samedi 2 avril 2016

Le palimptexte terminologique

CV de Jean-Marie Le Ray Translation 2.0 Search Engine
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Une réflexion qui vient de loin...

Dans Welcome to the Word Century, je définis le palimptexte terminologique par le contraste essentiellement spatial entre "fiche terminologique 1.0" et "fiche terminologique 2.0" :
  1. la première tient dans l'espace plan du papier, forcé de se faire palimpseste où se succèdent les polysémies temporelles créées par "la science humaine en marche" ;
  2. la seconde a pour univers l'espace virtuel, palimptexte qui contextualise à l'infini chaque terme : on part du mot et on arrive au monde...
Ceci dit, en me relisant je me rends compte dix ans plus tard que mon billet intitulé Palimptexte : une tentative de définition n'en fournissait aucune !

La voici donc :
Le palimptexte est la traduction étymologique de « nouveau texte », qui inscrit la nature bidirectionnelle de l'hypertexte (la progression vers un nouveau lien d'arrivée ou de transit et le possible retour en arrière vers le lien de départ) et la nouvelle forme du texte internettisé (écrit/oral) au cœur d’une interaction permanente auteur(s)/lecteur(s). 
Dans un commentaire à mon billet sur l'Internet aujourd’hui : de l'hypertexte au palimptexte, Sylvain de Campou étendait fort justement cette interaction à la « notion de mémoire collective, constituée par l'évolution des nœuds qui constituent le réseau » :
Le nombre de nœuds dans le réseau est endémique (nombre de participants croissant, avancées technologiques...) et en parallèle de nouveaux modes relationnels se développent (les TIC en étant un accélérateur). 
Ces modalités relationnelles sont à mon sens partie intégrante de la transformation du texte (au sens premier) : elles influent sur le sens même du texte car elles agrègent de nouveaux points de contact (nœuds) entre des espaces du réseau pas forcément liés auparavant. 
(C'est moi qui souligne).

Tout ceci se situant dans un monde où plus de 90% des données produites l'ont été au cours des 2 ou 3 dernières années, dans une croissance exponentielle des "big data" qui devrait nous faire générer plus d'un trilliard (1021) d'octets de données par an.


Une quantité considérable de ces données étant des mots, de simples mots ! Prenons le seul exemple de Twitter.

Au moment où j'écris, les plus de 320 millions d'utilisateurs actifs chaque mois postent :


soit :

7 162 tweets/seconde = x 60
429 720 tweets/minute = x 60
25 783 200 tweets/heure = x 24
618 796 800 tweets/jour = x 365
225 860 832 000 tweets/an

dans une courbe qui ne cesse de progresser (ainsi lorsque vous lirez ces lignes, il est probable que cette statistique sera déjà dépassée...).

Selon Twitter, 1 tweet = 25 mots


Ce sont donc plus de 5,6 milliards de mots dans toutes les langues qui transitent chaque année sur le réseau social : 5 646 520 800 000 pour être précis, avec une moyenne de 5,6 caractères/mot (140/25), soit légèrement moins qu’en traduction [où le rapport de 1250 caractères espaces non compris par page théorique de 200 mots (8 mots par ligne sur 25 lignes) donne 6,25 caractères/mot]. Sur un seul réseau social ! Imaginez si l'on connaissait les stats de Facebook et des autres...

Or les mots donnent naissance aux termes, la différence entre les uns et les autres étant qu'un seul terme peut se composer de plusieurs mots : « palimptexte terminologique » est un terme formé par deux mots, qui constituent une « unité linguistique désignant un concept, un objet ou un processus », la terminologie étant « la discipline ou science qui étudie les termes, leur formation, leurs emplois, leurs significations, leur évolution, leurs rapports à l’univers perçu ou conçu » 1.

Par conséquent, dans mon idée, que définit en 2016 cette unité linguistique de « palimptexte terminologique » ?

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Rappelons ici ce que j'écrivais dans :
« Bienvenue dans le siècle-monde », où le temps et l’espace finissent par se rejoindre à la surface de l’écran, l’interface, donnés « à voir dans l’immédiateté d’une transmission instantanée », dans « cet emplacement sans emplacement » où « l’épuisement du relief naturel et des distances de temps télescope toute localisation, toute position », où « Comme les événements retransmis en direct, les lieux deviennent interchangeables à volonté » 2, où « L’INFORMATION est le seul ‘relief’ de la réalité, son unique ‘volume’. (…) Désormais, tout arrive sans qu’il soit nécessaire de partir, mais ce qui ‘arrive’, ce n’est déjà plus l’étape ou le but du voyage, mais seulement l’information, l’information-monde, que dis-je, l’information-univers ! » 3… 
Un ‘voyage’ sans trajet ni départ où le prétendu dépassement des limites physiques et spatio-temporelles n’efface pourtant pas l’ultime frontière, celle du dispersement linguistico-culturel (...) dressant désormais presque autant de barrières qu’il y a … d’hommes et de femmes.
Transposé à la terminologie, ou mieux, à la fiche terminologique, ce ‘voyage’ n'en est qu'à ses débuts, avec de nouveaux horizons qui se profilent à court-moyenne échéance : l'Internet des objets et l'Intelligence artificielle, le Web sémantique (ou Web 3.0) étant déjà réalité.

