lundi 11 février 2013

Identifier mon propre marché de la traduction pour me positionner par rapport à la concurrence

CV de Jean-Marie Le Ray Translation 2.0 Search Engine @ Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in Italiano Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. en français Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in English Marketing & Branding for Translators RSS Feed for Translation 2.0 Blog Translation 2.0 on Twitter Translation 2.0 on Facebook Jean-Marie Le Ray on LinkedIn Some Clouds on Wordle Some presentations on SlideShare Some video-sharing on YouTube


* * *

[Billet connexe : Le marché de la traduction en France depuis 2010...]


Troisième et dernier billet du triptyque intitulé « Moi et les autres » :
  1. Se (faire) connaître comme traducteur
  2. Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter
  3. Identifier MON propre marché de la traduction pour me positionner par rapport à la concurrence
* * *



Imaginez le cercle ci-dessus comme le globe terrestre, et vous au milieu : c’est la représentation assez exacte du traducteur pour qui le « marché mondial de la traduction » ne reste qu’une abstraction, sans grande signification pour sa vie professionnelle, si ce n’est le sentiment d’appartenir à un marché dynamique.

Un dynamisme dont l’on se dit que, quelque part, il finira bien aussi par avoir des retombées positives à mon niveau. Toutefois, si retombées il y a, inutile de les attendre passivement du marché, mais c’est à moi de les provoquer, les chercher, les trouver, les exploiter à mon profit.

Si le marché ne vient pas à moi…

Un marché extrêmement compétitif, sur lequel je dois me positionner, ou, pour mieux dire, me différencier. Sortir du lot. Conquérir – et conserver (et donc défendre) – mon avantage concurrentiel.

Nous sommes dans la même situation que les PME/PMI contraintes d’affronter le dumping international, pour lesquelles il n’y a pas 36 moyens d’affronter le problème, mais juste 2 : répondre par 1) la qualité, et 2) la spécialisation.

Qualité du service ne voulant pas dire uniquement, dans notre cas, qualité linguistique, mais également sérieux, garantie de tenir les engagements en termes de délais, capacité d’offrir le meilleur compromis au niveau du rapport qualité/prix, etc.

Au départ le modèle des 5 forces de Porter a été conçu pour de grosses entreprises, mais il est parfaitement adaptable au niveau individuel.

Tous les traducteurs savent parfaitement qu’ils sont au centre d’un rapport de forces permanent où la seule règle semble être la loi de la jungle, où le plus gros mange le plus petit, etc.

En fait c’est beaucoup plus subtil que ça, et la réalité me semble s’apparenter davantage à un proverbe arabe qui dit à peu près : « Si tu es agneau je suis loup, et si tu es loup je suis agneau »…

Donc en clair, les cinq forces qui déterminent, selon moi, la structure concurrentielle du marché de la traduction sont :
I. Les fournisseurs : j’entends essentiellement par fournisseurs les agences, qui font le plus souvent office d’intermédiaires entre les traducteurs et les clients.
II. Les nouveaux entrants : vu que les barrières à l’entrée sont extrêmement faibles sur le marché de la traduction, voire inexistantes, ce sont tous les « collègues » ou aspirants traducteurs qui pratiquent le dumping au niveau des tarifs, des conditions de travail, etc.
III. Les clients : c’est le destinataire final de la traduction, celui pour qui je fais le travail soit seul soit en équipe, soit indirectement (par le biais d’un intermédiaire) soit directement (je négocie les conditions en direct avec le client, sans intermédiaire).
IV. Les produits de remplacement et complémentaires : ils vont de la traduction automatique à la post-édition, de l’internationalisation à la formule SaaS (Software as a Service), de la traduction communautaire (autrement dénommée crowdsourcing) à la traduction en temps réel, souvent gratuite ou quasi-gratuite, en passant par l’utilisation de gigantesques mémoires collectives, etc.
V. Les traducteurs concurrents : moi et les autres professionnels du métier évoluant sur le même marché que le mien (ou sur un marché proche)…
Naturellement, chacune de ces 5 forces tente constamment de « tirer la couverture à soi », d’où une tension permanente sur les prix et sur les capacités de négociation de chacune des parties prenantes.

