vendredi 20 juillet 2018

Exclusivité : Technicis, premier groupe français (et bientôt européen) de la traduction professionnelle

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Scoop : dix jours à peine après l'acquisition de HL Trad (qui avait été précédée en avril par celle de TextMaster), Technicis s'offre sa troisième proie pour un montant non divulgué, Telelingua, et prévoit de dégager cent millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'exercice 2018 ! Soit, en volume, probablement plus d'un dixième du marché français de la traduction à lui tout seul : pour autant que je sache, c'est la première fois dans l'histoire de notre métier qu'un groupe français pure player annonce un pareil résultat. Mais procédons par ordre...

Fin 2017, je décide de publier une version actualisée de mon billet sur les acteurs du marché de la traduction technique en France, avec une autre approche, qui me semblait plus juste.

Dans mon premier billet, je m'étais contenté de repérer moi-même tous les renseignements glanés ici et là sur le Web, donc pour la mise à jour j'avais souhaité contacter directement chacun des 12 groupes identifiés pour en interviewer les responsables et obtenir des informations de première main, vu le peu d'infos publiquement disponibles.

Mauvaise pioche : sur ces 12 groupes, seuls 2 (je dis bien, deux, soit 17% par excès) m'ont répondu : Benjamin du Fraysseix pour Technicis, et Eric Le Poole pour HL TRAD. Les deux principaux acteurs dont l'on parle depuis ce début de mois dans l'univers plutôt fermé de la traduction en France...

À dire le vrai, la Directrice juridique et financier d'ADT International a souhaité en savoir davantage sur la publication des données qu'ils auraient été susceptibles de me communiquer ; voici ma réponse datée du 4 octobre 2017 :
Concernant la publication, c'est très simple. De même que j'ai publié en 2014 ce billet pour essayer de faire le point sur la situation des groupes français, j'envisage de publier une mise à jour début 2018 en me basant sur les chiffres 2017.
Sous forme d'un billet publié sur mon blog, exactement comme le précédent.
Mais vu qu'à l'époque j'avais recherché moi-même les données disponibles sur le Web, avec le risque d'être approximatif faute d'informations fiables, cette année je pose grosso modo à chaque groupe les questions suivantes : 

  • Confirmez-vous mes estimations de 2014, et pouvez-vous les affiner pour 2017 ? 
  • Comment voyez-vous votre groupe en 2018, voire à l'horizon 2020 ? Et plus généralement le marché de la traduction ? 
  • Côté technique, votre groupe déploie-t-il déjà des solutions de TA, et se positionne-t-il déjà sur l'IA, des technologies qui révolutionnent notre métier dès aujourd'hui, et le révolutionneront demain plus encore ? 
  • Sentez-vous libre d'ajouter quelque argument que ce soit qui vous semble pertinent et auquel je n'ai pas forcément pensé.
En essayant au final de dégager un classement aussi fiable que possible des acteurs français de la traduction, vu que toutes les études en circulation se focalisent davantage sur les grands groupes anglo-saxons, ce qui est bien dommage.

Ils n'ont jamais donné suite !

Quant à M. Eric Le Poole, il n'a pas détaillé (peut-être avait-il déjà en vue son incorporation dans le groupe Technicis...) mais a eu la grande gentillesse de me communiquer le rapport sur le marché de la traduction en France en 2017, réalisé par Konstantin Dranch pour la CNET, la Chambre Nationale des Entreprises de Traduction, autant dire les chiffres les plus récents disponibles à cette époque (le dernier observatoire de la traduction de la CNET avait comme année de référence 2009), qui parle d'un marché en expansion estimé entre 0,6 et 1 milliard d'euros de volume d'affaires, et dénombre 21807 vendeurs.

À comparer avec ma propre évaluation, légèrement inférieure, de 20735 intervenants pour ma carte de France 2017 des acteurs de la traduction :


Toujours selon ce rapport, au niveau des leaders de la croissance, Technicis arrivait en 3e position derrière Kalliopé et STAR France, et juste devant InPuzzle et HL Trad, GEDEV se plaçant au sixième rang.

En revanche, en termes de C.A., la situation était différente au niveau des principaux acteurs :


Mais ça, c'était l'année dernière ! Aujourd'hui, les choses ont considérablement évolué, et Technicis, qui était déjà aux premiers rangs, mais derrière Ubiqus (voir d'ailleurs ci-dessous ce que dit M. du Fraysseix du groupe Ubiqus, qui n'est pas un pure player de la traduction, contrairement à Technicis), annonce à présent un C.A. de 100 millions € pour 2018 (en tenant compte des acquisitions rapprochées de TextMaster en avril, de HL Trad début juillet, et du petit dernier, Telelingua, (opération finalisée aujourd'hui), qui font suite à Cogen, Translation Probst, Arancho Doc et Soget)...