Les résultats de Google offrent un indice de cette manière "moderne" de concevoir la terminologie, où chaque terme est ressorti en première page dans une approche tripartite (verticalisation + personnalisation + recherche universelle) :


À laquelle s'ajoute ce que Marissa Mayer définissait, lorsqu'elle travaillait encore à Mountain View, par les "très insaisissables intentions de l'utilisateur" :
Cela m'a permis de découvrir le formidable niveau de sophistication qu'atteint aujourd'hui la recherche sur le Web, et les progrès accomplis en peu de temps, notamment au niveau de la recherche universelle, qui nous a conduit cette année à modifier la page de résultats tant sur la forme que sur les fonctionnalités. À présent notre équipe qualité recherche se penche sur les toujours très insaisissables "intentions de l'utilisateur" ("voici ma requête, voici ce que je veux dire"). Cela nous permettra de rendre toujours plus utile la recherche universelle : vous obtiendrez des photos ou des cartographies lorsque ce sera ce que vous attendez. Une meilleure compréhension des intentions de l'utilisateur nous aidera également à surmonter les barrières linguistiques en trouvant la meilleure réponse possible indépendamment de la langue utilisée et de là où elle se trouve sur le Web.
Des intentions que le Web sémantique permet de mieux saisir pour accroître la rapidité et l'exhaustivité des résultats en les élargissant au sens des mots sans se limiter à leur seule présence, c'est-à-dire en contextualisant la recherche pour la rendre plus pertinente (sur la requête "café", est-ce que je cherche un bar, une marque, une boisson à base de, etc.), en corrélant les documents entre eux et en les filtrant pour éliminer le bruit, et suggérer en conséquence d'autres termes ou axes de recherche...

L'approche distributionnaliste est une autre piste particulièrement prometteuse, j'aurai l'occasion d'y revenir.

Appliqué à notre cas, cela signifie donc trouver la meilleure réponse TERMINOLOGIQUE possible indépendamment de la langue utilisée et de là où elle se trouve sur le Web !

Afin de créer à la volée pour chaque terme recherché un "nouveau texte", conjuguant l'écrit, l'oral, le visuel, l'auditif, voire le toucher, etc., au sein d'un "nouveau contexte", une sorte de page clé contenant le "palimptexte terminologique". Le site paper.li est un exemple de cette création instantanée de contenus autour d'un sujet, où il est possible de sélectionner les médias sociaux et les sources de son choix pour mieux les affiner ensuite.

Par rapport à la "fiche terminologique 1.0", plutôt figée quand bien même construite autour d'un nombre variable d'axes (linguistique, encyclopédique, ontologique, plurilingue, etc.) et de champs (vedette - ou terme -, langue, morphologie, domaine, sous-domaine, définition, source, synonyme, traduction par langue, composition, citation, étymologie, et on pourrait en inclure de nombreux autres : annexes, antonymes, auteurs, niveau de confidentialité, contexte, dates, définitions, et ainsi de suite), la "fiche terminologique 2.0" est davantage dynamique et s'élabore "au fil de l'eau", c'est-à-dire progressivement et proportionnellement aux intérêts et besoins du moment.

La profusion de données disponibles d'un clic sur toutes les connaissances humaines y est pour quelque chose, notamment les données personnelles que chacun peut personnaliser à loisir, le tout étant de savoir trier les informations pertinentes et délaisser les autres.

Certes, il y a sans le moindre doute beaucoup plus de rigueur scientifique dans la première que dans la deuxième, mais en revanche celle-ci est plus pratique et immédiatement (ré)utilisable que celle-là.

Un gros avantage à l'heure où la rapidité devient un facteur clé de concurrence commerciale, et une réalité parfaitement compatible avec les différentes finalités relevées par Aline Francœur dans son article "La fiche terminologique, entre théorie et pratique" :
Pour Pavel et Nolet (2002 : 108), la fiche terminologique est un « [m]odèle de présentation des données qui regroupe en divers champs tous les renseignements disponibles relatifs à un concept spécialisé (termes et marques d’usage, justifications textuelles, domaines, langues, etc.) ». Dubuc (2002 : 81-82) la définit comme « un document qui contient, sous une forme facilement accessible et repérable, des renseignements permettant d’identifier un terme, associé à un contenu notionnel suffisant, dans un domaine donné et dûment attesté par une source digne de foi ». Rondeau (1983 : 82) estime pour sa part que « [l]a fiche terminologique peut être décrite comme le dossier d’une notion ou encore comme un moyen de délimiter, expliciter et classer une notion et de la relier à une ou plusieurs dénominations »* 
* Dans l’optique de la théorie générale de la terminologie, la fiche découle d’une démarche onomasiologique, qui va du concept vers le terme. C’est donc le concept qui en constitue le pivot. 4
On part du monde, et on arrive au mot !