Car si les acteurs du modèle de Porter disposent d’un pouvoir de négociation élevé d’autant plus qu’ils sont peu nombreux ou concentrés, sur le marché de la traduction c’est tout le contraire : une infinité de traducteurs et de parties prenantes sur un marché hautement segmenté, voire atomisé…

D’où un faible pouvoir de négocier a priori, ce qui limite considérablement degré de liberté et marges de manœuvre, avec à la clé une rentabilité du travail fortement restreinte.

Sauf … sauf si le service que je fournis - promesse et synonyme de qualité et de spécialisation - différencie nettement mon offre de celle de mes compétiteurs, raison pour laquelle les agences ou les clients pour qui je travaille y réfléchiront à deux fois avant de changer de fournisseur, le coût de changement pouvant s’avérer prohibitif à terme.

Car pour autant qu’il coûte peu, un travail mal fait revient toujours trop cher, si ce n’est parce qu’il faut le refaire : donc, au final, coûts supplémentaires, crises de foie et pertes de temps…

Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il est même très anti-économique.

C’est ainsi qu’un traducteur se met en position de force vis-à-vis de ses interlocuteurs, et en situation de ne plus subir les conditions (abusives) de l’agence ou du client, mais plutôt de faire valoir les siennes à leur juste valeur.

Puisqu'au final ce n’est pas l’agence qui fait le travail, c’est bien le traducteur. Qui est donc la brique indispensable sur laquelle repose tout l’édifice. Sur ce point, la stratégie des agences vis-à-vis du traducteur est très claire : si tu n’acceptes pas mes conditions, je vais en trouver dans la foulée 10 ou 100 autres qui ont les mêmes compétences que toi. Donc c’est à prendre ou à laisser…

Et dans un parallèle quasiment identique, les clients tiennent volontiers aux agences le même discours que celles-ci tiennent au traducteur, dernière roue du carrosse. Souvent d’ailleurs, c’est parce que les agences se plient aux conditions (abusives) du client, sans montrer la moindre capacité de négocier, qu’elles finissent par répercuter les tensions sur le traducteur, chargé en dernier ressort de boucler la quadrature du triangle : « donc vous me ferez 100 pages du vendredi après-midi au lundi matin, merci et bon week-end »…

En conclusion, pas de mystère : qualité et spécialisation sont les deux mamelles d’une carrière réussie en traduction, les deux piliers sur lesquels bâtir sa propre capacité de négociation par rapport à la concurrence.

À ce stade du raisonnement, la question se pose en ces termes :
- quel niveau de qualité suis-je en mesure de proposer à mes clients, dans quels secteurs de spécialisation ?
À chacun/e d’apporter ses propres réponses !

Les connaissez-vous, ces réponses ? Comment les avez-vous identifiées ?

Avez-vous suffisamment approfondi vos compétences et votre marché ? Rappelez-vous : analyse SWOT de mes compétences, et analyse SWOT du marché.


Dans quel(s) couple(s) de langue je travaille, quel(s) pays (aussi bien au niveau national que régional et local), sur quel(s) secteurs(s) [technologie, informatique, médecine, marketing / publicité, industrie, finance, marchés publics, droit, etc., pour ne citer que les principaux], dans quelle(s) activité(s) :


Et suis-je certain que mes couples de langues/secteurs sont les plus prometteurs, ou dois-je envisager des conversions, d’apprendre une nouvelle langue, etc.

Après quoi, une fois identifiés tous ces éléments, je passe à l’analyse des forces (I, II, III, IV et V) en présence sur mon marché, qui sont donc mes concurrents directs.

Non seulement pour comprendre la manière dont ils fonctionnent, et quels sont les facteurs clés qui caractérisent leur avantage concurrentiel, mais également pour appréhender les complémentarités possibles (y compris avec les « produits de remplacement »…), en décidant si et à quel niveau je peux leur proposer une coopération : ce qu’on appelle la coopétition, un nouveau concept qui, en dépit de la sonorité malheureuse du nom, s’avère une excellente manière d’étendre son réseau professionnel et de créer des synergies « opportunistes ».

