre. Voir ici ma présentation, qui s'accompagnait d'une contribution écrite, soumise à évaluation pour publication éventuelle dans la monographie à paraître autour de cet événement.

Six mois après la soumission de mon texte, la réponse vient de tomber :
Cher collègue, 
Nous avons le regret de vous faire savoir que votre article n'a pas été retenu pour publication. Vous trouverez ci-joint le rapport d'évaluation établi en aveugle à son sujet.
Le comité éditorial
Or la lecture de ce rapport d'évaluation, qui motive son refus de mon article en trois paragraphes, est très instructive. Je vais tenter d'y répondre, paragraphe par paragraphe.

Premier paragraphe
Ce texte analyse les doubles contraintes de la traduction commerciale et les stratégies à mettre en œuvre (avec la notion de « story telling », reprise de Christian Salmon) pour y répondre au mieux. L’ensemble ne porte pas sur la traduction elle-même, encore qu’il touche à un non-dit de ce secteur, la dimension commerciale, et qu’il ne serait pas inutile à un public de personnes visant peut-être cette activité comme futur métier. Pour se placer sur son propre terrain, on remarquera cependant que tel qu’il se présente, l’article semble partagé entre les deux objectifs retenus (description et stratégies) en laissant le lecteur opérer lui-même la synthèse entre les deux, le résumé ne retenant quant à lui que le premier. 
La première expression qui m'interpelle, fortement, est celle de « traduction commerciale », pour moi totalement incompréhensible. Or l'évaluateur utilise en trois paragraphes quatre fois l'adjectif 'commercial': deux fois « traduction commerciale », une fois « traducteur commercial », et une fois « dimension commerciale », explicitée comme un « non-dit » du secteur de la traduction !

Ce simple constat (sur lequel je n'ai aucune envie de m'étaler pour l'instant, bien qu'il y aurait beaucoup à en dire) témoigne selon moi de l'éloignement sidéral d'un universitaire par rapport à la réalité du métier qu'il serait censé enseigner ! À moins qu'il ne se contente d'enseigner une discipline, et non pas un métier... Ce qui est d'ailleurs tout l'objet de mon "article" :


puisque cela semble corroborer le fait que la formation universitaire enseigne à « être traducteur » plus qu’à « être un professionnel de la traduction »...

Ce qui est fort dommage pour les étudiants lorsqu'ils quittent l'université !

Quant à la notion de « story telling » dont je parle, elle n'a absolument plus rien à voir avec celle introduite par Christian Salmon en 2007, tel que je l'indique :
Initialement conçue pour propager des histoires d’entreprise en privilégiant une complicité émotionnelle avec leurs clients, afin de « réenchanter » la ou les marque(s), elle a beaucoup évolué en dix ans, notamment en se personnalisant.  
Adaptée à notre niveau, elle consiste à se raconter, à être le conteur de soi-même. Concept traduit en français par « communication narrative » ou « communication créative », sa finalité est de capter l’attention d’un public pour partager (voir plus haut l’étymologie de « communiquer ») une histoire avec lui, le convaincre, voire le séduire.  
« Les êtres humains souhaitent communiquer pour trois raisons. Partager. Convaincre. Séduire. Et très souvent pour les trois simultanément. » (Dominique Wolton).
Je continue : « L’ensemble ne porte pas sur la traduction elle-même... » Et il porte sur quoi ? Certes, selon mon titre, il porte tout particulièrement sur « l'exercice des métiers de la traduction », mais n'est-ce pas toujours de traduction dont il s'agit ? Mon métier c'est de traduire. Plus de 80 000 pages traduites de l'anglais et de l'italien vers le français en trente-trois ans de carrière. Sans compter l'interprétation. Trois décennies passées que je gagne ma vie en traduisant. Et selon l'INSEE, mon activité principale exercée est bien la traduction (code APE : 7430Z).

Probablement devrions-nous nous entendre sur la signification du terme traduction, dont le premier sens est : action de traduire ; résultat de cette action.

Est-ce cela que vous enseignez à l'université, cher évaluateur ? Et si vous répondez par l'affirmative, pourquoi l'enseignez-vous ? Pour la beauté de l'art ? Ou serait-ce parce que les étudiants censés tirer profit de votre enseignement fréquentent vos amphithéâtres dans la perspective de vivre un jour de ce qu'ils auront appris de vous ? Ce serait à se demander si vous vous êtes déjà posé la question du pourquoi vous enseignez !