Il y avait eu un signe avant-coureur ces derniers jours avec la publication par AranchoDoc d'un billet sur la World Cup Fever ! Or Telelingua avait déjà été choisie pour faire les traductions de la coupe du monde, et elle est d'ores et déjà retenue pour l'Euro 2020...

Je tiens donc ici à remercier vivement M. Benjamin du Fraysseix, qui a été le seul à répondre à mes questions en détail, de même qu'il a été le seul à m'encourager dans ma "belle ambition" et ma "belle initiative" pour tenter de "reconstituer tout le marché de la traduction française", "car je vous confirme que les indicateurs fiables de marché sont faibles" !

Certes, lorsque l'on voit le peu d'enthousiasme dont font preuve tous ses collègues, on comprend mieux les difficultés, y compris pour la CNET et la SFT, de dresser un tableau à peu près correct des acteurs de la traduction en France ! Et l'on se dit qu'un peu plus d'ouverture d'esprit ne nuirait pas...

Voici pourquoi il convient de saluer à leur juste valeur la disponibilité et le désir de transparence, pour autant que possible, de M. du Fraysseix, dont je vous propose maintenant les réponses, fournies le 4 octobre 2017 :

Q. Me confirmez-vous ces estimations, et pouvez-vous les affiner ?

R. Notre historique de CA est un panache de croissance organique et de croissance externe :
  •  2014 : 17 m€ 
  •  2015 : 24 m€ (dont 1 acquisition de 4m€) 
  •  2016 : 30 m€ (dont 1 acquisition de 4 m€) 
  •  2017 : 45 m€ (dont 1 acquisition de 12 m€) 
Q. Comment voyez-vous Technicis en 2018, voire à l'horizon 2020 ? Et plus généralement le marché de la traduction ?

R. Technicis en 2018 : nous visons une croissance organique entre 4 et 5 m€ / an et une croissance externe par an, la prochaine entre 10 et 30 m€ de CA, donc je pense que nous devrions passer autour de 60 à 80 m€ de CA à fin 2018

Technicis en 2020 : on ambitionne un CA autour de 200 m€ avec 2 acquisitions de plus qu’en 2018 et toujours une croissance organique, mais plutôt 6 – 8 m€/ an sur une base plus importante.

Q. En 2014, je définissais le site Web de Technicis "poussiéreux", ce n'est plus le cas aujourd'hui : quand avez-vous vraiment pris le virage Internet, et pourquoi ? (chose que Tradutec n'a pas encore fait, par exemple...)

R. Le fait de reprendre pour moi la direction générale de la société en 2012 a permis de tout concentrer autour d’un management simplifié et concentré sur la performance et son suivi / sa mesure (KPI / métrique) / de process de ventes et gestion de projet modernisés/ de mettre en œuvre les départements qui n’existaient pas à savoir les RH / la communication & marketing / le Vendor Management / l’IT et technologie, bref, tout repenser de A à Z, ce qui a conduit à de vraies belles améliorations, dont notre image via le site web naturellement.

Q. Côté technique, votre groupe déploie-t-il déjà des solutions de TA, et se positionne-t-il déjà sur l'IA, des technologies qui révolutionnent notre métier dès aujourd'hui, et le révolutionneront demain plus encore ?

R. Je ne peux et veux pas trop communiquer sur le sujet ;)

Q. Sentez-vous libre d'ajouter quelque argument que ce soit qui vous semble pertinent et auquel je n'ai pas forcément pensé.

R. Les acteurs que vous avez évoqué (Ortec & Ubiqus) ne sont pas concernés par le côté pure player du monde la traduction, contrairement à nous, je confirme et persiste et signe donc que nous sommes solidement installés en tête de la France et dans le top 3 à 5 en Europe.
Ubiqus par ex a le gros de son métier autour de la transcription de conférence, les badges … la traduction ne doit représenter à l’échélon global selon moi moins de 20 m€ / an. Ortec, pas la moindre idée, je ne les ai jamais vu en concurrence, pas très bon signe à priori.

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Donc, première remarque : les prévisions de M. du Fraysseix, consignées noir sur blanc en octobre 2017, évoquaient un C.A. entre 60 et 80 M€ pour 2018, or la réalité est qu'il est plutôt à 100 M€ ! Autant dire qu'il est largement en avance sur son plan de route...

