jeudi 24 mars 2022

La traduction en France en 2022

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Mon étude de 2014 sur les acteurs du marché de la traduction technique et automatique en France, essentiellement des grands groupes, tentait de faire le tour de la situation, qui se résumait à l'époque comme suit :
  1. ORTEC 1 Md€
  2. Ubiqus 60 M€
  3. Telelingua 17 M€
  4. Datawords Datasia 16 M€
  5. Linguistique Communication Informatique 15 M€
  6. Technicis 11 M€
  7. Tradutec 10 M€
  8. Optilingua International 10 M€
  9. ADT International 8 M€
  10. WHP INTERNATIONAL 7 M€
  11. HL TRAD 6 M€
  12. CPW Group 3 M€
Essayons d'analyser la situation 8 ans plus tard !

Spécialisée en ingénierie linguistique dans l'aéronautique et le secteur spatial, mais pas seulementOrtec est toujours hors série et plutôt à part vis-à-vis des acteurs pure player de la traduction.

Dont le premier est sans aucun doute le groupe Acolad (ex-Technicis, en 6e position en 2014 avec un CA de 11 M€, contre plus de 330 M€ aujourd'hui, soit un levier de croissance de x30 en 8 ans...), qui a absorbé durant cette période, sous l'impulsion de Benjamin du Fraysseix (arrivé à la direction générale de la société en 2012) : VO Paris, Cogen, Translation Probst, Arancho Doc, Soget, Livewords, HL Trad, Sémantis, AAC Global, TextMaster, Telelingua, Amplexor et, last but not least, Ubiqus (qui pesait 6 fois le poids de Technicis en 2014...) !


Ces chiffres m'interrogent : 
  • 330 M€ de CA pour 1 million de projets/an, ça nous donne une moyenne de 330€ par projet !
  • 1 million de projets pour 25000 clients, ça nous donne une moyenne de 40 projets par client !
--> Le CA moyen de chaque client est de 13200 €, soit 1100€/mois.

Quant aux 2500 collaborateurs vs. les 20000 experts linguistes, j'imagine qu'ils proviennent de l'ensemble des 14 sociétés (Technicis + les 13 acquisitions), soit près de 180 salariés/société (vs. 1430 freelances/société), je vous dis pas le nombre de doubles, triples ou quadruples emplois, voire plus...

L'intégration a encore de beaux jours devant elle !

Pour autant, Benjamin suit donc son tableau de marche à rythme soutenu et ne compte probablement pas s'arrêter là, puisqu'il déclarait en décembre 2019 :
Conformément à notre nouveau business plan, nous ambitionnons de générer un chiffre d’affaires compris entre 300 et 400 M€ d’ici 3 à 5 années. À plus long terme, l’objectif sera d’avoisiner les 600 à 800 M€ de revenus...
De quoi le positionner à terme dans le Top 5, voire dans le Top 3, des principaux fournisseurs mondiaux de services linguistiques !

Pour autant, si telle est son ambition, j'imagine qu'il devra s'attaquer aussi à des proies outre-Atlantique, du calibre de WeLocalize voire, pourquoi pas, de Lionbridge, qui me semble un peu en perte de vitesse depuis quelques années... 

Le secteur du sous-titrage et domaines connexes réserve aussi quelques surprises avec 3 groupes français totalement inconnus du grand public : Dubbing Brothers, Hiventy et EVA, qui doivent avoisiner à eux trois 200 M€ de CA.

Pour l'heure, des 12 acteurs ci-dessus, Acolad en a déjà acquis 4 (Ubiqus, Telelingua, HP Trad et CPW Group), voyons la situation des autres :

Datawords est encore mentionnée dans le Top 100 des fournisseurs linguistiques dressé par Nimdzi, mais hors classement en raison du fait qu'ils ne divulguent pas, ni ne publient ou révèlent leur CA. Toutefois, aux dernières nouvelles, le groupe a poursuivi son développement international et célébré son 20e anniversaire en juin 2020 avec un CA de 70 millions d’euros à fin 2019 (vs. 16 millions d'euros en 2014)... 

Quant à LCI - Linguistique Communication Informatique, la société qui fait concurrence à Ortec dans les secteurs aéronautique, spatial, défense, automobile et mobilité, elle a été acquise en 2018 par le groupe NOVAE, composé aujourd’hui de plus de 300 collaborateurs en France et dans le monde en réalisant un chiffre d’affaires d'environ 30 millions d’euros, dont les services linguistiques ne sont qu'une partie.