Oh ! [L'ensemble] ne serait pas inutile à un public de personnes visant peut-être cette activité comme futur métier. Voilà qui est dit, donc. Peut-être...

Quant à la conclusion du paragraphe :
Pour se placer sur son propre terrain, on remarquera cependant que tel qu’il se présente, l’article semble partagé entre les deux objectifs retenus (description et stratégies) en laissant le lecteur opérer lui-même la synthèse entre les deux, le résumé ne retenant quant à lui que le premier.
il serait bon de rappeler qu'en vue de la publication, le texte, inédit, ne devait pas dépasser « 30 000 caractères espaces compris au maximum », et qu'il m'a donc été impossible de développer les stratégies comme je l'aurais souhaité. Ceci dit, elles étaient mieux explicitées dans ma présentation, ces deux documents étant complémentaires.

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Deuxième paragraphe
L’ensemble se présente ainsi comme une sorte de vade-mecum du traducteur commercial, écrit dans la langue d’un spécialiste des stratégies de construction d’une image de marque individuelle, et donc de conquête des faveurs d’une éventuelle clientèle. Il utilise un vocabulaire spécialisé qui n’est pas toujours explicité (« curation »). En fait, l’objectif est plus étroitement centré encore par son orientation vers les pratiques de communication sur internet. De là aussi le langage, et les formes d’écriture propres au billet, ou plus largement au blog, que l’auteur pratique par ailleurs. Ce qui explique les nombreux points de suspension, les crochets carrés, les paragraphes courts (parfois même paragraphes-phrases), ainsi que d’autres aspects techniques, mais surtout l’absence de références précises concernant les textes cités (de Darwin, Wolton, Branson, Jarvis et Godin), et le fait que la bibliographie renvoie presque intégralement à des sites internet. Le langage et le style correspondent à ce type d’échange, et visent à maintenir le contact avec un lecteur peut-être prompt à passer à un autre texte à la moindre difficulté de déchiffrage. 
Idem : que veut dire vade-mecum du traducteur commercial ? Passe pour le vade-mecum du traducteur, de l'expert traducteur et interprète, ou encore pour celui relatif à l'usage de la langue française dans les organisations internationales, mais du traducteur commercial !

Écoutons M. Daniel Gouadec, qui écrivait ceci dans son livre, Profession : traducteur (première édition fin 2002, réédité jusqu'en 2010), à propos de ce profil professionnel :
1.2.3 Traducteur commercial
Le traducteur commercial traduit des documents commerciaux : factures, contrats, documents de transport, instruments douaniers, etc.
En France, il a longtemps existé un diplôme de traducteur commercial désormais tombé en désuétude. Il s'agissait de valider chez les postulants une vague compétence de traduction dans le domaine économico-commercial et de définir un " titre " permettant de singulariser les assistants commerciaux soucieux de valoriser leurs aptitudes linguistiques.
Le traducteur commercial a disparu avec la mise en place de formations et de diplômes nationaux de traducteurs.
Tombé en désuétude dès 2002 ! Il est vrai qu'on trouve encore un master Traducteur juridique et commercial à Lyon, mais je peux vous assurer que dans le métier, entre collègues, je n'ai jamais entendu personne se définir comme traducteur commercial ! Ça ne correspond à aucune réalité professionnelle et, pour paraphraser M. Gouadec, je dirais que le traducteur commercial « est ce qui reste lorsque l'on a retiré le traducteur littéraire, le traducteur [technique], le traducteur scientifique, le traducteur biomédical, le traducteur juridique, le sous-titreur, le surtitreur, le localiseur, le traducteur expert judiciaire (...), le traducteur audiovisuel et le traducteur de produits multimédia. »

Personnellement, je trouve cette utilisation de "traducteur/traduction commercial(e)" à la limite de la condescendance, et quoiqu'il en soit fortement dévalorisante pour notre profession, soit le contraire exact de ce que devraient faire tous les intervenants impliqués de près ou de loin dans ce métier, formateurs compris.