Quant à l'horizon 2020, il anticipait d'atteindre 200 M€, et vu le chemin énorme que le groupe a déjà parcouru depuis 2014, il ne fait aucun doute qu'entre croissance organique, investisseurs et montages financiers il réussira la progression qu'il s'est fixé. Cependant, cela signifie réaliser 100 M€ supplémentaires sur deux ans, d'où la question que je me suis posé, et que je lui ai posé : est-ce que vous n'allez pas trop vite ?

Mon interrogation majeure portait surtout sur l'intégration post-acquisitions, autrement dit sur le fait que mener autant d'opérations de croissance externe en si peu de temps doit quand même soulever des interrogations et des problématiques nombreuses au niveau de l'intégration de toutes les nouvelles sociétés acquises !?

Comment gérer les doublons (qui ne manqueront pas), mobiliser les personnels et fédérer des équipes (notamment la R&D) qui évoluent dans plusieurs pays, avec des cultures d'entreprise différentes, etc. C'est déjà un défi immense en soi, donc conjuguer intégration et croissance externe en même temps (à ce rythme, qui plus est), ne doit pas être une mince affaire.

Autant de questions dont j'imagine que, dans le métier, beaucoup d'autres que moi doivent se poser, Voici donc ce qu'il m'a répondu (je le cite avec son accord) :
Vous soulevez une question qui est la plus difficile qui soit dans un schéma de développement rapide organique et externe.  
Des éléments de réponse : 
  • Plus vous êtes gros, plus vous densifiez les fonctions supports (IT / R&D / marketing / finance / RH) et plus vous simplifiez, étonnamment, les arrivées suivantes. Les intégrations sont réussies par les fonctions supports, moins par les fonctions commerciales et de production, par définition plus autonomes et indépendantes. 
  • Plus vous êtes gros, moins votre risque d’exposition à un secteur / un pays / une équipe / une personne pèse, ce qui permet de mieux accepter et intégrer la notion de risque inhérente à une croissance externe, par définition source d’inconnues – la résultante est qu’en ajoutant des forces à l’écosystème, vous devenez meilleur de pleins de facteurs, financiers et non financiers. 
  • Plus vous faites d’acquisitions, plus vous vous confrontez à des schémas similaires de courbe en J (cela se passe mal au départ, mieux ensuite), à des overlaps de couts fixes que vous pouvez optimiser, à des culture commerciales / productions, dont vous pouvez tirer le meilleur des 2 côtés. 
  • Au global, the bigger is better, à condition de conserver son ADN de taille acceptable, à condition de mettre la priorité absolue sur la satisfaction absolue du client avant tout, à condition de toujours considérer que sans chaque salarié, son intelligence, son implication, et son envie sont la clé de voûte de tout – nous sommes dans une industrie de service, donc d’humain, vous n’êtes rien sans le meilleur de l’homme. 
  • Plus vous grossissez, plus vous devenez humble, tout simplement – j’ai conscience de l’absurdité du propos mais je donne un sens à la seule phrase qui fasse écho chez nous, qui vient de Bolloré de mémoire : sois fort avec les forts, et humble avec les autres 😉 
Voilà en résumé ce qui guide notre action.
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Chapeau ! En conclusion, je salue avec reconnaissance la disponibilité, l'ouverture d'esprit et la gentillesse de M. Benjamin du Fraysseix, une attitude trop rare dans notre métier (largement confirmée lorsqu'il a de nouveau répondu à toutes mes questions sur TextMaster, et aujourd'hui encore...), et lui souhaite de parvenir à son objectif de 200 millions d'euros de C.A. à l'horizon 2020 et, surtout, après autant de croissance, de consolider son groupe dans la continuité. Mais compte tenu de la cohérence dont il a déjà fait preuve depuis le début de son chemin, je trouve que c'est là une "belle ambition", pour une "belle initiative" :

Faire de Technicis le premier groupe européen (français, c'est déjà fait !) de la traduction professionnelle !

Il était troisième européen il y a un an, donc il ne devrait plus être loin du but, en attendant d'intégrer le top 5 mondial du secteur (actuellement il est déjà dans le top 10...).

Gardez le cap, et bon vent, M. du Fraysseix...




P.S. Selon AranchoDoc, l'une des sociétés de la galaxie Technicis, le groupe compte désormais plus de 6000 clients et 700 collaborateurs dans 13 pays, en Europe (Belgique, République tchèque, Angleterre, Finlande, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne et Suisse), en Amérique du Nord (Canada et États-Unis) et en Asie (Chine).