Notes bibliographiques :
  1. GOUADEC D. (1990), Terminologie - Constitution des données, AFNOR (collection AFNOR GESTION), p. 19
  2. VIRILIO P. (1984), L’espace critique, Christian Bourgois Éditeur, p. 19
  3. VIRILIO P. (1993), L’art du moteur, Éditions Galilée, p. 167
  4. DUBUC, R. (2002) : Manuel pratique de terminologie, 4 e éd., Brossard, Linguatech, 194 p.
    PAVEL, S. et D. NOLET (2002) : Précis de terminologie, Ottawa, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 136 p.
    RONDEAU, G. (1983) : Introduction à la terminologie, 2 e éd., Chicoutimi, Gaëtan Morin, 238 p.
Références (les 4 billets qui ont donné naissance à celui-ci) :
  1. L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte (publié le samedi 23 septembre 2006)
  2. Palimptexte : une tentative de définition (publié le mardi 19 septembre 2006)
  3. Welcome in the World Century (publié le mardi 3 juillet 2007)
  4. Welcome to the Word Century (publié le dimanche 3 juillet 2011)
J'en profite pour signaler un travail universitaire que je viens juste de découvrir, signé Madame Elena Ungureanu: Textul şi -textele, consacré au texte et à tous les termes liés, qui mentionne mes deux premiers billets de 2006 !




mardi 22 mars 2016

Le « nouveau maintenant » de nos professions

Pitch de Glocalize pour les JO de @Paris2024 Translation 2.0 Search Engine
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Comme je l'annonçais sur mon blog perso, cette longue réflexion est inspirée de la lecture de l'excellent essai de Richard et Daniel Susskind, "The future of the professions. How technology will transform the work of human experts" (que je traduirais par « L'avenir des professions. Comment la technologie va-t-elle transformer les métiers des professionnels experts ? »).

Ce billet emprunte son titre à l'intitulé du livre blanc de M. Bernard Lamon, Services juridiques : Innover pour survivre au « nouveau maintenant », et commence par mettre en exergue une citation de M. Jean-Pierre Letartre, Président d’EY en France :
Le travail a été continuellement déconstruit et reconstruit à travers les siècles : sa durée, sa productivité, sa rémunération ou sa localisation ont été sans cesse repensées, transformant en conséquence les métiers et les compétences. La mondialisation des échanges et le développement des technologies numériques ont achevé de bouleverser le temps, l’espace et les modalités du travail qui, du salarié à l’auto-entrepreneur, a désormais mille visages.
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Aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, Internet et l’omniprésente technologie chamboulent les professions. Toutes les professions. Aucune n’est épargnée. Cela implique nécessairement de nouvelles approches sur comment concevoir nos métiers, comment nous positionner sur le(s) marché(s), comment nous réinventer face à la concurrence planétaire. Chaque jour, ou presque. Fini les rentes de position et le travail à vie, la règle universelle tient désormais en un seul verbe : s’adapter ! En permanence, dans le cadre d’un apprentissage et d’une formation tout au long de la carrière, en vue d’une professionnalisation véritable « toile de Pénélope »…

En ligne générale, l’actuelle organisation de nos professions, qui remonte au début du XIXe siècle, passe un contrat tacite (ou explicite) entre les métiers et la société, en vertu duquel tel professionnel, à l’exclusion des autres, est habilité à fournir au public une prestation de services donnée. Cela s’explique par le fait que tel professionnel est censé détenir une connaissance que n’a pas l’homme commun, une expertise à la fois théorique, pratique et actualisée, qu’il exerce contre rémunération et sous différentes formes : en indépendant, en société, dans le public, dans le privé, mixte, etc.

Après le contrat social de Rousseau, nous pourrions parler d’une sorte de « grand contrat professionnel » stipulé avec la société (que Richard Susskind et Daniel Susskind appellent The grand bargain), où plus les compétences métier ont des implications sociales importantes, plus la société donne mandat au professionnel de pratiquer sa spécialisation, en lui conférant autorité et autonomie d’exercice d’une part, et en lui reconnaissant de l’autre un statut social respecté et une gratification financière respectable…
… we (society) place our trust in the professions in granting them exclusivity over a wide range of socially significant services and activities, by paying them a fair wage, by conferring upon them independence, autonomy, rights of self-determination, and by according them respect and status.
Le problème en 2016 est que la dignité qui accompagnait ce type de « contrat » pour un grand nombre de professionnels concerne de moins en moins de personnes au fil du temps. À présent le maître-concept est « nivellement par le bas », dans un double mouvement contradictoire, qui tire constamment vers le haut la qualité des services et leur rapidité d’exécution, mais exige en même temps une baisse irréversible des rémunérations et des acquis sociaux. Sans parler d’une augmentation permanente des taxes conjuguée à une réduction inversement proportionnelle des prestations traditionnelles, de la retraite aux soins de santé, etc.

Susskind père et fils ont beau citer Émile Durkheim (De la division du travail social, 1893) :
Ce que nous voyons avant tout dans le groupe professionnel, c'est un pouvoir moral capable de contenir les égoïsmes individuels, d'entretenir dans le cœur des travailleurs un plus vif sentiment de leur solidarité commune, d'empêcher la loi du plus fort de s'appliquer aussi brutalement aux relations industrielles et commerciales.
il est clair que cette époque est révolue, que la situation actuelle est inversée, que la « loi du plus fort » s’est débarrassée progressivement des solidarités et de tous les contre-pouvoirs pour laisser la place à une individualisation et une précarisation forcenées.

Je simplifie, mais bon. Pas tant que ça quand même !

En parallèle, la technologie au sens large remet tous les jours en question l’exclusivité (confinant parfois au monopole) accordée aux métiers, parfois depuis trop longtemps, il n’est que de voir sur Internet l’éclosion de plateformes – d’Amazon à Uber, … – qui menacent les formes établies d’exercice de telle ou telle activité, du détaillant au taxi, du journaliste au traducteur, pour parler d’un domaine qui m’est cher, et ainsi de suite.

Face aux bouleversements en cours, les professions tentent bien de résister, y compris par le biais du législateur (cf. Uber vs. taxis un peu partout dans le monde), mais la tendance est là, véritable lame de fond prête à tout emporter. Sélection naturelle ?