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Concernant Tradutec, fondée en 1962, qui a fini par dépoussiérer son site Web, elle dégageait un chiffre d'affaires autour de 10 M€ en 2017 (même niveau qu'en 2014), on peut donc estimer qu'elle devrait toujours se situer dans ces eaux-là. Ce que confirme le doc suivant :
(Paris, 7 Août 2020) – Le classement CSA Research 2020 place TTB et le Groupe Tradutec (13 sociétés en France et au Benelux, 10 M€ de CA) à la 17e position des entreprises de services et de technologies linguistiques d’Europe de l’Ouest. 
Or dans un autre communiqué (datant de 2019), aucun CA n'était annoncé mais « une croissance du chiffre d’affaires à 2 chiffres en 2018 », ce qui me semble plutôt exagéré vu que le groupe semble stagner à 10 M€ depuis pas mal d'années (résultat plus qu'honorable quoi qu'il en soit). 


Mais bon, aucune autre donnée financière n'étant disponible, puisque ce groupe "familial" a choisi de préserver la confidentialité de ses comptes, impossible de se faire une opinion précise. 

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Passons à Optilingua International, qui continue d'annoncer fièrement plus de 40 ans d'expérience et 80 centres en Europe. Cela dit, l'évolution de la principale société du groupe, Alphatrad, dont la moyenne du CA s'élevait à 5 268 323 € sur la période 2009-2012, atteint tout juste 5 286 133 € sur la période 2018-2020, avec un résultat en perte de plus de 410 K€ sur les exercices 2019 et 2020. Source.

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ADT International annonce un CA de 6 050 300 € sur l'année 2020, soit une baisse de près de 2 millions d'euros par rapport à 2014.

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Enfin, WHP International a un CA moyen de 3 645 287 € sur la période 2017-2019, soit une réduction de moitié par rapport à 2014 !  


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CPW Group, le petit dernier qui était déjà passé dans le giron d'HL Trad, fait désormais partie d'Acolad ! 

La boucle est bouclée.

Conclusion

Mis à part Ortec, Datawords et le groupe NOVAE, qui semblent poursuivre leur progression en mode indépendant, il ne reste plus grand chose des groupes français de 2014, totalement phagocytés par ACOLAD.

Seul Tradutec se maintient depuis dix ans au même niveau de 10 M€/an, les trois autres "Internationaux" (Optilingua, ADT et WHP) étant sensiblement en retrait.

La progression exponentielle d'Acolad n'en est que plus remarquable !



lundi 17 janvier 2022

Télétravail : sommes-nous prêts ?

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Cette réflexion part de ce tweet :

et de l'esquisse de discussion en réponse à ce tweet :


Depuis deux ans maintenant, le télétravail est mis en lumière par l'épidémie de Covid. Durant les périodes de confinement strict, de nombreux salariés ont été contraints de télétravailler, les entreprises - ou les administrations publiques - ne pouvant pas faire autrement.

Un bouleversement obligé, subi le plus souvent dans la précipitation, une totale improvisation. Avec pour règle principale le système D ! La mise en place du télétravail étant liée à la bonne volonté des gens, voire à l'utilisation de leurs moyens personnels - téléphone, ordinateur, imprimante, liaison haut débit, etc. - plutôt que professionnels. Aucune organisation, aucune préparation en amont.

En revanche, à mon niveau, aucun changement entre avant et après le Covid, tout s'est fait de manière transparente, dans la continuité : je télétravaille depuis 1985 ! En indépendant, ce qui introduit naturellement une première différence fondamentale avec le télétravail des salariés (encadrés au plan contractuel).

Une deuxième différence porte sur la nature du télétravail : 100% à domicile, en alternance domicile/tiers-lieux (coworking, télécentres, bureaux partagés, centres d'affaires), télétravail nomade ou itinérant, etc. Dorénavant, il est même question de télétravail en intérim...

Globalement, je me situe dans la catégorie « télétravailleur indépendant 100% à domicile », capable si besoin de travailler depuis n'importe où : un mobile, un ordinateur portable et une liaison haut débit suffisent. Résumé ainsi, cela semble simple. Or ça ne l'est pas, loin de là ! 