Par ailleurs, il est prévu de réunir toutes ces acquisitions (sauf TextMaster, si j'ai bien compris) sous un même nom de marque, qui est déjà créé et sera dévoilé en septembre. Rendez-vous est pris pour l'analyse de ce nouveau nom pour le groupe, qui ne s'appellera donc plus Technicis mais...

Liens connexes :




vendredi 6 avril 2018

TextMaster

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Il y a deux jours, je vois cette info passer dans mes flux : Première sortie d’envergure pour eFounders, avec le rachat de TextMaster par Technicis. Article qui commence ainsi :
Technicis, numéro 3 européen de la traduction, a fait l’acquisition de la start-up SaaS TextMaster, [créée] en 2011 par Thibault Lougnon, Alexandre Ponsin et Benoit Laurent...
En décembre 2011 (les 7, 8 et 9) s'est tenu à Paris le salon LeWeb 2011 autour du thème « SoLoMo » (Social, Local, Mobile), conférence que j'ai pu couvrir à l'époque pour le blog Presse-Citron d'Éric Dupin, avec les trois billets suivants :
  1. Synthèse et premier jour
  2. CoSoLoMo
  3. Le tour du Web’11 en 80 billets
Voici le nuage sémantique de la conférence :


Or TextMaster, alors opérationnelle en béta depuis quelques mois et lancée un mois avant LeWeb11, était présente à la conférence :


Ainsi je m'étais mis d'accord avec Benoît Laurent sur le principe d'une interview bloguée que j'aurais publiée dans Presse-Citron, et en rentrant à Rome je l'ai contacté le 15 décembre par un premier message :
Ceci dit, il est clair que l'interview portera sur l'opposition entre un service comme TextMaster et les traducteurs de métier (profession que j'exerce depuis plus de 25 ans), quelles sont les différences, ou mieux, quelle est la rupture, malgré tout y voyez-vous des complémentarités possibles, quels sont les plus pour les clients dans l'un et dans l'autre cas, la valeur ajoutée du service selon vous, parmi les marchés de la traduction, quel segment visez-vous, qu'est-ce qui vous a donné l'idée du service, êtes-vous traducteur vous-même, etc.
Suivi le lendemain par les 7 questions de l'interview : 


Le 18, Benoît m'envoyait ce mail : « Désolé pour cette réponse tardive. Je fais mon maximum pour répondre à vos questions pour le milieu de la semaine. », mais je n'ai plus jamais eu de nouvelles par la suite...

Donc, 7 ans plus tard et à la lumière de ce rachat, je vais me répondre moi-même en rassemblant quelques-uns des éléments collectés ces dernières années dans le cadre de ma veille sur TextMaster !

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1. En quelques mots, qu'est-ce que TextMaster, et quand et comment est née l'idée du service ? 

En commentant un billet intitulé TextMaster et le feuillet à 1 euro : création de valeur ou la familiarité du médiocre ?, Benoît précisait : « J’ai été moi aussi rédacteur pendant plusieurs années et c’est de cette expérience qu’est née l’entreprise ». Qu'il décrivait dans une autre interview comme « première plateforme à la demande dédiée à la traduction et à la rédaction de textes sur Internet », ayant recours au « crowdsourcing professionnalisé », ou, pour mieux dire, comme « plateforme dédiée à la chaîne de production de contenu texte : création, traduction et révision ». À l'époque l'interface du site se présentait ainsi :


Traduction, rédaction & correction par des professionnels

2. Même si le service propose des prestations d'auteurs (rédaction pure) et de traducteurs, a priori distincts, l'annonce en première page indiquant que "nos auteurs maîtrisent 8 langues" peut prêter à confusion. De même que la fourchette tarifaire proposée en une (Dès 0,005 € par mot pour le client / Jusqu'à 0,090 € par mot pour l'auteur/traducteur) pourrait apparaître incompatible en première lecture. N'y a-t-il pas, à ce niveau-là, un problème de lisibilité de l'offre "TextMaster" ? 

