vendredi 20 octobre 2017

Le marché chinois de la traduction

Blog de Translation 2.0 Translation 2.0 Search Engine Marketing & Branding for Translators Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in English Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in Italiano Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. en français @ Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. RSS Feed for Translation 2.0 Blog Translation 2.0 on Twitter Translation 2.0 on Facebook Jean-Marie Le Ray on LinkedIn Some Clouds on Wordle Some presentations on SlideShare Some video-sharing on YouTube


* * *

Ce billet est la mise à jour de la partie homonyme d'un billet de 2013 intitulé « Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter ». Pour rappel, voici un extrait de ce que j'écrivais :
  • Le marché chinois de la traduction
Le 6 décembre 2012 la TAC (Translators Association of China) a fêté à Beijing ses trente ans d’existence, et publié pour l’occasion le "Report on 2012 China's Language Service Industry Development", qui est selon les mots de M. Guo Xiaoyong, vice-président de la TAC, « le premier rapport publié par l'industrie chinoise de la traduction depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949 » (the first authority industry report released by the Chinese translation industry since the People's Republic of China was founded in 1949), destiné à servir de référence pour une "planification scientifique" de l'industrie des services linguistiques en Chine.

Donc selon ce rapport très « officiel », le C.A. dégagé par l’industrie des services linguistiques en 2011 a été de 20 milliards de $ (125 milliards de Yuans), en progression de 26% par rapport à 2010.

En termes d’emplois, cela se traduit (c’est le cas de dire) par 1,2 million de salariés dans l’industrie des services linguistiques, dont 640 mille traducteurs (53,8 % du total).

Là encore les prévisions pour 2015 envisagent un C.A. plus que doublé, à presque 42 milliards de $ (260 milliards de Yuans), pour 2 millions d’emplois.

Des chiffres fortement discordants avec ceux de CSA, qui prévoit tout juste 5 milliards de $ de plus en 2015 (47,3 Mds $), mais pour l'ensemble du marché mondial, cherchez l'erreur !

(…)

* * *

À l'époque, j'avais ouvert une discussion sur le forum chinois de Proz pour tenter d'en savoir plus, mais même parmi les professionnels, ce rapport semblait avoir eu peu d'écho. Parmi les réponses plus significatives à mes interrogations, je citerais les avis dubitatifs sur la véracité des chiffres avancés, sans pour autant mettre en doute l'utilité du rapport (But while surveys like this aren't exactly trustworthy, they're not useless, either).

Ma position était la suivante :
4. The thing that makes me think most about all this matter is that it is a highly political issue! Have you clicked these links?

http://www.china.org.cn/arts/National_Translation_Conference/2012-12/03/content_27297680.htm
http://en.chinagate.cn/2012-12/06/content_27333037.htm

I can’t believe that this two-volumes report (!) is just for propaganda. There is clearly an element of propaganda, but I see also in this story a turning point in the way the Chinese authorities want to tackle the problem, with a strong political will at the highest level to make things happen. Now than China is quickly becoming the world's first commercial power, I think they understand that languages are at the heart of this expansion...

* * *

En clair, la décision de publier le premier rapport sur l'industrie chinoise de la traduction depuis 1949 est hautement politique, certes, mais elle ne se limite pas à la seule propagande, traduisant plutôt la prise de conscience des autorités chinoises que l'industrie des services linguistiques est au cœur de l'expansion commerciale d'un pays destiné à devenir tôt ou tard la déjà première puissance économique mondiale !


C'est donc aussi une reconnaissance de l'importance de la langue, confirmée par la publication en 2016 du « Blue Book of Language Services for “Go Global” Strategy of Chinese Enterprises », qui fait suite à la sortie en 2015 d'un rapport sur la mondialisation des entreprises chinoises, mis à jour en 2016 :


Jack Ma lui-même, dont Alibaba est probablement le seul concurrent capable de se mesurer avec Amazon, déclarant qu'il table sur la réalisation de 50% de son C.A. hors de Chine d'ici 2025.

Il est d'ailleurs intéressant d'observer que Renato Beninatto, qui revient aujourd'hui aux études de marché avec Nimdzi, place le chinois au second rang des langues plus "localisables" (à savoir celles qui ne valent plus seulement par leur nombre de locuteurs dans le monde, mais plutôt par le potentiel économique qu'ont ces locuteurs de consommer sur le Web), respectivement entre l'anglais et l'espagnol (quant au français, il se classe en quatrième position devant le japonais, ces cinq langues représentant à elles seules à peu près 80% de la consommation en ligne !).

* * *

Je suis abonné à la newsletter de l'ATC, et j'ai reçu récemment un lien vers les présentations données lors de leur dernière université d'été, dont une qui m'a particulièrement intéressé, intitulée "What You Need to Know About China’s Language Service Market". La présentation n'est malheureusement pas disponible au public, mais j'ai contacté ses deux auteurs, Sisi Su et Kain Jagger, pour leur demander l'autorisation de les mentionner, qu'ils m'ont très gentiment donnée. Sisi Su spécifiant que les données que je souhaitais citer sont extraites du « Blue Book of Language Services for “Go Global” Strategy of Chinese Enterprises » rappelé plus haut.


Voici donc les données marquantes du rapport :
  • au mois de juin 2016, il y avait 7 369 sociétés de traduction recensées en Chine, pour un marché "local" estimé par les chinois à 23 Mds $ (dans la continuité du rapport de 2012) ;
  • en comparaison avec les États-Unis et l'Europe, 36% des sociétés chinoises ont 10 salariés ou moins en interne (contre 65% et 42% respectivement).
Donc déjà, en raisonnant très large, même si l'on calculait 10 salariés par société, ça nous donnerait par excès 74000 traducteurs, chiffre à comparer avec les 640000 traducteurs estimés dans l'étude de 2012, soit une différence de plus d'un demi million de traducteurs indépendants...

En plein essor donc, quand bien même notre métier reste très fragmenté par nature !

Quant aux industries les plus demandeuses en besoins linguistiques, ce sont :
  1. IT & Télécoms
  2. Machines-outils
  3. Énergie
  4. Médias
  5. Produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux
  6. Architecture
  7. Finances
  8. Activités conseil
J'y ajoute deux diapos sur la répartition des produits/services offerts, et sur les principaux défis (portant essentiellement sur les prix, les ressources humaines et la qualité) à relever pour les fournisseurs chinois de services linguistiques :



Merci donc à Sisi Su et Kain Jagger pour leur disponibilité.


J'ajouterais un billet intéressant publié par l'agence de Kain sur la réalité des langues parlées en Chine, dont le cantonais et le mandarin, où l'on voit bien qu'une large partie du pays n'est pas couverte... Cela dit, en suivant le raisonnement de Renato Beninatto sur le potentiel économique de la langue en fonction de la capacité de ses locuteurs de consommer en ligne, il est évident que le mandarin se taille la part du lion !


En conclusion, jusqu'à présent il a toujours été très difficile d'approfondir la situation réelle du marché chinois de la traduction, vu le peu de données disponibles. Cependant la situation est en train de changer, et il ressort d'informations concordantes que les chinois sont en train de prendre conscience de son importance cruciale.

Dans l'autre sens, est-ce que les occidentaux ont également conscience de la nécessité de proposer leurs services aussi en chinois ? Rien n'est moins sûr...




Aucun commentaire:

Publier un commentaire