Car s’il est vrai que la professionnalisation a constitué jusqu’à présent la voie royale pour institutionnaliser l’expertise dans nos sociétés industrialisées, nombre d’alternatives demeurent, au sens où, selon Susskind père et fils, les professions ne sont pas la seule façon de partager l’expertise au sein de la société (the professions are not the only way of making expertise available in society).

D’où les 4 questions qu’ils posent :
  1. Y a-t-il de nouveaux modes d'organisation du travail professionnel, plus accessibles, voire porteurs d’une qualité améliorée par rapport à l'approche traditionnelle ?
  2. Même en donnant pour acquis, tout au moins à l’heure actuelle, que les personnes sont des briques indispensables du travail professionnel, s’ensuit-il que seuls des experts peuvent accomplir ce type d’activités ?
  3. Dans quelle mesure pensons-nous que les prestations professionnelles peuvent être fournies différemment, en tout ou en partie, y compris par des non-professionnels ? Ou bien devons-nous laisser aux seuls gens du métier le soin de réinventer leur univers professionnel (L’avenir des professions est trop important pour qu’il reste aux mains de ses membres…) ?
  4. Le « grand contrat professionnel » fonctionne-t-il aujourd’hui ? Nos professions sont-elles encore adaptées et desservent-elles correctement nos sociétés ?
Réponses, en bref : oui, non, non et non ! Argumentées dans le livre, naturellement.

En fait, selon eux, nos professions sont défaillantes non seulement aux plans économiques, techniques, psychologiques, moraux et qualitatifs, mais également au niveau de leur imperscrutabilité, dans une combinaison de facteurs qui devient de plus en plus problématique au fur et à mesure que le temps passe. Il est donc impératif autant qu’inéluctable de renégocier le « grand contrat professionnel » pour rééquilibrer les relations entre les professions, l’état et la société.

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Un premier constat est que toujours davantage de gens et d’organisations n’ont plus les moyens de s’offrir les services de ces professions, dont les compétences sont par ailleurs fort inégalement distribuées…

Un peu comme si nous avions construit des citadelles d’expertise humaine auxquelles l’accès est parcimonieusement contingenté, qui se basent sur des modes dépassés de création et de partage des connaissances, désormais incompréhensibles et inacceptables à la lumière des incessantes évolutions technologiques.

Certes, s’entourer de mystère (y compris en utilisant un jargon « métier » pour véhiculer des concepts difficilement appréhendables par Monsieur Tout-le-Monde) et garder ses petits secrets le plus longtemps possible permet de préserver une rente de situation à courte ou moyenne échéance, mais ce n’est plus viable sur le long terme. C’est même contre-productif.

Il conviendrait en revanche de se mettre à la place du destinataire de nos services. Le livre prend l’exemple d’une formation pour vendeurs d’outils de bricolage, à qui le formateur projette une diapo représentant une perceuse, en leur demandant de confirmer si ce qu’ils voient sur la présentation correspond bien à ce qu’ils vendent ! Après un peu d’hésitation, la confirmation arrive en chœur. Réponse chorale immédiatement contredite par le formateur, qui présente une deuxième diapo avec un beau trou percé dans un mur : voilà en fait ce qu’ils vendent, le trou – et non pas la perceuse – étant exactement ce qui correspond aux attentes du consommateur !

Transposée à la réalité de nos métiers, l’analogie du trou dans le mur représente la connaissance à laquelle les clients voudraient avoir accès : il s’agit donc pour nous, professionnels, de TRADUIRE notre connaissance en valeur au service – au profit – de nos clients. Autrement dit, à quels problèmes nos professions apportent-elles des solutions ? Toujours pour faire un exemple en restant dans le domaine de la traduction, les problèmes linguistiques sont avant tout des problèmes de communication...

Sans oublier qu’un même problème peut aussi avoir plusieurs solutions. Susskind père et fils rappellent cette citation d’Abraham Maslow (auteur de la fameuse pyramide du même nom) : « J’imagine que ce doit être tentant, si vous avez un marteau pour seul outil, de traiter chaque problème comme si c’était un clou ». (I suppose it is tempting, if the only tool you have is a hammer, to treat every problem as if it were a nail).

Il est donc urgent d’enrichir la variété de notre boîte à outils et de modifier complètement notre approche, de changer notre mode de pensée sur la façon dont nous concevons notre métier, à tous les niveaux, en commençant par partager autrement notre connaissance, en la rendant disponible, en l’objectivant : publier des livres blancs, créer des contenus dédiés, faire œuvre didactique sur son site Web, son blog, engager son public via les réseaux sociaux, etc.

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Pour autant, les résistances au changement sont énormes chez les professionnels eux-mêmes, pour les raisons les plus disparates : du confort de conserver ses petites habitudes à la peur du saut dans l’inconnu, des tensions créées par la concurrence et le marché à la confusion générée par les nouvelles technologies, et ainsi de suite.

Or les nouvelles technologies sont là, et bien là, et elles le sont pour rester, se multiplier et monter en puissance, genre Loi de Moore. L’intelligence artificielle est aux portes, et il n’est que de voir ce qu’est devenu Internet en moins d’un demi-siècle…

Le nier est une erreur grossière qui ne change rien ni ne modifie la réalité d’un pouce. Donc autant se faire un allié des nouvelles technologies en exploitant leurs complémentarités. Les plateformes peuvent automatiser l’analyse de masses inconcevables de données, mais seuls les analystes humains sont en mesure d’en tirer une synthèse qui fera sens.