Dans le commentaire cité au point 1, Benoît ajoutait ceci :
Après toutes ces choses, sachez que TextMaster est une entreprise très jeune. Nous n’avons que 5 mois de recul par rapport à l’usage de la plateforme mais nous sommes en permanence à l’écoute des auteurs et des clients qui peuvent tous témoigner de notre attention. Il est tout de même important de noter qu’aujourd’hui, de nombreuses personnes travaillent ponctuellement ou régulièrement pour TextMaster. Parmi les auteurs les plus actifs, certains ont déjà 250 000 mots à leur actif et gagnent plus de 1000€ par mois.
Ce passage est particulièrement important car il permet de calculer la "rémunération" des "professionnels" sur TextMaster. Je m'explique : si certains (les mieux payés du lot...) ont à leur actif 250 000 mots en 5 mois, c'est qu'ils ont une moyenne de 50 000 mots par mois pour gagner environ 1000 €. Donc, prix par mot payé au "professionnel" : 0,02 centimes ! Soit une misère qu'aucun professionnel de ce nom n'accepterait jamais, pas même sous la torture !
Mais pour être encore plus explicite, continuons notre calcul : 50 000 mots par mois de 25 jours (laissons de côté le dimanche...), ça nous donne 2000 mots/jour, qui est effectivement une moyenne assez indicative de ce que peut produire un traducteur professionnel travaillant en conditions normales.
Donc 2000 mots x 0,02 c = 40€ par journée de 8h, soit 5€ de l'heure. Une fois enlevés les impôts, les cotisations sociales et les frais divers, voyez vous-même ce qu'il reste au "professionnel" pour vivre...

Benoît poursuit : « Je vous l’accorde, c’est encore peu (!!!) mais à ce rythme, ils factureront assurément 2000€, voire 3000€ d’ici la fin de l’été. »

OK. Soyons optimiste et poursuivons dans le sillage indiqué par le CEO de TextMaster. Pour doubler et pour tripler la rémunération du "professionnel", il convient de doubler et tripler proportionnellement les quantités, soit d'abord passer à 100 000 mots puis à 150 000 mots par mois, « d'ici la fin de l'été ». Or ce commentaire a été posté en mars, ce qui suppose de doubler au printemps et de tripler à l'été, en passant initialement à 4000 mots/jour, puis à 6000...

Sans rentrer dans les détails, ces quantités sont purement et simplement intenables dans la durée pour un traducteur "humain", croyez-en la parole de quelqu'un qui vit plutôt dignement de ce métier depuis plus de 30 ans...

3. Je vous cite : « TextMaster offre à ses clients, agences, PME ou grandes entreprises un service de qualité à des prix défiant toute concurrence pour des besoins ponctuels (articles, brochures, contrats) ou des projets d'envergure (bases de données, listing). »
Or, pour revenir sur les prix, l'annonce d'un tarif dès 0,005 € par mot pour le client n'est-elle pas incompatible avec des « textes de qualité » rédigés, traduits et corrigés « par des professionnels », et surtout, la proposition d' « un service de qualité à des prix défiant toute concurrence » n'est-elle pas incompatible dans ses termes mêmes ? 

Laissons tomber un instant la question "des prix défiant toute concurrence" pour passer à celle du "service de qualité" que promet TextMaster à ses clients. Dans ses conditions générales d'utilisation autant que dans ses conditions générales de vente, nous trouvons une déclaration dupliquée à l'identique qui précise respectivement :
Responsabilités de TextMaster
TextMaster décline toute responsabilité vis-à-vis du Contenu produit, corrigé ou traduit via ses Services. Le cas échéant, TextMaster transmettra aux autorités compétentes les coordonnées de l’Auteur responsable du Contenu incriminé.

Responsabilité de TextMaster
TextMaster décline toute responsabilité vis-à-vis du Contenu produit, corrigé ou traduit via ses services. Le cas échéant, TextMaster transmettra aux autorités compétentes les coordonnées de l’Auteur responsable du Contenu incriminé.
Et d'ajouter, dans ce deuxième cas :
Vous reconnaissez utiliser les Services en l’état et acceptez que ces Services vous soient fournis tels quels et sous réserve de disponibilité. 
En particulier, TextMaster ne garantit en aucun cas : 
- que votre utilisation des Services sera conforme à vos exigences ; 
- que votre utilisation des Services sera ininterrompue, possible à tout moment, sûre et dénuée d’erreurs ; 
- que toutes les informations obtenues suite à votre utilisation des Services seront exactes ou fiables ; 
- que les défauts de fonctionnement ou de disponibilité des Services seront corrigés. 
En outre, TextMaster exclut expressément toutes garanties et conditions de tout type, explicite ou implicite, y compris, sans s’y limiter, les garanties et les conditions implicites de qualité marchande, d’adéquation à un usage particulier et d’absence de contrefaçon. 
(...) 
TextMaster ne saurait être tenu responsable de tout dommage direct, indirect, fortuit, spécial, consécutif ou exemplaire, quelle que soit la manière dont il a été causé ou la responsabilité invoquée, y compris et sans limitation, les pertes de profits (directes ou indirectes), les pertes de renommée ou de réputation, les pertes de données que vous êtes susceptible de subir, les coûts de fourniture de biens ou de services de substitution ou toute autre perte non matérielle. 
En tout état de cause et quel que soit la nature du dommage subi, le Client reconnaît expressément que la responsabilité de TextMaster ne pourrait dépasser, en toute hypothèse, le montant payé par le Client pour l’exécution du Service concerné.
La totale ! Donc promettre la qualité, sans fautes (quelle que soit la nature...), sans engager sa responsabilité ni garantir à aucun moment la qualité fournie n'est qu'une pauvre démarche marketing, pleine de promesses mais vide de sens. Totalement incompatible avec la promesse d'un professionnel de la traduction, dont la responsabilité personnelle, civile et pénale, est engagée pour chaque traduction livrée. Mais bon, il est clair que nous ne sommes pas des plateformes. Non, décidément, nous ne faisons pas le même métier.