Venons-en à mon emploi d'un vocabulaire spécialisé qui n’est pas toujours explicité (« curation »), d’absence de références précises concernant les textes cités (de Darwin, Wolton, Branson, Jarvis et Godin), et du fait que la bibliographie renvoie presque intégralement à des sites internet.

Une critique irrecevable dès lors qu'il n'y a pas lieu d'expliciter des termes censés être connus en 2018, ou que mes références bibliographiques ne concernent pas des ouvrages classiques (exception faite pour Darwin, or y a-t-il encore quelqu'un qui ignore « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements », sérieusement ?), mais quasi-exclusivement des textes créés pour et sur Internet ?

Quoi qu'il en soit, je ne vois pas à quel titre cela autoriserait l'évaluateur à inférer que mon lectorat serait peut-être prompt à passer à un autre texte à la moindre difficulté de déchiffrage ! Là encore, une condescendance hors de propos...

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Troisième paragraphe
On imagine que cet article trouverait sa pleine place dans un manuel visant à éclairer, avertir et guider les jeunes praticiens de la traduction commerciale. Il serait sans doute éclairant pour eux, mais semblerait en décalage par rapport aux autres articles, plus scientifiques, de la future publication... De ce fait même il ne correspond pas au profil visé par ce recueil. Il me semble donc difficile de le retenir pour cette monographie. Il demanderait par ailleurs un toilettage pour en gommer les aspects formels renvoyant à l’écriture telle qu’elle tend à se pratiquer dans certains domaines internet, mais qui n’est pas toujours conforme à ce qu’on attend d’un article de recherche.
Nous voici donc au cœur du problème : mon texte dénote par rapport aux autres articles, plus scientifiques, de la future publication, rédigé dans une écriture telle qu’elle tend à se pratiquer dans certains domaines internet, mais qui n’est pas toujours conforme à ce qu’on attend d’un article de recherche.

OK, OK, peut-être aurait-il mieux valu commencer par là ! Il suffisait de le dire d'emblée, aucune nécessité de s'enliser dans un rapport d'évaluation qui tombe à côté de la plaque. Il y a trois ans déjà, l'un de mes textes n'avait pas été retenu pour publication dans une revue "sérieuse", j'imagine pour le même genre de motivations.

Pour autant, ce qui me chagrine dans cette situation, c'est qu'à force de vouloir à tout prix écrire des articles "scientifiques" conformes à ce qu'on (qui ?) attend d'articles de recherche, notre profession souffre d'un déficit chronique de valorisation...

Quant aux étudiants qui terminent leur parcours universitaire et obtiennent leur diplôme, eux aussi attendent de leur recherche qu'ils trouveront du travail : or la formation qui leur aura été dispensée pendant les années d'université suffira-t-elle pour qu'ils sachent comment se lancer dans le métier avec tous les atouts en main ?

La réponse aux évaluateurs de tout acabit...




P.S. À lire le texte qui m'a été refusé, identique à 99% à celui que j'ai soumis, hors illustrations.


vendredi 20 octobre 2017

Le marché chinois de la traduction

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Ce billet est la mise à jour de la partie homonyme d'un billet de 2013 intitulé « Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter ». Pour rappel, voici un extrait de ce que j'écrivais :
  • Le marché chinois de la traduction
Le 6 décembre 2012 la TAC (Translators Association of China) a fêté à Beijing ses trente ans d’existence, et publié pour l’occasion le "Report on 2012 China's Language Service Industry Development", qui est selon les mots de M. Guo Xiaoyong, vice-président de la TAC, « le premier rapport publié par l'industrie chinoise de la traduction depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949 » (the first authority industry report released by the Chinese translation industry since the People's Republic of China was founded in 1949), destiné à servir de référence pour une "planification scientifique" de l'industrie des services linguistiques en Chine.

Donc selon ce rapport très « officiel », le C.A. dégagé par l’industrie des services linguistiques en 2011 a été de 20 milliards de $ (125 milliards de Yuans), en progression de 26% par rapport à 2010.

En termes d’emplois, cela se traduit (c’est le cas de dire) par 1,2 million de salariés dans l’industrie des services linguistiques, dont 640 mille traducteurs (53,8 % du total).