Mais n’est-ce pas ce que font déjà les traducteurs sur des places de marché virtuelles comme ProZ ou LinkedIn ?

Voilà. On pourrait bien sûr détailler encore et encore les étapes ci-dessus, mais il est bon que chacun/e mène sa propre réflexion et trouve ses propres réponses ! Forcément différentes de celles du voisin...

1 traducteur = 1 marché = 1 recherche

dimanche 10 février 2013

Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter

Blog de Translation 2.0 Translation 2.0 Search Engine Marketing & Branding for Translators Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in English Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in Italiano Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. en français @ Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. RSS Feed for Translation 2.0 Blog Translation 2.0 on Twitter Translation 2.0 on Facebook Jean-Marie Le Ray on LinkedIn Some Clouds on Wordle Some presentations on SlideShare Some video-sharing on YouTube


* * *



Ce billet est la deuxième partie d’un triptyque intitulé « Moi et les autres » :
  1. Se (faire) connaître comme traducteur
  2. Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter
  3. Identifier MON propre marché de la traduction pour me positionner par rapport à la concurrence
(P.S. Ce billet a également été réélaboré pour insister sur le seul aspect économique de ce marché, puis traduit en anglais).

* * *
Dans mon précédent billet j’observais qu’avant de se faire connaître comme traducteur il faut d’abord se connaître en tant que traducteur, et que cette connaissance professionnelle de soi, condition sine qua non, a un corollaire immédiat : nécessairement connaître 1) le marché de la traduction en général, et 2) son propre marché en particulier.

1) CONNAÎTRE LE MARCHÉ DE LA TRADUCTION EN GÉNÉRAL

La notion de « marché de la traduction » est extrêmement vague et fuyante, mal définie, voire indéfinissable, insaisissable, même.

Je vais pourtant tenter de tracer brièvement les contours de quelques « marchés » :
  • Le marché « mondial » de la traduction
  • Le marché « chinois » de la traduction
  • Le marché « européen » de la traduction
* * *
  • Le marché « mondial » de la traduction
Pendant de nombreuses années, il fut pratiquement impossible d’avoir une idée précise de ce que pouvait représenter un marché « mondial » de la traduction.

Jusqu’à ce qu’arrive Common Sense Advisory, CSA pour les intimes, fondée en 2001 par Donald A. DePalma et Renato S. Beninatto, une société de recherche indépendante qui publie un rapport annuel sur l’évolution du marché « mondial » de la traduction, grâce auquel on en découvre chaque année davantage et qui est probablement devenu « la » référence en la matière.

Or que dit la dernière mouture de ce rapport (version publiée en mai 2012) ?

Qu’en 2012 le marché de la traduction « pesait » 33,5 milliards de $, chiffre qui devrait passer à 37,6 en 2013, soit une progression prévue d’env. 12,5%.

Mais prenons le C.A. global 2012 pour référence (33,5 milliards de $), ainsi réparti :
  • Europe 49,38 % 
  • Amérique du Nord 34,85 % 
  • Asie 12,88 % 
  • Océanie 2,00 % 
  • Amérique Latine 0,63 % 
  • Afrique 0,27 %
Nous avons donc l’Europe avec un C.A. de 16,5 milliards de $ qui se taille la part du lion (dont 7,6 Mds $ pour la seule Europe de l’Ouest), suivie par l’Amérique du Nord avec 11,7 milliards de $, puis l’Asie avec 4,3 milliards de $.

Dernière estimation : à l’horizon 2015, le marché mondial devrait « valoir » 47,3 milliards de $, soit une hausse dépassant 40% par rapport à 2012.

Comme je vous l’ai dit, l’étude CSA est la référence en la matière, or pour autant ces chiffres sont-ils fiables ?

Essayons de nous faire une idée en commençant par vérifier avec l’Asie, et plus spécialement avec la Chine.