Si l'on dresse un tableau des pour et des contre du télétravail, en gros nous obtenons le résultat suivant :



Dans le cadre de mes recherches sur le télétravail, j'ai pu examiner un corpus d'environ 45 mille mots exprimant l'opinion d'employés (d'une même société) mis en télétravail à l'occasion du confinement, d'où j'ai extrait les 30 premiers termes les plus fréquents, pondérés selon leur fréquence dans le nuage sémantique ci-dessous :

Comparés au tableau des pour et des contre, il est manifeste que ces termes témoignent clairement des principales préoccupations des salariés, mais ils sont également applicables aux indépendants, le domaine que je maîtrise le mieux. Et dont je vais parler dans ce billet.

Précisons aussi que le télétravail, comme toutes les formes de travail, est avant tout un phénomène social. Qui ne nous concerne pas seulement en tant qu'individus ou entreprises, mais également la société dans son ensemble. Il faut professionnaliser le télétravail à tous les niveaux !

De même que les pour et les contre sont les deux côtés d'une même pièce, les pour sont le côté face, les contre le revers de la médaille, chaque côté ayant ses propres implications psychologiques et physiques, personnelles, professionnelles, sociales, dont il s'agit de faire la synthèse dans une recherche perpétuelle d'équilibre, d'un point équidistant entre les avantages et les inconvénients, d'un compromis permanent entre qualité de vie et rémunération suffisante pour assurer une existence décente à soi et sa famille.

Je vais donc examiner globalement les pour et les contre selon mon expérience sur la période 1985-2022.

POUR

L'un des principaux avantages mis en avant lorsqu'il est question de se mettre à son compte chez soi est la meilleure qualité de vie personnelle (hors travail) et professionnelle (travail). Qui se réalisent dans un seul et même lieu : le domicile. Où il faut organiser les deux fondamentaux qui rythment notre vie :
  • l'espace
  • le temps
L'espace

A minima l'organisation de l'espace peut se résumer à une pièce dédiée (éviter si possible l'espace réservé ou le coin bureau dans une pièce commune). Pour vous autant que pour votre famille. Si vous pensez télétravailler durablement en mettant votre ordi sur un coin de la table de la cuisine ou de la salle à manger, laissez tomber ! 

La pièce dédiée aura une surface habitable suffisante (au minimum 12 m²) et sera bien éclairée, climatisée et silencieuse (critère indispensable à la concentration), avec un poste de travail aménagé en tenant compte de tous les aspects bureautiques, écrans, télécoms, câblages, etc., y compris une chaise (ou un fauteuil) ergonomique, voire un repose-pieds, une bibliothèque, des étagères, des rangements, etc.

Il peut également être bon d'avoir un plan de travail permettant d'alterner position de travail assise et debout, rester assis pendant de longues heures n'étant pas la panacée... Votre corps vous dictera la position à prendre au bon moment. Chacun(e) a sa propre posture "idéale", à vous de trouver la vôtre.

Le temps

En général le temps de travail augmente à domicile (par ex. le temps économisé sur les trajets est transféré sur le télétravail). Donc il est primordial de gérer et d'organiser ses horaires. Là encore, chacun(e) a sa propre recette, en fonction de son caractère et de la discipline qu'on réussit à imposer à soi-même (ou pas)...

D'autant que cela ne dépend presque jamais de nous, mais le plus souvent des contraintes professionnelles (délais de livraison, qui peuvent être négociés mais sont subis la plupart du temps) et personnelles (famille, tâches ménagères, etc.).

Le principal problème au domicile est de trouver l'équilibre entre temps familial et professionnel, le partage du temps étant généralement plus conciliable en télétravail. Il y faut de la rigueur et tout le monde ne l'a pas. Au bureau le temps est imposé, généralement à des horaires fixes. À la maison, ils sont flexibles, mais gérer la flexibilité peut s'avérer plus contraignant qu'obéir à une imposition. Là encore, question de nature et de caractère.

Autant de questions qui relèvent de l'autonomie de la personne et de la capacité de chacun(e) de s'organiser.

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CONTRE

Le pendant de ce qui précède est l'interférence de la vie professionnelle sur la vie familiale (ou vice-versa).

Le débordement du temps de travail sur les nuits, les fins de semaines, les congés, et l'impact sur les relations avec le conjoint et les enfants. Nous avons tous lu pendant les confinements successifs de nombreux témoignages de parents ne réussissant plus à gérer les interactions avec les enfants à cause de la promiscuité subie et permanente, du manque d'espace vital pour chaque membre du foyer. Une pièce dédiée permet de réduire ces frictions, voire de les éliminer.