Là encore les prévisions pour 2015 envisagent un C.A. plus que doublé, à presque 42 milliards de $ (260 milliards de Yuans), pour 2 millions d’emplois.

Des chiffres fortement discordants avec ceux de CSA, qui prévoit tout juste 5 milliards de $ de plus en 2015 (47,3 Mds $), mais pour l'ensemble du marché mondial, cherchez l'erreur !

(…)

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À l'époque, j'avais ouvert une discussion sur le forum chinois de Proz pour tenter d'en savoir plus, mais même parmi les professionnels, ce rapport semblait avoir eu peu d'écho. Parmi les réponses plus significatives à mes interrogations, je citerais les avis dubitatifs sur la véracité des chiffres avancés, sans pour autant mettre en doute l'utilité du rapport (But while surveys like this aren't exactly trustworthy, they're not useless, either).

Ma position était la suivante :
4. The thing that makes me think most about all this matter is that it is a highly political issue! Have you clicked these links?

http://www.china.org.cn/arts/National_Translation_Conference/2012-12/03/content_27297680.htm
http://en.chinagate.cn/2012-12/06/content_27333037.htm

I can’t believe that this two-volumes report (!) is just for propaganda. There is clearly an element of propaganda, but I see also in this story a turning point in the way the Chinese authorities want to tackle the problem, with a strong political will at the highest level to make things happen. Now than China is quickly becoming the world's first commercial power, I think they understand that languages are at the heart of this expansion...

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En clair, la décision de publier le premier rapport sur l'industrie chinoise de la traduction depuis 1949 est hautement politique, certes, mais elle ne se limite pas à la seule propagande, traduisant plutôt la prise de conscience des autorités chinoises que l'industrie des services linguistiques est au cœur de l'expansion commerciale d'un pays destiné à devenir tôt ou tard la déjà première puissance économique mondiale !


C'est donc aussi une reconnaissance de l'importance de la langue, confirmée par la publication en 2016 du « Blue Book of Language Services for “Go Global” Strategy of Chinese Enterprises », qui fait suite à la sortie en 2015 d'un rapport sur la mondialisation des entreprises chinoises, mis à jour en 2016 :


Jack Ma lui-même, dont Alibaba est probablement le seul concurrent capable de se mesurer avec Amazon, déclarant qu'il table sur la réalisation de 50% de son C.A. hors de Chine d'ici 2025.

Il est d'ailleurs intéressant d'observer que Renato Beninatto, qui revient aujourd'hui aux études de marché avec Nimdzi, place le chinois au second rang des langues plus "localisables" (à savoir celles qui ne valent plus seulement par leur nombre de locuteurs dans le monde, mais plutôt par le potentiel économique qu'ont ces locuteurs de consommer sur le Web), respectivement entre l'anglais et l'espagnol (quant au français, il se classe en quatrième position devant le japonais, ces cinq langues représentant à elles seules à peu près 80% de la consommation en ligne !).

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Je suis abonné à la newsletter de l'ATC, et j'ai reçu récemment un lien vers les présentations données lors de leur dernière université d'été, dont une qui m'a particulièrement intéressé, intitulée "What You Need to Know About China’s Language Service Market". La présentation n'est malheureusement pas disponible au public, mais j'ai contacté ses deux auteurs, Sisi Su et Kain Jagger, pour leur demander l'autorisation de les mentionner, qu'ils m'ont très gentiment donnée. Sisi Su spécifiant que les données que je souhaitais citer sont extraites du « Blue Book of Language Services for “Go Global” Strategy of Chinese Enterprises » rappelé plus haut.


Voici donc les données marquantes du rapport :
  • au mois de juin 2016, il y avait 7 369 sociétés de traduction recensées en Chine, pour un marché "local" estimé par les chinois à 23 Mds $ (dans la continuité du rapport de 2012) ;
  • en comparaison avec les États-Unis et l'Europe, 36% des sociétés chinoises ont 10 salariés ou moins en interne (contre 65% et 42% respectivement).
Donc déjà, en raisonnant très large, même si l'on calculait 10 salariés par société, ça nous donnerait par excès 74000 traducteurs, chiffre à comparer avec les 640000 traducteurs estimés dans l'étude de 2012, soit une différence de plus d'un demi million de traducteurs indépendants...