  • Le marché « chinois » de la traduction
Le 6 décembre 2012 la TAC (Translators Association of China) a fêté à Beijing ses trente ans d’existence, et publié pour l’occasion le "Report on 2012 China's Language Service Industry Development", qui est selon les mots de M. Guo Xiaoyong, vice-président de la TAC, « le premier rapport publié par l'industrie chinoise de la traduction depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949 » (the first authority industry report released by the Chinese translation industry since the People's Republic of China was founded in 1949), destiné à servir de référence pour une "planification scientifique" de l'industrie des services linguistiques en Chine.

Donc selon ce rapport très « officiel », le C.A. dégagé par l’industrie des services linguistiques en 2011 a été de 20 milliards de $ (125 milliards de Yuans), en progression de 26% par rapport à 2010.

En termes d’emplois, cela se traduit (c’est le cas de dire) par 1,2 million de salariés dans l’industrie des services linguistiques, dont 640 mille traducteurs (53,8 % du total).

Là encore les prévisions pour 2015 envisagent un C.A. plus que doublé, à presque 42 milliards de $ (260 milliards de Yuans), pour 2 millions d’emplois.

Des chiffres fortement discordants avec ceux de CSA, qui prévoit tout juste 5 milliards de $ de plus en 2015 (47,3 Mds $), mais pour l'ensemble du marché mondial, cherchez l'erreur !

De plus avec un C.A. 2012 de tout juste 4,3 milliards de $ pour l’Asie, et en posant comme hypothèse que la Chine en réalise à elle seule environ 1/4 (les autres principaux pays étant le Japon, Taïwan, la Thaïlande, Singapour, la Corée, l’Inde…), cela nous ferait pour CSA un C.A. d’à peine 1,1 milliard de $ pour la Chine, totalement incompatible avec les résultats de la TAC, quand bien même relatifs à l’année précédente !

Car si l’on considère par « industrie des services linguistiques » un champ d’application ne se limitant pas à la traduction, on peut raisonnablement envisager que 53,8% des salariés de cette industrie produisent 53,8% du C.A., soit largement plus de 10 milliards de $ pour la seule traduction en 2011, 10 fois plus que l’évaluation de CSA pour 2012.

Et pourtant, CSA reste « la » référence. Pour en donner un exemple, citons une étude récente (publiée le 15 mai 2012), commanditée par le Bureau de la traduction du gouvernement du Canada à PricewaterhouseCoopers s.r.l., pour effectuer une analyse comparative « sur cinq organisations canadiennes et trois organisations internationales qui offrent toutes des services langagiers », en dressant d’abord le « cadre sur lequel fonder l’analyse comparative », et en commençant donc par donner un panorama de l’Industrie mondiale des services langagiers (section 1.2.) :
L’industrie des services langagiers est de nature mondiale; elle comprend plus de 25 000 organisations offrant des services langagiers dans 152 pays. L’industrie internationale a les caractéristiques suivantes :

• Le marché est fortement fragmenté; les 50 plus grandes organisations offrant des services langagiers génèrent seulement 4 milliards de dollars américains dans ce marché de 31 milliards de dollars américains.

• Le marché des organisations offrant des services langagiers croît selon un taux annuel de 7,41 % et devrait atteindre les 38,96 milliards de dollars américains en 2014. La plupart des recettes continuent d’être associées aux services de traduction.
Donc ce sont bien là des chiffres repris à l’identique sur l’étude 2011 de CSA, quand bien même le rapport ne cite pas sa source pour ce passage.


Une autre étude importante donne une idée des divergences entre une recherche et l’autre, et de la difficulté de cerner le problème avec précision.

Il s’agit du rapport d’Ambient Insight, publié en avril 2012, intitulé « The Worldwide Market for Digital English Language Learning Products and Services: 2011-2016 Forecast and Analysis », qui nous donne en 2011 un chiffre d’affaires global pour l’industrie linguistique de 82,6 milliards de $, dont 58,2 pour l’apprentissage des langues et 24,4 pour l’industrie GILT : Globalisation, Internationalisation, Localisation & Traduction.