Donc le professionnel se distingue par sa valeur ajoutée : les plus gros cabinets conseils ne sont rien sans leurs consultants.

Et les consultants sont des individus. Des professionnels comme vous et moi. Ni plus ni moins. N’entretenir par conséquent aucun complexe d’infériorité, mais juste une saine prise de conscience de sa propre expertise.

Condition sine qua non pour trouver sa place dans la société post-professionnelle, concept que les auteurs empruntent à Ivan Illich (in Disabling Professions, ed. Irving K. Zola et al. 2000).

Selon eux, la fin de l’ère professionnelle, ou de l’âge des professions, si vous préférez, se caractérise par 4 tendances à l’œuvre :
  1. La fin du sur-mesure
  2. Le contournement des gardiens du temple et des traditions
  3. Le passage d’une approche réactive à proactive
  4. Le défi du faire plus avec moins.
(The end of the professional era is characterized by four trends: the move from bespoke service; the bypassing of traditional gatekeepers; a shift from a reactive to a proactive approach to professional work; and the more-for-less challenge.)

La technologie étant toujours au cœur de ces tendances :
  • en automatisant des briques significatives des activités professionnelles en tâches de routine, qui ne sont alors plus prises en charge par les personnes mais par les systèmes (1) ; 
  • en favorisant la systématisation et l’interdisciplinarité des connaissances et des expertises, celles-ci n’étant plus le pré carré des professionnels « experts » mais accessibles à des « communautés d’expérience », voire aux destinataires des services eux-mêmes (2) ; 
  • en évoluant d’une situation traditionnelle où le professionnel est réactif par nature (l’appel provient du client, le professionnel y répond), à une modification profonde des modes d’identification et de sélection des professionnels, dès lors que le destinataire du service est bien plus formé et informé – et donc exigeant – que par le passé : cela peut passer par une évaluation de la réputation en ligne du professionnel, par des comparateurs de prix, des systèmes de mises aux enchères, etc. Il va sans dire que ceci influe considérablement sur la façon dont un professionnel doit se présenter aujourd’hui (3) ; 
  • les pressions sur les prix s’intensifiant, l’un des premiers défis du professionnel est d’être capable de produire plus, mieux, et plus vite, à moindre coût. Les deux stratégies à sa disposition pour y faire face sont le gain d’efficacité et la collaboration (coopétition), mais toutes deux restent centrées sur l’adoption et le déploiement de technologies de support (4).
Cette disruption technologique se déclinant tantôt à travers l’automatisation des tâches, tantôt à travers l’innovation, tantôt à travers les deux. Souvent pour satisfaire une demande latente, auparavant irréalisable et anti-économique, mais réalisable et même rentable grâce aux nouvelles technologies. La traduction offre mille exemples de cet état de fait.

Naturellement, cette nouvelle réalité donne lieu à l’émergence de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, et d’un nouvel environnement professionnel particulièrement fluide, où le praticien doit se montrer agile et flexible, communiquer différemment, maîtriser les données pertinentes, les systèmes, apprendre à réseauter et à se diversifier. Avec une perspective de carrière plus précarisée et moins prévisible qu’autrefois, les maîtres-mots sont « se former et s’informer », et « se développer en s’adaptant rapidement aux nouveaux rôles et aux nouvelles tâches dès que nécessaire ».

Tout cela passe par un va-et-vient permanent entre désintermédiation/réintermédiation des métiers (sous d'autres formes, neuves et/ou alternatives), puisque nombre d’intermédiaires traditionnels ont vu leur gagne-pain menacé dès lors que des services en ligne offrent, souvent gratuitement ou à des prix modiques, ce qu’ils proposaient auparavant pour des tarifs bien plus onéreux. Il faut donc trouver un arbitrage (un compromis) entre anciens et nouveaux modèles professionnels : externalisation, crowdsourcing, paraprofessionnalisation, délégation des tâches, etc.

Et parmi les nouveaux modèles économiques et les nouvelles spécialités qui se dessinent à l’horizon, le travail en solo est sûrement promis à un bel avenir…

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J’arrête là mon passage en revue de ce livre passionnant, qui n’a pris en compte que les changements décrits dans la première partie, la deuxième étant centrée sur la théorie (qui m’intéresse un peu moins), suivie par une troisième sur les implications, et par la conclusion sur « quel avenir voulons-nous ? » (What Future Should We Want?). Ma réflexion reste donc partielle, mais elle m’amène à conclure sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur : SOLO², branding & marketing à l’intention des auto-entrepreneurs et des professionnels exerçant en profession libérale.

Ainsi, en attendant d’écrire le mien, je vous conseille vivement de lire THE FUTURE OF THE PROFESSIONS. How technology will transform the work of human experts (Richard Susskind & Daniel Susskind / Oxford University Press, 2015), si l’argument vous touche de près ou de loin. À ma connaissance il n’est pas encore traduit en français, mais j’espère que la chose ne saurait tarder. Et si ces quelques mots contribuent à le faire connaître un peu mieux, j’en serai heureux. Bonne lecture !





vendredi 1 janvier 2016

SOLO², branding & marketing à l’intention des auto-entrepreneurs et des professionnels exerçant en profession libérale

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Depuis 2011 je dispense certaines formations au marketing & branding pour traducteurs et interprètes, soit en français soit en italien, et interviens à l'occasion dans le cadre de colloques et de conférences sur le sujet. Je viens d'ailleurs de publier une petite introduction au marketing & branding dédié aux traducteurs, interprètes et entreprises de traduction en général...