Quant à l'isolement possible, il doit être pris en compte en amont au moment du choix. Télétravailler doit être un libre choix, pondéré et volontaire. Cela ne signifie pas forcément se désocialiser : il faut être capable de réinventer ses relations sociales et professionnelles, les contacts se créent au niveau de la mise en réseaux : professionnels (collègues et clients), commerciaux (où chacun(e) prospecte selon ses goûts et spécialités), sociaux (places de marché, plateformes Web), d'amis et de relations, etc. Il y a quelques années, j'écrivais « Le traducteur est un animal social », cela vaut plus que jamais en ces temps de télétravail pour tous les indépendants...

Les retombées de mauvais choix initiaux sur la santé peuvent vite se faire sentir, autant au plan physique (dos, articulations, etc., conséquences de mauvaises postures), que psychologique (difficultés à se motiver, déprime, mauvaise humeur, etc.), avec toutes les implications négatives au niveau personnel, familial, professionnel. Sans oublier que tout cela finit par se traduire par des problèmes financiers : un télétravailleur malade ne produit - et ne gagne - rien !

Bien que des progrès aient été faits pour les micro-entrepreneurs, les amortisseurs sociaux ne sont pas légion, et dans ces moments-là la solidarité avec le "réseau" est fondamentale. 

Je parle d'expérience : en 2014, j'ai eu un gros pépin de santé et suis resté inactif pratiquement toute l'année. Or lorsque vous êtes aux abonnés absents pendant des mois, les clients, même s'ils vous sont fidèles, se tournent inéluctablement vers la concurrence, personne n'est irremplaçable ! Donc avec un CA réduit à peau de chagrin, début 2015 j'ai activé mon réseau pour demander de l'aide, et ça a marché... Un soulagement au niveau financier, certes, mais aussi et surtout psychologique : l'entraide fait chaud au cœur, et bien que télétravaillant seul, vous comprenez que vous n'êtes pas seul.

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En conclusion, le télétravail est un choix, pratiqué autant au niveau individuel, que de l'entreprise et des pouvoirs publics. L'épidémie de Covid a placé ce choix à l'ordre du jour (en diffusant le télétravail pratiquement à l’ensemble de la population active, y compris en l'imposant sous peine d'amende), au début beaucoup s'est fait dans l'improvisation et sans accompagnement, mais de plus en plus de voix se font entendre pour pérenniser cette nouvelle forme de travail (marginalisée depuis longtemps) après la crise, en France mais pas seulement.

Depuis plus d'une dizaine d'années, diverses études ont fourni des statistiques et tenté d'analyser le télétravail, mais presque uniquement coté salariés, très peu d'études sur les indépendants. La définition même du télétravail selon le Bureau International du Travail est claire :   
Le télétravail se définit comme le recours aux technologies de l’information et des communications (TIC) – ... – pour effectuer des tâches hors des locaux de l’employeur (Eurofound et BIT, 2017).
Seule concession aux indépendants :
En règle générale, les définitions du télétravail n’incluent pas les travailleurs de l’économie des plateformes: par exemple, un travailleur indépendant qui travaille principalement à domicile n’est pas systématiquement considéré comme télétravailleur, mais peut être classé comme travailleur à domicile aux termes de la convention (n° 177) de l’OIT sur le travail à domicile, 1996.

Des définitions poussiéreuses qui ne collent plus à la réalité, mais en cours d'évolution...

En France, le statut du télétravailleur indépendant se confond généralement avec celui de micro-entrepreneur, très simple à créer. C'est après que ça se complique, lorsqu'il faut faire vivre et développer son métier.

Le télétravail est une question de caractère : il y en a à qui cela convient, et d'autres à qui cela ne convient pas, qu'on soit salarié ou indépendant. Les italiens utilisent l'anglais pour nommer le télétravail : smart working. Selon moi c'est reconnaître l'intelligence de cette forme de travail. Ce qui ne veut pas dire que les autres formes de travail ou celles et ceux qui les pratiquent ne seraient pas intelligents, loin de là. C'était juste pour terminer ce billet sur un clin d'œil :-)




Billets connexes : 
Liens sur le télétravail :


 

lundi 7 juin 2021

La création de son propre emploi

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Cet article fait suite à deux billets postés il y a cinq ans déjà :

  1. Le « nouveau maintenant » de nos professions (22 mars 2016)
  2. Conseils aux jeunes qui réfléchissent à leur carrière future (14 août 2016)
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Créer son emploi, pourquoi ? comment ?