En plein essor donc, quand bien même notre métier reste très fragmenté par nature !

Quant aux industries les plus demandeuses en besoins linguistiques, ce sont :
  1. IT & Télécoms
  2. Machines-outils
  3. Énergie
  4. Médias
  5. Produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux
  6. Architecture
  7. Finances
  8. Activités conseil
J'y ajoute deux diapos sur la répartition des produits/services offerts, et sur les principaux défis (portant essentiellement sur les prix, les ressources humaines et la qualité) à relever pour les fournisseurs chinois de services linguistiques :



Merci donc à Sisi Su et Kain Jagger pour leur disponibilité.


J'ajouterais un billet intéressant publié par l'agence de Kain sur la réalité des langues parlées en Chine, dont le cantonais et le mandarin, où l'on voit bien qu'une large partie du pays n'est pas couverte... Cela dit, en suivant le raisonnement de Renato Beninatto sur le potentiel économique de la langue en fonction de la capacité de ses locuteurs de consommer en ligne, il est évident que le mandarin se taille la part du lion !


En conclusion, jusqu'à présent il a toujours été très difficile d'approfondir la situation réelle du marché chinois de la traduction, vu le peu de données disponibles. Cependant la situation est en train de changer, et il ressort d'informations concordantes que les chinois sont en train de prendre conscience de son importance cruciale.

Dans l'autre sens, est-ce que les occidentaux ont également conscience de la nécessité de proposer leurs services aussi en chinois ? Rien n'est moins sûr...




samedi 7 octobre 2017

La carte de France 2017 des acteurs de la traduction

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Dans le cadre d'une mise à jour de mes précédents billets sur la traduction en France (datant déjà de 2014, dont vous trouverez les liens en P.S.), j'ai procédé aujourd'hui à un nouveau recensement des acteurs français de la traduction sur le site Infogreffe, 42 mois après le précédent (effectué le 8 avril 2014).

Le chemin à suivre est toujours le même : 74 AUTRES ACTIVITÉS SPÉCIALISÉES, SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES / 7430Z TRADUCTION ET INTERPRÉTATION.

À l'époque :
Total des acteurs impliqués (sociétés + traducteurs-interprètes en profession libérale) pour les 22 Régions en Métropole plus les DOM-TOM : 19 813 (que j'arrondirai à 20 000 le cas échéant). 
En effet, si nous n'avons qu'environ 12 000 sociétés sur ce total de 20 000, cela signifie que les traducteurs-interprètes exerçant en entreprise individuelle représentent grosso modo 40% des acteurs (env. 8 000) du marché de la traduction en France.

Quant à leur répartition géographique, elle se divise en trois blocs :
  • La Région Île de France l'emporte haut la main avec 38,28% des entreprises : 7 584 ;
  • Le deuxième bloc comprend huit Régions qui dépassent respectivement 3% : Rhône-Alpes, PACA, Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Bretagne, Alsace, Pays de la Loire, soit 42,37% avec 8 396 entreprises ;
  • Le troisième bloc comprend les DOM-TOM et les 13 Régions restantes qui sont en-deçà de 3% : Nord-Pas-de-Calais, Centre, Poitou-Charentes, Lorraine, Haute-Normandie, Basse-Normandie, Bourgogne, DOM-TOM, Auvergne, Picardie, Limousin, Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Corse, soit 19,35% avec 3 833 entreprises.
Nous avions donc précisément 19813 intervenants "7430Z", contre 20735 aujourd'hui pour la France métropolitaine (je ne compte pas les DOM-TOM en tenant la différence pour négligeable), soit une progression d'environ 5% sur 3 ans et demi.

