jeudi 24 mars 2022

La traduction en France en 2022

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Mon étude de 2014 sur les acteurs du marché de la traduction technique et automatique en France, essentiellement des grands groupes, tentait de faire le tour de la situation, qui se résumait à l'époque comme suit :
  1. ORTEC 1 Md€
  2. Ubiqus 60 M€
  3. Telelingua 17 M€
  4. Datawords Datasia 16 M€
  5. Linguistique Communication Informatique 15 M€
  6. Technicis 11 M€
  7. Tradutec 10 M€
  8. Optilingua International 10 M€
  9. ADT International 8 M€
  10. WHP INTERNATIONAL 7 M€
  11. HL TRAD 6 M€
  12. CPW Group 3 M€
Essayons d'analyser la situation 8 ans plus tard !

Spécialisée en ingénierie linguistique dans l'aéronautique et le secteur spatial, mais pas seulementOrtec est toujours hors série et plutôt à part vis-à-vis des acteurs pure player de la traduction.

Dont le premier est sans aucun doute le groupe Acolad (ex-Technicis, en 6e position en 2014 avec un CA de 11 M€, contre plus de 330 M€ aujourd'hui, soit un levier de croissance de x30 en 8 ans...), qui a absorbé durant cette période, sous l'impulsion de Benjamin du Fraysseix (arrivé à la direction générale de la société en 2012) : VO Paris, Cogen, Translation Probst, Arancho Doc, Soget, Livewords, HL Trad, Sémantis, AAC Global, TextMaster, Telelingua, Amplexor et, last but not least, Ubiqus (qui pesait 6 fois le poids de Technicis en 2014...) !


Ces chiffres m'interrogent : 
  • 330 M€ de CA pour 1 million de projets/an, ça nous donne une moyenne de 330€ par projet !
  • 1 million de projets pour 25000 clients, ça nous donne une moyenne de 40 projets par client !
--> Le CA moyen de chaque client est de 13200 €, soit 1100€/mois.

Quant aux 2500 collaborateurs vs. les 20000 experts linguistes, j'imagine qu'ils proviennent de l'ensemble des 14 sociétés (Technicis + les 13 acquisitions), soit près de 180 salariés/société (vs. 1430 freelances/société), je vous dis pas le nombre de doubles, triples ou quadruples emplois, voire plus...

L'intégration a encore de beaux jours devant elle !

Pour autant, Benjamin suit donc son tableau de marche à rythme soutenu et ne compte probablement pas s'arrêter là, puisqu'il déclarait en décembre 2019 :
Conformément à notre nouveau business plan, nous ambitionnons de générer un chiffre d’affaires compris entre 300 et 400 M€ d’ici 3 à 5 années. À plus long terme, l’objectif sera d’avoisiner les 600 à 800 M€ de revenus...
De quoi le positionner à terme dans le Top 5, voire dans le Top 3, des principaux fournisseurs mondiaux de services linguistiques !

Pour autant, si telle est son ambition, j'imagine qu'il devra s'attaquer aussi à des proies outre-Atlantique, du calibre de WeLocalize voire, pourquoi pas, de Lionbridge, qui me semble un peu en perte de vitesse depuis quelques années... 

Le secteur du sous-titrage et domaines connexes réserve aussi quelques surprises avec 3 groupes français totalement inconnus du grand public : Dubbing Brothers, Hiventy et EVA, qui doivent avoisiner à eux trois 200 M€ de CA.

Pour l'heure, des 12 acteurs ci-dessus, Acolad en a déjà acquis 4 (Ubiqus, Telelingua, HP Trad et CPW Group), voyons la situation des autres :

Datawords est encore mentionnée dans le Top 100 des fournisseurs linguistiques dressé par Nimdzi, mais hors classement en raison du fait qu'ils ne divulguent pas, ni ne publient ou révèlent leur CA. Toutefois, aux dernières nouvelles, le groupe a poursuivi son développement international et célébré son 20e anniversaire en juin 2020 avec un CA de 70 millions d’euros à fin 2019 (vs. 16 millions d'euros en 2014)... 

Quant à LCI - Linguistique Communication Informatique, la société qui fait concurrence à Ortec dans les secteurs aéronautique, spatial, défense, automobile et mobilité, elle a été acquise en 2018 par le groupe NOVAE, composé aujourd’hui de plus de 300 collaborateurs en France et dans le monde en réalisant un chiffre d’affaires d'environ 30 millions d’euros, dont les services linguistiques ne sont qu'une partie.

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Concernant Tradutec, fondée en 1962, qui a fini par dépoussiérer son site Web, elle dégageait un chiffre d'affaires autour de 10 M€ en 2017 (même niveau qu'en 2014), on peut donc estimer qu'elle devrait toujours se situer dans ces eaux-là. Ce que confirme le doc suivant :
(Paris, 7 Août 2020) – Le classement CSA Research 2020 place TTB et le Groupe Tradutec (13 sociétés en France et au Benelux, 10 M€ de CA) à la 17e position des entreprises de services et de technologies linguistiques d’Europe de l’Ouest. 
Or dans un autre communiqué (datant de 2019), aucun CA n'était annoncé mais « une croissance du chiffre d’affaires à 2 chiffres en 2018 », ce qui me semble plutôt exagéré vu que le groupe semble stagner à 10 M€ depuis pas mal d'années (résultat plus qu'honorable quoi qu'il en soit). 


Mais bon, aucune autre donnée financière n'étant disponible, puisque ce groupe "familial" a choisi de préserver la confidentialité de ses comptes, impossible de se faire une opinion précise. 

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Passons à Optilingua International, qui continue d'annoncer fièrement plus de 40 ans d'expérience et 80 centres en Europe. Cela dit, l'évolution de la principale société du groupe, Alphatrad, dont la moyenne du CA s'élevait à 5 268 323 € sur la période 2009-2012, atteint tout juste 5 286 133 € sur la période 2018-2020, avec un résultat en perte de plus de 410 K€ sur les exercices 2019 et 2020. Source.

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ADT International annonce un CA de 6 050 300 € sur l'année 2020, soit une baisse de près de 2 millions d'euros par rapport à 2014.

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Enfin, WHP International a un CA moyen de 3 645 287 € sur la période 2017-2019, soit une réduction de moitié par rapport à 2014 !  


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CPW Group, le petit dernier qui était déjà passé dans le giron d'HL Trad, fait désormais partie d'Acolad ! 

La boucle est bouclée.

Conclusion

Mis à part Ortec, Datawords et le groupe NOVAE, qui semblent poursuivre leur progression en mode indépendant, il ne reste plus grand chose des groupes français de 2014, totalement phagocytés par ACOLAD.

Seul Tradutec se maintient depuis dix ans au même niveau de 10 M€/an, les trois autres "Internationaux" (Optilingua, ADT et WHP) étant sensiblement en retrait.

La progression exponentielle d'Acolad n'en est que plus remarquable !