4. Si elle n'est pas incompatible, peut-on savoir, en moyenne, combien perçoit un auteur/traducteur qui fait de la prestation de service pour TextMaster, ou tout au moins si le seuil de rémunération perçue suffit à garantir un niveau de vie décent adapté à un professionnel (en sachant qu'un traducteur de métier est quelqu'un dont la traduction est l'activité principale, voire exclusive, dont les revenus sont suffisants pour vivre de manière autonome et surtout, qui le fait dans le respect des règles fiscales du pays où il vit...) ? 

J'ai déjà donné une première partie de réponse à cette question au point 2, mais la question ne s'arrête pas là : chez TextMaster, les écrits qui rapportent, plus on écrit, plus on est payé. Cependant, pour arriver au dernier niveau, il faudrait écrire 5 MILLIONS de mots.

Donc, pour vous permettre une comparaison, j'ai commencé à traduire en 1985, cela fait 33 ans, durant lesquels j'ai traduit environ 80 000 pages, soit environ 16 millions de mots (en se basant sur le standard en vigueur à Rome de 200 mots par page). Autrement dit, pour un traducteur, 5 millions de mots ça représente environ 10 ans de travail à temps plein... Et dire que TextMaster n'a pas encore 7 ans d'existence !

5. En nous focalisant plus précisément sur la traduction, il est évident qu'une offre comme TextMaster introduit une rupture avec la "traduction professionnelle", dont les services coûtent forcément beaucoup plus cher. Donc y a-t-il des complémentarités possibles entre ces deux pôles, et, si oui, lesquelles ? 

Personnellement, je ne vois aucune complémentarité possible, ni aucune compatibilité, car nous ne faisons tout simplement pas le même métier !  Qui plus est, aucun traducteur "professionnel" n'accepterait jamais de travailler à de telles conditions : ça casse le marché, et jamais celles et ceux qui s'abaissent à le faire ne pourront être qualifiés de "professionnels".
C'est purement antinomique : fournir un travail de qualité exige une rémunération proportionnelle à l'effort et aux compétences nécessaires, fruit de longues années de pratique et de formation qui ne se bradent pas, pas plus que tout professionnel se respectant ne braderait la valeur de son travail.

6. Si non, en revanche, quelle est la valeur ajoutée de TextMaster, en sachant que, pour autant qu'elle coûte peu, une traduction mal faite coûtera toujours trop cher ? N'est-ce pas là le sens de ce tweet envoyé hier par un de vos clients : 
@textmaster Bjr, ça cafouille un peu la trad en niveau good sur 2500 mots. L'auteur essaye de me fourguer un copy paste Google Translate... 
Comment résoudre ce genre de problème, qui met sérieusement en doute la crédibilité et la viabilité du service ? 

Dans un article des Échos publié hier, qui salue le rachat par Technicis de Textmaster, le traducteur digital, le journaliste dit ceci (c'est moi qui souligne) :
Jusqu'à présent, TextMaster était surtout connu par les acteurs du luxe et du voyage pour lesquels la jeune pousse effectuait des travaux réputés délicats. Un positionnement qui lui permettait de facturer des prestations allant de 10 000 à 500 000 euros, soit bien plus que les prestations de commodités que l'on retrouve habituellement sur le marché.
Or le positionnement décrit est du (voire du très) haut de gamme, qui contraste manifestement avec ce que nous avons dit jusqu'à présent. Je n'ai aucune explication plausible à ce hiatus, et j'avoue mon ignorance : le modèle économique d'une plateforme telle que TextMaster me dépasse, bien qu'apparemment il soit viable puisque depuis sa création la société a levé entre 6 et 7 millions d'euros de financement, qu'elle revendique des progressions mirobolantes en termes de mots traduits et de chiffre d'affaires, et qu'elle vient d'être rachetée par Technicis, pure player numéro un de la traduction en France, très probablement pour le plus grand bonheur de ses créateurs et ses investisseurs : donc une valeur ajoutée indéniable ! À suivre...