Soit 7 milliards de $ de moins que CSA pour la même année…

  • Le marché « européen » de la traduction
Selon CSA, nous avons en 2012 une Europe avec un volume de 16,5 milliards de $, dont 7,6 Mds $ pour la seule Europe de l’Ouest.

Côté Union européenne, une récente recherche - très complète - publiée en juillet 2012, menée dans le cadre des études sur la traduction et le multilinguisme, intitulée « The Status of the Translation Profession in the European Union » (voir également les documents sources), n’aborde malheureusement pas l’aspect économique ; il faut donc se reporter à l’étude précédente de la direction générale de la traduction, datée 2009, sur la taille de l’industrie linguistique en Europe, qui évaluait le marché à 8,4 milliards d’€ en 2008, avec un taux de croissance annuel estimé supérieur à 10% et des prévisions de 16,5 milliards d’€ en 2015.

L’auteur précisant toutefois qu’il s’agit là d’une projection prudentielle, quand bien même « hautement spéculative » en raison des informations trop fragmentées sur l'industrie, dont la valeur réelle pourrait fort bien dépasser 20 milliards d’€ d'ici 2015. (Although this forecast is highly speculative due to fragmented information available on the industry, it should be considered conservative. Further research is required to confirm that the real value of the language industry can be expected to be well above 20 billion € by 2015.)

Des estimations tout à fait vraisemblables, surtout si l’on tient compte qu’un dixième de ce C.A., soit 2 milliards d’euros, était déjà réalisé en 2010 par l'EPO, avec un coût moyen de 75,15 € par page traduite…

Quant à la projection de CSA pour 2015 elle est de 23,4 milliards de $ en Europe, donc en tenant compte du change, nous y sommes plus ou moins.

Il y a toutefois un chiffre dans l’étude 2012 que je trouve étonnant. Il est cité à l’annexe B : Why there are about 333,000 professional translators and interpreters in the world.

Là encore, une interprétation prudentielle, largement plus basse que les 700 000 estimés par CSA (Beninatto et al.) en 2008.

Et pourtant, comment concilier cette fourchette de 333 000 / 700 000 traducteurs et interprètes professionnels dans le monde, avec les 640 mille traducteurs uniquement en Chine, calculés pour la seule année 2011 dans le "Report on 2012 China's Language Service Industry Development" publié par la TAC ?

Car si l’on accepte ce chiffre, cela veut dire que nous sommes plus près d’un million de traducteurs/interprètes professionnels au niveau global, dont les 2/3 en Chine et le dernier tiers dans le reste du monde !

Comme toujours, le marché chinois est le plus insaisissable, selon la meilleure tradition de l’Empire du Milieu, mais pour une population qui représente grosso modo 1/5e de l’humanité, cette donnée est loin d’être invraisemblable !

Donc, en conclusion, si l’on prend un C.A. global de 43,4 milliards de $ pour le marché de la traduction en 2012 (en remplaçant le 1,1 Md $ du marché chinois selon CSA, par les 10 Mds $ extrapolés du rapport TAC), cela nous donne un C.A. annuel généré par traducteur/interprète de 43 400 $, plutôt dans la moyenne des tarifs que nous connaissons habituellement !

Je vous l'accorde, c'est une moyenne à la Trilussa (célèbre poète romain du XIXe dont l’idée de statistique dit à peu près ceci : prenons deux personnes, une des deux mange à elle seule deux poulets entiers, en moyenne ça fait un poulet chacun…), mais bon, que voulez-vous, statistiquement, ce n’est pas faux…

* * *

Voici ce que l’on peut dire aujourd’hui sur le poids du « marché » de la traduction. D’aucun(e)s pourront penser que l’on compare des torchons et des serviettes et que tout cela n’a aucune valeur, et pourtant c’est le top du top des études récentes effectuées en la matière, un repère qui a au moins le mérite d’être positif.

Bien. Mais à mon niveau, maintenant que je sais ce qui précède, j’en fais quoi de ces données ? Rien !