Dans l'univers en miettes d'un monde du travail invisible, de plus en plus de citoyen(ne)s n'ont pas d'emploi. Pour les raisons les plus diverses... Que faire lorsqu'on est dans une telle situation ?

Je parle d'expérience : c'était mon cas à la fin des années 70 / au début des années 80. Un problème que j'ai mis 10 ans à résoudre, puisque j'ai vraiment débuté ma carrière à la fin des années 80 / au début des années 90 !

En fait, bien que j'aie commencé à traduire en 1985, il m'a fallu 4 ou 5 ans pour "asseoir" mon métier, une période durant laquelle mon activité aurait pu partir dans tous les sens...

J'étais à l'époque ce qu'on appelle un pluriactif (bien obligé), ayant exercé jusqu'à 7 boulots en même temps, dont prof. pendant 4 ans dans une école d'état italienne (1987-1991).

J'aurais même pu devenir titulaire mais j'ai préféré opter pour la profession libérale. Je dois d'ailleurs être l'un des très rares cas à avoir refusé par deux fois le statut de fonctionnaire, dans des pays différents : une première fois en France (étant orphelin à 18 ans de deux parents fonctionnaires, j'avais toutes les portes ouvertes...), puis quelques années plus tard en Italie !

En mon âme et conscience, je n'ai jamais regretté ce choix, même si dans certains moments de grande difficulté je me suis sincèrement demandé si je n'avais pas fait une connerie... Et parfois je me le demande encore, tout en connaissant la réponse : non. Question de tempérament.

Et puis en 1989 le destin m'a un peu forcé la main : un ami m'a payé la création de mon agence de traduction ! Que j'ai fermée ... 25 ans plus tard, en 2014. Gros ennuis de santé...

Après quoi je me suis remis à mon compte en France, comme micro-entrepreneur, depuis le 1er janvier 2018, mais avec plus de 30 ans de métier derrière.

En conclusion, pourquoi est-ce que je vous raconte ça : parce qu'on ne crée pas son emploi en partant de zéro !

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Créer son emploi, pourquoi ?

La réponse individuelle à ce "pourquoi" est la clé de votre réussite future ... ou de votre échec. Indépendamment de sa nature, votre motivation est le fondement de votre avenir professionnel.

En réalité, la seule et unique raison de créer son propre emploi est que l'on a un projet à faire vivre.

Synthèse : je ne crée pas mon emploi en partant de zéro, j'ai un projet à faire vivre.

Avoir un projet à faire vivre signifie non seulement savoir pourquoi, mais aussi et surtout, savoir quoi !

Il est IMPOSSIBLE de créer son emploi si l'on ne sait rien faire, si l'on n'a rien à proposer au marché. Imaginons un(e) jeune sans aucune formation scolaire ni professionnelle : la seule sortie possible est un travail ubérisé, précaire, peu ou pas qualifié, sans aucun avenir viable sur le long terme.

Cela ne veut pas dire que certain(e)s ne s'en sortiront pas, à force de volonté et de constance acharnée dans le travail, mais dans ce cas il s'agira d'un tiers (une entreprise) qui vous mettra le pied à l'étrier et vous formera en interne.

En ce sens, l'école 42 est un exemple frappant :
... première formation en informatique entièrement gratuite, ouverte à toutes et à tous sans condition de diplôme et accessible dès 18 ans. Sa pédagogie est basée sur le peer-to-peer learning : un fonctionnement participatif, sans cours, sans professeur, qui permet aux étudiant(e)s de libérer toute leur créativité grâce à l’apprentissage par projets.
Toutefois, ce "sans condition de diplôme" ne signifie pas "sans compétences". Celles et ceux qui rentrent à l'école 42 ont toutes et tous de fortes compétences informatiques.

Cela dit, il faudrait des écoles 42 déclinées dans tous les domaines, pas seulement en informatique... 

Car le monde du travail a besoin de compétences : quelle est la vôtre ? quelles sont les vôtres, dans le meilleur des cas ? qu'avez-vous à vendre ? un produit, un service, votre savoir-faire ?

Aucune limite aux métiers, aux secteurs, aux passions, aux curiosités personnelles, pourvu que cela se transforme en opportunité professionnelle. Mais cela suppose que vous sachiez faire ou vendre quelque chose, un produit/service dont le marché a besoin, qui apporte une solution à un problème. Or vous seul avez la réponse à ce prérequis. Si vous ne l'avez pas, passez votre chemin ... pour l'instant, car il vous faudra d'abord la créer, cette réponse. 