Ainsi, en partant de tout le matériel didactique et formatif réalisé depuis 5 ans, l'idée m'est venue de le retravailler pour en faire un guide pratique à l’intention des freelances, des consultants indépendants et de tous les professionnels libéraux travaillant en solo, mais également des TPE/PME-PMI à la recherche de pistes de réflexion et de méthodes pour promouvoir leur image et leur notoriété. En effet, les bouleversements en cours qui intéressent l'ensemble des professions libérales ne sont pas prêts de s'arrêter...

J'avais d'abord envisagé de tenter la publication en soumettant un synopsis à différents éditeurs spécialisés, mais la matière n’intéresse apparemment pas grand monde puisqu’aucun d’eux n’a daigné me répondre.

D’où l’idée de publier cet ouvrage sur Internet en mode « feuilleton », sans aucune fréquence précise mais au gré du temps disponible que me laisseront travail et occupations familiales. Or quoi de mieux qu'un 1er janvier pour commencer...

Au fil de mes billets, si vous souhaitez réagir en posant des questions ou en me suggérant des angles d’approche et des pistes d’écriture auxquels je n’ai pas forcément pensé, j’essaierai de poursuivre en tenant compte de toutes vos interactions. Voici l'introduction.

SOLO² 
[(Small Office / Lean Office) x (SOcial/LOcal)]

Déclinaison du SOHO (Small Office / Home Office), le SOLO² est un concept réactualisé du travail en indépendant, qui entend adapter une philosophie de Lean Office à une version « Small », personnalisée, en éliminant les nombreux gaspillages de temps, d’énergie et, donc, d’argent, qui caractérisent souvent la façon de travailler à domicile, et s’inspirer du branding & marketing à l’intention des auto-entrepreneurs et des professionnels exerçant en profession libérale, voire en portage salarial ou en société.



Dans son acception actuelle, le Lean Office est la partie « services tertiaires et processus administratifs » du Lean Management, au départ une démarche industrielle développée des années 50 aux années 70 par Toyota, via son système de production (TPS) visant le zéro défaut et la qualité totale, avant d’être réélaborée dans les années 90, notamment par James P. Womack et Daniel T. Jones, en « pensée Lean » (Lean Thinking), que l’on pourrait résumer par cette simple devise : « faire plus avec moins » !

À l’époque de la publication de leur premier ouvrage, intitulé The Machine That Changed the World, co-écrit en 1990 avec Daniel Roos, Toyota pesait la moitié de General Motors : il devance à présent GM au rang des constructeurs automobiles mondiaux, dont le chef de file est aujourd’hui Volkswagen (pour combien de temps encore ?)...

Or si ce mode de production est devenu depuis « un modèle pour les industriels du monde entier », ce qui m’intéresse est d’en dégager des principes applicables à la réalité quotidienne du « solo », à une façon nouvelle de concevoir son « bureau ». La francisation du concept en « amélioration continue » est intéressante et parfaitement adaptable aux personnes, à leurs compétences et à la valeur ajoutée de leur travail/production.

Initialement développée autour des traducteurs-interprètes et de la traduction-interprétation – pour tirer profit de mon expérience de plus de trente ans –, cette longue réflexion fait également référence, sauf indication contraire, à tous les autres professionnels indépendants et à leurs services (en gardant à chaque fois les dues proportions) ; elle est réputée inclure aussi genre et nombre : féminin et masculin, singulier et pluriel, selon les cas.

Aujourd’hui les consultants et les télétravailleurs occupent désormais tous les secteurs économiques, des services aux activités agricoles, artisanales, commerciales, industrielles et techniques, etc.

Selon la Direction Générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS), les activités libérales représentaient en 2010 environ 750 000 entreprises, soit 25 % des entreprises du secteur marchand hors auto-entreprises, ainsi que l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois, aussi bien non salariés (751 000 professionnels libéraux en 2011) que salariés (près de 900 000 en 2010).

Au 1er janvier 2011, elles dégageaient un chiffre d’affaires global de 190,3 milliards d’euros, soit 5,4% du secteur marchand (+0,4 point en trois ans).

De son côté, l’OMPL - Observatoire des Métiers dans les Professions Libérales, indique un fort dynamisme des structures libérales, dont le nombre sur le territoire métropolitain a été multiplié par près de 1,5 entre 2003 et 2012, tout en ajoutant que « la progression relative des effectifs d’indépendants peut être interprétée comme une atomisation croissante de l’offre libérale sur le territoire ».

Donc si d’une part « la population a accès à un panel de microstructures de plus en plus étoffé », de l’autre, avec presque 200 professions (dont une trentaine seulement sont réglementées), cela signifie que la concurrence entre les professionnels ne cesse d’augmenter.