Tout au plus je me console et me motive en pensant qu’au minimum je suis sur un marché porteur, non pas en récession mais en progression constante, un marché de la traduction qui a de l’avenir, destiné à s’élargir, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans la réalité économique actuelle…

Reste à déterminer où suis-je sur ce marché, quel est mon positionnement par rapport à la compétition ?

Or pour m’en faire une idée plus précise, je dois le segmenter le plus finement possible : répartition géographique, nationale, régionale, locale, répartition linguistique, répartition sectorielle, etc.

Je dois connaître MON marché, unique et différent de celui du voisin.

1 traducteur = 1 marché = 1 recherche

* * *

2) CONNAÎTRE « SON » MARCHÉ DE LA TRADUCTION EN PARTICULIER

Nous avons vu un peu la « valeur » de ce marché mondial de la traduction, mais quelle est sa « nature » ? Pour tenter de mieux comprendre, j’ai adapté le modèle des 5 forces de Porter au monde de la traduction. Voici ce que ça donne :


Nous verrons dans la troisième et dernière partie de ce triptyque comment l’utiliser pour apprendre à mieux nous positionner par rapport à la concurrence, que je définis comme un mix nécessaire entre compétition et coopétition.

Car si le modèle des 5 forces de Porter est essentiellement « concurrentiel », où toutes les forces en jeu sont en tension permanente (une tension qui s’exerce de façon prépondérante au niveau des prix, mais pas seulement), adjoindre la coopétition à la compétition permet de canaliser les tensions pour tirer profit des forces en présence : transformer les menaces en avantages grâce à la compétition coopérative entre des acteurs autrement rivaux, afin d’exploiter les complémentarités possibles et souhaitables entre fournisseurs, clients, concurrents – existants, potentiels et nouveaux –, et produits de remplacement.

À suivre dans un prochain billet…

jeudi 7 février 2013

Se faire connaître comme traducteur

CV de Jean-Marie Le Ray Translation 2.0 Search Engine @ Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in Italiano Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. en français Translation 2.0 di Jean-Marie Le Ray S.a.s. in English Marketing & Branding for Translators RSS Feed for Translation 2.0 Blog Translation 2.0 on Twitter Translation 2.0 on Facebook Jean-Marie Le Ray on LinkedIn Some Clouds on Wordle Some presentations on SlideShare Some video-sharing on YouTube



* * *

[Billet connexe : Le marché de la traduction en France depuis 2010...]

Premier billet d’un triptyque intitulé « Moi et les autres » :
  1. Se (faire) connaître comme traducteur
  2. Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter
  3. Identifier MON propre marché de la traduction pour me positionner par rapport à la concurrence
* * *
Titre inspiré d'une discussion récemment ouverte sur Proz.com, pour un argument que j'ai fréquemment abordé lors de mes formations marketing pour traducteurs (déjà 4 à mon actif), mais que je vais essayer de développer ici de manière plus approfondie.

La première réflexion, théorique, est une équation :

se faire connaître comme traducteur = se connaître comme traducteur

En mathématique, selon le Robert, la définition d'une équation est la suivante :

Relation conditionnelle existant entre deux quantités,
et dépendant de certaines variables (ou inconnues).

Ce qui est parfait pour notre cas, reconnaissons-le ! Il suffit de remplacer "quantités" par "axiomes", et le tour est joué.

- Axiome : « Vérité indémontrable mais évidente pour quiconque en comprend le sens, (...), proposition admise par tout le monde sans discussion. »

Donc il est (devrait être) clair, évident à tout le monde, que se connaître comme traducteur est le postulat de base, pour pouvoir ensuite se faire connaître comme traducteur.

Car dans la forte, étroite relation conditionnelle existant entre les deux expressions, se connaître comme traducteur est la condition sine qua non pour se faire connaître comme traducteur, la première étape obligée sans laquelle impossible d'appréhender les innombrables variables, et encore moins les inconnues !

Mais se connaître comme traducteur implique aussi un premier corollaire, immédiat, qui est celui de connaître le marché de la traduction en général, et son propre marché en particulier : il y a une infinité de marchés de la traduction, un par personne, en fait.