7. Pour conclure, parmi les différents marchés de la traduction, quel segment vise le service, et comment TextMaster compte se positionner par rapport à la concurrence ?

Il faudra voir désormais comment Benjamin du Fraysseix, PDG de Technicis et nouveau patron de TextMaster, entend déployer sa dernière acquisition au cœur d'une stratégie et d'une ambition que j'ai qualifiées d'ébouriffantes dans un entretien qu'il m'a accordé via mail, auquel je consacrerai prochainement un long billet.





vendredi 16 mars 2018

La traduction commerciale au service du marketing international

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Billet invité, signé Manon Maletras (AL Traductions)

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Dans une démarche de marketing international, on a souvent tendance à prendre le mot international dans une seule de ses acceptions. C’est-à-dire vendre son produit ou son service à l’étranger. Mais les entreprises sont-elles réellement prêtes lorsque l’aspect linguistique et la communication interculturelle sont les laissés pour compte de l’expansion internationale de l’entreprise ?

Dans cet article, nous nous intéresserons surtout à l’importance pour l’entreprise d’adapter son discours marketing au pays cible. Trop souvent, la partie linguistique est négligée dans la démarche de marketing international. La communication, plus qu’un outil de marketing mix (les 4P : prix, produit, promotion, place), reste la voix de l’entreprise pour expliquer son offre aux clients. Il est primordial que l’interlocuteur puisse comprendre le message. La dimension interculturelle est capitale pour toucher le client potentiel et atteindre sa sensibilité d’acheteur. Il faut bien prendre en compte que la culture, qui inclut entres autres le langage, est un pilier de prévision du comportement d’achat. Savoir le manier habilement sera un atout pour convaincre sa cible. On peut évoquer également le marketing émotionnel qui a beaucoup de succès auprès des marques. Il est considéré très efficace auprès du consommateur et représente une autre vision du marketing et, par extension, une autre vision de la traduction des contenus marketing (cf. La transcréation une spécialité à part entière).


Le marketing digital, primordial pour les entreprises

Après le phénomène de massification du marché début des années 2000, qui complexifie la relation marque-consommateur, les acteurs du marketing ont tenté de passer outre. Naturellement, des étapes significatives ont été franchies ces vingt dernières années pour répondre à ce besoin, en corrélation avec la progression d’internet. Ainsi, le marketing digital, aujourd’hui considéré comme l’arme la plus redoutable des entreprises (s’il est utilisé à bon escient), permet de se rapprocher de son potentiel client et de prospecter plus facilement. Des informations claires et précises, accessibles en un seul clic et en un quart de seconde, un contact rapide et efficace, c’est ce que le client, de plus en plus exigeant, attend.

Cette déferlante e-marketing est souvent illustrée par le terme technique de digitalisation du marketing. Une expression qui illustre le quasi-monopole du marketing digital dans les actions, les stratégies et les investissements en marketing.


Le marketing digital : une visibilité internationale qui nécessite une communication multilingue

Qui dit marketing digital dit visibilité internationale sur le web et donc un pourcentage de cibles potentielles (internationales) qui s’accroît. En effet, à partir du moment où on souhaite exporter notre produit ou notre concept, ne communiquer que dans sa langue maternelle n’est plus suffisant. Aujourd’hui, l’anglais est devenu la « langue universelle ». On pense souvent que la traduction en anglais de notre site web par un de nos employés ou collègue qui a plus ou moins étudié l’anglais est assez pour se charger de cette lourde responsabilité. On pense encore que traduire notre site web seulement en anglais est suffisant, car au final « tout le monde parle anglais » !

Je voudrais attirer votre attention sur ces deux points : premièrement, traduire les contenus seulement en anglais peut desservir l’entreprise qui cherche réellement à se développer à l’international. On comptait en 2015 1,5 milliard de personnes parlant anglais dans le monde et l’anglais est la première langue officielle de 67 pays. Notre client potentiel peut savoir parler anglais mais ne pas être sensible au message qui ne lui est pas délivré dans sa langue maternelle. Ne pas lâcher de vue qu´être proche de son client c’est parler son langage.