Selon l’INSEE, en effet :
Le terme de « profession libérale » désigne des professions dont l’exercice est strictement réglementé, comportant le plus souvent l’exigence de diplômes, ainsi que le respect de règles déontologiques impliquant fréquemment la présence d’une organisation ordinale (médecins, pharmaciens, avocats, notaires, experts-comptables, architectes, géomètres-experts,...). 
Par extension, la catégorie inclut différentes professions juridiques ou techniques moins strictement réglementées (activité de conseil en gestion, ingénierie-conseil, activité d’expertise,...), satisfaisant aux mêmes conditions de diplôme.
Mais dans la réalité, si d’autres professions doivent obtenir une autorisation d’exercice ou effectuer une déclaration d’activité, le monde des « consultants » est quasi-totalement libre, mot-valise et réalité fourre-tout au sein de laquelle le meilleur côtoie le pire.

La question se pose alors pour chaque individu d’apprendre à sortir du lot, ce qui nécessite un changement d’optique et une double transformation en amont :
  • une transformation organisationnelle pour remettre à plat ses méthodes de travail, c’est le concept Small Office / Lean Office ;
  • une transformation au niveau SOcial/LOcal, abordée à la fois en ligne (comment tirer parti d’Internet), et hors ligne (réseaux de proximité, événementiel traditionnel, etc.).

* * *

Ce guide s’adresse essentiellement à celles et ceux qui travaillent en solo, mais aussi aux (très) petites sociétés au sein desquelles identifier une ressource dédiée pour mettre en œuvre les préconisations qu’il propose, dès lors que les recettes sont identiques pour une personne ou un petit groupe de personnes.

Sur le marché du travail, initialement TOUT est question d’apparence : de la façon dont vous vous présentez dépend la première impression que vous laisserez chez votre interlocuteur ou votre prospect, avant même qu’un client puisse juger de la qualité de vos services. C’est ainsi qu’un mauvais professionnel se présentant bien aura plus de chances de signer un contrat de mission qu’un bon professionnel se présentant mal. Cruel paradoxe !

Aux dépens du client, c’est clair, lequel découvrira trop tard la triste réalité. À combien d’entre nous n’est-il jamais arrivé de nous fier aux apparences d’un « véritable pro » sachant se vendre, avant d’être fortement déçus par la qualité d’une prestation qui n’est pas au rendez-vous ?

L’idéal est donc qu’il y ait adéquation entre la partie émergée de l’iceberg, et la partie immergée qui lui sert de fondement. Car ce qui se voit se base sur ce qui ne se voit pas. Si ce qui se voit repose sur du vent, aucune chance de réussir une carrière sur le long terme : la valeur d’un professionnel vaut aussi et surtout par la reconnaissance de ses clients…

En mai 2015, avant le « combat du siècle » entre les deux boxeurs Floyd Mayweather et Manny Pacquiao, ce dernier a publié ce tweet :


« 14 ans en salle d’entraînement, pour une nuit sur le ring ». Ou plutôt pour les 36 minutes de combat qu’a duré le match, avec une défaite et 108 millions de dollars à la clé…

Donc la partie émergée de l’iceberg, ce sont les 12 rounds de 3 minutes chacun, et la partie immergée, les 14 années de dure préparation qui ont précédé : celle-là n'étant pas sans celle-ci, ce qui se voit sans ce qui ne se voit pas !

Par conséquent trouver son image (celle qui se voit) est une chose, mais la construire en cohérence avec la substance qui en est le socle (qui ne se voit pas) en est une autre. C’est l’éternelle question de l’indissociabilité de la forme et du fond, dont l’amalgame fait le TOUT de ce que je suis, et qui est infiniment supérieur à la somme des parties qui le composent.



L’objectif du présent travail vise à définir comment identifier et organiser les différentes parties, afin d’apprendre à me positionner sur « mon marché » en proposant, outre l’apparence, un TOUT convaincant aux différents acteurs impliqués : clients existants et potentiels, collègues et concurrents, intermédiaires divers.

* * *

Nous vivons une époque où le marché du travail attend, ou mieux : exige de tout professionnel / consultant qu’il soit multifonctions, ultrapolyvalent, avec toujours davantage de compétences : sectorielle, thématique, technique, informatique, communicationnelle, etc., sans oublier d’autres caractéristiques indispensables, notamment commerciales (démarchage et suivi de clientèle, comptabilité et relances de paiement, etc.) et marketing.

Ainsi le marketing n’est plus une option activable de temps en temps, mais une démarche qui doit nous devenir familière, un instrument de choix à apprivoiser et intégrer dès le départ à la boîte à outils des gens du métier, notamment pour qui est en début de carrière, au même titre que les éléments qui font partie intégrante de leur panoplie habituelle, pour les accompagner ensuite tout au long de leur vie professionnelle.

Or c’est en adaptant ma vision du marketing à la réalité des travailleurs indépendants :
« Transformation organisationnelle, sociale et locale, en ligne et hors ligne, pour répondre aux besoins / désirs / demandes en créant de la valeur dans un marché concurrentiel, et l’influencer autant dans l’intérêt du professionnel que du client. »
qu’est née l’idée de cet ouvrage.

Ayant d’abord créé cette définition à l’intention des traducteurs et interprètes, mon métier depuis 30 ans, je l’ai soumise au jugement de mes collègues sur un forum de discussion spécialisé.

Or la première réaction fut celle-ci : « Transformation ? Pourquoi transformation ? » !