1 traducteur = 1 marché

Qui est le mien, forcément différent de celui de mes collègues. Pour me connaître, je dois donc connaître, et comprendre, ce que font les autres, pour apprendre à me situer d'une manière générale par rapport à eux, et à me positionner plus précisément par rapport à celles et ceux qui sont plus proches de mon marché - mes concurrents potentiels -, afin de me DIFFÉRENCIER !

Se différencier, c'est simplement répondre à la question suivante :

- pourquoi le client me contactera-t-il, moi, plutôt que mon collègue ?

--> Lorsque quelqu'un sait donner une réponse simple à cette interrogation, il a déjà parcouru l'essentiel du chemin pour se faire connaître comme traducteur...

J'insiste sur la notion de simplicité car ce qui fait votre différence fait aussi votre principal argument de vente, et votre principal argument de vente doit s'exprimer en termes simples et concis ("concis" étant également la contraction de "concret + précis"...).

C'est le concept marketing de l'USP, l'Unique Selling Proposition, théorisé dès le début des années 60 par Rosser Reeves dans Reality in Advertising, que je préfère décliner en Unique Service Promise à notre niveau : la PROMESSE D'UN SERVICE UNIQUE, le mien !

Une promesse qui doit se traduire en une seule formule, la fameuse "tagline", ou accroche en français, qui est également votre signature, dont la fonction n'est pas seulement d'attirer l'attention de vos destinataires, mais surtout de véhiculer la promesse du service unique que vous proposez et qui répond (correspond) à leurs attentes.

Sur la base des informations communiquées par une quinzaine de traductrices/traducteurs dans le cadre d'une formation précédente, voici les 20 termes plus communément cités (outre "traduction" et "interprétation", bien sûr) dans leurs accroches :


* * *

La deuxième réflexion, pratique, est le fruit d'un long travail de synthèse, pour parvenir à la représentation graphique, bipolaire (toujours pour rester dans les maths...), que voici :


En clair, les 2 pôles de connaissance sont : moi, et les autres (puisque le marché au sens large comprend également tous les acteurs impliqués, dont les collègues).
  • Moi : me connaître moi-même, analyse SWOT, bilan de compétences
  • Autres : connaître le marché, analyse SWOT du marché en général, et de MON MARCHÉ en particulier (ce qui suppose de l'avoir identifié...)
À ces deux pôles correspondent 2 niveaux d'action : sur moi, et sur les autres.
  • À mon niveau : personal / professional branding
  • Au niveau du marché : marketing
En clair encore, la connaissance supporte l'action, ce qui implique une sérieuse réflexion de base, de la cohérence (entre capacités et ambitions personnelles et professionnelles, par exemple), et de la méthode (plan de travail, définition des tâches, des objectifs, des ressources, etc. etc.).

Tout part de là.

Et à terme tout cela finit par déboucher sur une présence Internet (sujet plutôt complexe que j'ai abondamment développé sur le Web, voir quelques éléménts ici), désormais indispensable, même si à notre niveau, comme le souligne fort justement Éloïse, en général cela sert davantage de vitrine que de contact direct avec le client.

Ceci dit, mieux vaut avoir une vitrine que de n'en avoir aucune, et, surtout, ne jamais négliger la forte dimension sociale de la traduction, « indispensable à tous les aspects professionnels du métier : chacun/e devant impérativement faire du networking pour se former, s’informer, se mettre à jour, s’entraider, demander conseil, travailler en mode croisé – traducteur + relecteur –, voire organiser des équipes sur les projets complexes, trouver les bonnes ressources, techniques ou terminologiques, échanger des dictionnaires, de la documentation de référence, ou, surtout, pour celles et ceux qui vivent à l’étranger, rester en contact avec leur langue et les implications socioculturelles qu’elle véhicule…»

Bien évidemment, chacun des aspects qui précède doit être approfondi (la présentation finale, d'une centaine de diapositives, consacre 50 diapos à chacun des 2 blocs), mais j'espère déjà que ce billet puisse fournir à chacun/e suffisamment d'infos pour poursuivre sa propre recherche :

1 traducteur = 1 marché = 1 recherche