De plus, entre-temps, le paysage régional français s'est considérablement modifié, puisque nous sommes passés de 22 à 13 régions :
  1. Auvergne - Rhône - Alpes
  2. Bourgogne - Franche - Comté
  3. Bretagne
  4. Centre - Val de Loire
  5. Corse
  6. Grand Est
  7. Hauts-de-France
  8. Île-de-France
  9. Normandie
  10. Nouvelle Aquitaine
  11. Occitanie
  12. Pays de la Loire
  13. Provence - Côte d’Azur
Donc en omettant la Corse, puisqu'elle n'est en fait qu'une "collectivité territoriale à statut particulier", selon la dénomination officielle (et qui ne compte que 65 acteurs, 29 en Corse du Sud et 36 en Haute Corse), cela nous donne un total de 20670 codes "7430Z", dont je vous propose la répartition géographique sur la carte suivante :


- Le chiffre en jaune est l'Île de France : 7821, soit 37,84% (contre 38,28% en 2014)

- Les chiffres en rouge sont les 5 autres régions ayant plus de 1000 codes "7430Z" :
  1. Auvergne - Rhône - Alpes (2308)
  2. Occitanie (1768)
  3. Provence - Côte d’Azur (1710)
  4. Nouvelle Aquitaine (1624)
  5. Grand Est (1359)
- Les chiffres en blanc sont les 6 régions ayant moins de 1000 codes "7430Z" :
  1. Bretagne (855)
  2. Pays de la Loire (811)
  3. Hauts-de-France (803)
  4. Normandie (608)
  5. Bourgogne - Franche - Comté (516)
  6. Centre - Val de Loire (487)
Ces 11 autres régions représentant 12849 acteurs, soit 62,16% (en légère progression par rapport aux 61,72% en 2014).

Pour celles et ceux qui souhaiteraient connaître les détails par département, cliquez ce lien.

En commentaire à mon billet de 2014, M. Hugues Mantoux observait ceci :
Lorsqu'on parle du marché de la traduction en France, l'on se fie généralement au code NAF et à des études comme celles de Common Sense Advisory. 
Mais lorsque l'on regarde les choses d'un peu plus près, on s'aperçoit d'une part que 20% environ des sociétés dont le code NAF est "Traduction et interprétariat" n'ont rien à y faire (imprimerie, reprographie, sociétés de domiciliation...) et d'autre part que l'on mélange le CA de sociétés qui font essentiellement des logiciels de traduction (Systran, Lionbridge...) ou de l'événementiel. 
Oui la traduction est une activité économique essentielle, mais je ne vois vraiment pas où trouver ce fameux marché de 800 millions d'Euros en France...
Je ne peux certes pas prétendre fournir un découpage exhaustif, notamment sur les proportions exactes entre sociétés et freelances, mais j'observe que l'étude 2017 de la CNET inclut le volume d'affaires du marché de la traduction en France dans une fourchette comprise entre 600 millions et 1 milliard d'euros (moyenne : 800 millions), avec une progression supérieure à la "dynamique du marché global" enregistrée par Common Sense Advisory.

Renato Beninatto, ex CSA qui revient aujourd'hui aux études de marché avec Nimdzi, a une théorie fort intéressante sur le potentiel de marché associé à une langue, qui ne vaut plus seulement par son nombre de locuteurs dans le monde, mais plutôt par le potentiel économique qu'ont ces locuteurs de consommer en ligne. C'est ainsi qu'il place le français au quatrième rang des langues plus "localisables", respectivement derrière l'anglais, le chinois et l'espagnol, et juste devant le japonais. Ces cinq langues représentant à elles seules à peu près 80% de la consommation en ligne !

Dans le billet d'actualisation des grands groupes français de traduction que je publierai début 2018, je m'efforcerai de faire la part des choses entre "pure players" et groupes dont la traduction ne représente qu'une partie de leurs activités (mais une part significative pour des acteurs comme Sonovision, Ubiqus ou Mapi Group, en ne citant que les principaux).

Quant aux départements "francophonie" des LSP internationaux, c'est mission impossible, qui plus est pour un traducteur lambda comme moi. Donc ils ne seront pas pris en compte. Si quelqu'un a des informations fiables, je suis preneur. La CNET en 2017 ne cite que Transperfect, mais il serait intéressant de connaître la répartition par langue des C.A. de Lionbridge et consorts.

On peut toujours rêver...



P.S. J'ajoute qu'à elle seule, la ville de Paris est la plus grosse concentration d'acteurs de la traduction, avec 3982 codes "7430Z", soit près de 20% du total de la France métropolitaine (hors Corse).

Source image : JF BRADU

Liens connexes :

Les grands groupes de traduction en France
Les acteurs du marché de la traduction technique en France
Réalité de la traduction automatique en 2014
Combien pèse vraiment le marché de la traduction dans le monde ?