Suivie par une autre : « J’ai toutefois également une hésitation sur le mot "transformation". En fait, "transformation organisationnelle et sociale" me semble assez grandiloquent. »

Très surpris par cette incompréhension autour du concept de transformation, voici quelle fut ma réponse (adaptée ici au nouveau contexte) :

Pour rentrer dans le détail de la façon dont j’entends :
  1. Transformation
  2. Transformation organisationnelle
  3. Transformation sociale (j’ai intégré la dimension locale depuis)
voici quelles sont mes clés d’interprétation :

1. Transformation du mode de pensée : pour s’adapter en permanence aux évolutions/régressions de notre métier, le marketing peut être utile si d’emblée on l’intègre à 360° dans le rapport que nous avons au marché. Dans un récent fil sur ce forum il était question de "pouvoir contractuel", de "positionnement", de "stratégie commerciale" : autant de sujets sur lesquels le marketing peut apporter beaucoup de réponses intéressantes pour peu qu’un professionnel ait la volonté de s’y intéresser en amont, ou mieux encore dès le début de sa carrière.

2. Transformation du mode de travail : intégrer le marketing dans notre façon de travailler a de fortes implications en termes d’organisation.

3. Transformation du mode de réseauter (en ligne et hors ligne) : je suis convaincu que chaque professionnel est un animal social, et apprendre à apprivoiser les réseaux sociaux sur Internet (mais pas seulement) peut s’avérer extrêmement bénéfique à tous points de vue. Une place de marché virtuelle n’est pas autre chose qu’un réseau social avant la lettre, et je pense que toutes celles et ceux qui fréquentent ce type de site depuis des années en ont tiré bien plus d’avantages que d’inconvénients.
Pour citer mon activité « sociale » de ces dernières années au moment où j’écris, ce sont plus de 1 000 billets de blog au total, soit +1,3 million de pages vues (200 000 uniquement pour 2 billets sur Facebook), +80 000 visualisations des contenus que j’ai produits sur SlideShare, +27 000 tweets (ayant généré, selon Twitter, plus de 230 000 impressions depuis juillet 2014) et près de 3 000 followers sur mes deux comptes Twitter, plus de 1 000 contacts sur mes pages Facebook, de 800 contacts sur LinkedIn, presque 2 000 sur Google+, avec près de 3 000 abonnés et +2,2 millions de consultations, outre des centaines de likes sur Pinterest et de discussions sur différentes places de marché, etc.
Certes, ce ne sont pas véritablement des chiffres d’influenceur, mais ils témoignent cependant d’une interaction permanente, d’une participation assidue à la grande conversation générale, première des thèses du Manifeste des évidences :

Les marchés sont des conversations…

Ceci dit, le marketing social n’est pas non plus un concours de popularité. La quantité n’est rien sans la qualité, et même si l’équation être populaire = être influent semble une évidence, encore faut-il que la source de l’info soit en adéquation avec la cible visée.

Donc, pour résumer, toute transformation est une rupture, ce qui signifie non seulement modifier son optique et son angle d’analyse mais aussi en trouver d’autres et de nouvelles perspectives, au risque de briser certaines règles établies, en mettant de côté les vieilles (mauvaises) habitudes pour implémenter des approches et des idées neuves, enthousiasmantes, capables de me motiver pour entreprendre un nouveau parcours, changer la façon dont j’exerce ma profession. En tant qu’indépendant, mon travail c’est moi, aussi dois-je être impliqué dans tout ce que je fais.

Pour paraphraser un proverbe chinois, s’il est vrai qu’un voyage de milliers de kilomètres commence par le premier pas, l’aventure de notre cheminement ou, pour mieux dire, de notre transformation professionnelle, commence par une réflexion !

Une réflexion sur ce que je suis, sur ce que je fais, sur comment et pourquoi je le fais, sur ce que je veux devenir, où je veux aller, quelles sont mes attentes et mes ambitions, mes capacités, etc., afin de parvenir à me réinventer ! Ici, le mot clé est « innovation ».

En synthèse, rupture + réflexion + innovation sont les trois piliers de la transformation en vue de s’adapter au « darwinisme digital », concept cher à Brian Solis selon lequel bien souvent la technologie évolue plus vite que la capacité qu’ont les entreprises / personnes de l’intégrer !

Une adaptation en continu, à l’instar de la formation tout au long de la vie, rendue nécessaire du fait que tous les métiers sont impactés peu ou prou par les bouleversements technologiques à 360° qui caractérisent l’époque actuelle. Marquée par la rapidité, la mobilité, voire l’ubiquité d’une (r)évolution numérique courant à toute vitesse sans regarder en arrière, comme un TGV lancé à toute allure vers l’inconnu, un inconnu face auquel nombre de professionnels se sentent égarés et confus dans la meilleure des hypothèses, apeurés ou terrorisés dans la pire, inadaptés dans tous les cas de figure.

Ainsi s’adapter ou disparaître (vivoter à la limite) devient plus que jamais la loi, sur des marchés qui se distinguent à la fois par une fragmentation planétaire, à l’échelle d’Internet, et par une demande grandissante de flexibilité, des statuts juridiques autant que des conditions d’exercice d’un métier.

Une double tendance, majeure, qui ne fera que s’accroître à l’avenir.

* * *

Ce guide "in progress" souhaite donc proposer des pistes, le postulat de départ étant d’identifier des solutions gratuites ou abordables, faciles à trouver sur le Web, pour tirer le meilleur parti possible des réseaux sociaux et du gisement inépuisable d’opportunités qu’offre Internet, et développer un mode d’organisation en phase avec le monde actuel ainsi qu’une stratégie de branding & marketing à la portée de toutes et tous, sans devoir investir des budgets rêvés mais inexistants dans la plupart des cas.

À suivre…