L’anglais a longtemps été le langage maître d’internet et reste malgré tout aujourd’hui celui le plus utilisé dans les contenus web. On remarque quand même ces vingt dernières années une prise de conscience de l’importance du contenu multilingue et le pourcentage de contenus web en anglais est progressivement passé de 80% à près de 50%.



En 2017, on considérait que quasiment 52% des contenus sur le web était écrit en anglais. Cependant, il ne faut pas oublier les 48% des langues autres que l’anglais qui sont aussi utilisées sur internet. Un internaute aura beau être polyglotte, ce qu’il va rechercher principalement c’est un contenu traduit dans sa langue maternelle. Dans l’infographie ci-dessus, nous avons voulu démontrer la prépondérance croissante des langues autres que l’anglais sur internet l’année dernière.



Cette infographie a pour but de comparer la prépondérance de l’anglais par rapport aux autres langues sur le web. Dans notre première infographie on peut voir parfaitement la répartition des langues les plus utilisées sur internet (excepté l’anglais). Dans celle-ci, la partie grise représente la présence des contenus en anglais sur internet. On peut voir que l’anglais représente plus de la moitié des contenus web.

Deuxièmement, charger n’importe quelle personne ayant quelques notions de la langue cible de traduire le contenu web marketing est une erreur courante des entreprises et surtout des PME qui ont moins de moyens. Des erreurs de traduction conduisant à une mauvaise interprétation du client potentiel pourraient empêcher une conversion sur le web (c’est-à-dire empêcher que le visiteur du site web passe du statut de visiteur à client).

Le critique littéraire et rhétoricien anglais Ivor Armstrong Richards disait avec justesse « La traduction est probablement l’activité la plus complexe qu’ait produite l’évolution du cosmos ». En effet, traduire le sens d’un texte et sa portée est un travail complexe et de longue haleine que seul un traducteur expérimenté peut mener à bien en évitant les nombreux pièges que tend la langue.


La traduction marketing : plus qu’une simple traduction

Les agences de traduction ont adapté leurs propositions à la demande des entreprises qui se destinent à l’international. Les entreprises ne veulent plus seulement une traduction mais plutôt une réponse à leurs questions relatives à la compréhension culturelle, qui inclut aussi la dimension commerciale.

La notion de sociolinguistique, définie par le linguiste suisse Ferdinand de Saussure, explore l’essence de la traduction et on peut l’appliquer aux traductions marketing. Ce concept s’intéresse aux relations entre langage, culture et société et insiste sur leur imbrication. Selon le linguiste Pierre Achard, la sociolinguistique est « un point de rencontre entre trois questions d’origines différentes, la question sociologique de la place du langage dans les sociétés humaines et dans le processus social, la variation langagière et les problèmes que pose celle-ci et enfin la question pratique de l’utilisation sociale du langage (comment il est utilisé dans le pays en question) ».

Bizarre de comparer linguistique et marketing selon vous ? À l’heure de la traduction de contenu marketing, les éléments cités ci-dessus doivent être pris comme un tout. La compétence marketing du traducteur est un autre point fondamental. Si tous ces éléments sont réunis, on sera en mesure de publier un contenu parfaitement traduit et surtout adapté au pays cible !


De la traduction à la transcréation

Nous avons déjà parlé de l’importance du marketing émotionnel, de plus en plus utilisé par les marques pour susciter l’envie d’acheter. Les entreprises de traduction se sont adaptées et proposent désormais le service de transcréation, une adaptation émotionnelle de l’essence d’un concept marketing à un pays cible. L’essence évoque le concept et l’idée que l’entreprise veut véhiculer originellement. La transcréation va alors être une adaptation de tous les aspects du message. Le contenu va le plus souvent être complètement modifié afin de pouvoir répondre aux codes culturels du pays visé mais le message le plus important va être conservé. Dans ce cas-là, a-t-on encore affaire à une traduction ?


La transcréation, une spécialité à part entière dans certaines agences de traduction



Les personnes en charge de la transcréation possèdent des compétences identiques à celles des traducteurs (et sont le plus souvent traducteurs spécialisés dans le domaine de la localisation ou du marketing) et ils possèdent des compétences aiguisées dans la rédaction de contenu publicitaire et marketing. Une proposition de traduction professionnelle qui change littéralement les codes de la traduction standard.

Les agences de traduction parlent d’un point de rencontre entre la localisation, la traduction et la créativité de la personne en charge du projet. Ainsi, de solides compétences dans ce domaine sont requises.

Mais ne pourrait-on pas dire que la transcréation est elle-même le point de rencontre entre la traduction et le marketing, deux domaines qui semblent pourtant opposés à première vue ?