Il y a beaucoup d'illusions et de fausses promesses autour de la création d'un emploi indépendant : soyez libre financièrement, entrepreneur de vous-même, devenez votre propre patron, etc. etc. Tout cela n'est que de la poudre aux yeux ! 

On vous fait miroiter du positif - en apparence -, pour mieux dissimuler les nombreuses contraintes d'un travail en indépendant, bien plus que les salariés n'en ont. C'est une course de fond qui ne se mesure pas en kilomètres mais en années, en décennies, pas d'enthousiasme facile qui se délite dès les premiers obstacles, beaucoup d'exigences, d'endurance, de constance, de ténacité, etc.

Donc vous comprendrez aisément que sans une motivation bien ancrée à la base, un savoir-faire personnel, un projet bien pensé, prétendre se mettre à son compte n'est qu'un leurre ! 

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Créer son emploi, comment ?

Dans cette incessante destruction créatrice du monde de l'emploi, qui voit se produire de façon simultanée la disparition (ou pour le moins la transformation poussée) de métiers traditionnels conjointement à la création de nouveaux profils, la question d'associer à votre profession une forme juridique se pose.

Pour ce qui concerne chaque individu, l'ensemble de la société est basé sur son statut professionnel : les impôts, les assurances, les retraites, la santé, la formation, l'accès à la propriété, au crédit et ainsi de suite. Tout est lié.

Donc tout choix initial ayant des conséquences durables, autant ne pas se tromper. Je vous propose ici trois options d'entrepreneuriat, extraites de cette présentation de Walid Nakara :
  1. Entrepreneuriat d'opportunité
  2. Entrepreneuriat de nécessité
  3. Entrepreneuriat social et solidaire
1. Entrepreneuriat d'opportunité

Relève de facteurs "pull", tels que l'autonomie, l'indépendance, la liberté, l'argent, le défi, le statut social ou encore la reconnaissance.

2. Entrepreneuriat de nécessité

Lié à des facteurs "push" comme le chômage, le licenciement ou la menace de perdre son emploi. 

3. Entrepreneuriat social et solidaire

Entreprise qui considère le profit non comme une fin mais comme un moyen pour atteindre des objectifs sociaux et/ou environnementaux.

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En fonction de votre motivation de base, vous pouvez donc vous positionner très facilement sur l'une de ces trois options. J'imagine que la troisième reste utopique pour la plupart, mais selon moi nous en entendrons parler toujours plus dans les mois et les années qui viennent.

Au niveau individuel, j'évoquerais davantage le micro-entrepreneuriat d'opportunité ou de nécessité, et qualifierais en outre l'option 1 de proactive, et l'option 2 de réactive. Être proactif : agir à l'avance, anticiper. Être réactif : agir en réaction, réagir. Là encore, question de tempérament.

Walid nous donne un autre chiffre, étonnant, sur l'entrepreneuriat considéré comme une menace (le revers de la médaille), avec seuls 10% des micro-entrepreneurs gagnant plus de 26000 € par an (ce qui correspond à peu près à un salaire annuel moyen en France !), d'où 90% qui sont précarisés (avec un curseur salarial pouvant se déplacer de -26000 à 0) :
  • Perte de confiance et d'estime de soi
  • Problèmes de santé
  • Situation personnelle difficile
  • Organisations créées : précaires et instables
  • Absence d'expérience
  • Manque d'un accompagnement post-création
En bref, la création de son propre emploi n'est pas la panacée, loin de là. Il faut y réfléchir à deux fois, trois, dix et plus, avant de se lancer, peser les pour et les contre, être capable de s'auto-évaluer au plan pro/perso, et ne pas se bercer d'illusions. Je vous suggère également la lecture de Conseils aux jeunes qui réfléchissent à leur carrière future, complémentaire à celle-ci.

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Pour conclure, une simple question : est-ce que créer votre propre emploi répond à votre interrogation de fond sur l'exigence de travailler pour subvenir à vos premières nécessités ou autre (genre pyramide de Maslow) ?  

À vous la réponse...



P.S. Je vous propose deux liens qui traitent aussi de créer son emploi, mais de façon totalement différente...
Et à propos de "solo", un autre de mes billets, toujours écrit en 2016 :