jeudi 23 avril 2015

Les trois principes de haute traduction

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Traduction de l'italien (voir l'original) en français des TROIS PRINCIPES DE HAUTE TRADUCTION® SELON M.S., sur la réalité de notre métier magnifiquement observée dans un texte caustique autant que comique, amer autant que vrai. Bonne lecture !

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Préambule
Fruits d’une expérience de plus de trente ans du Laboratoire de Haute Traduction® de M.S., les Trois Principes représentent l’état de l’art dans le traitement et la résolution des pathologies de la quasi-totalité des textes originaux actuellement destinés à la traduction, à savoir de tous ces textes qui, indépendamment de leur nature et de leurs finalités (juridiques, techniques, humanistes, etc.), révèlent l’inaptitude chronique de leur auteur à l’exercice d’écriture, auteur que nous désignerons désormais, par convention, sous l’appellation de « Crétin ».

Indications
Les Trois Principes de Haute Traduction®, opportunément dosés pour composer des cocktails adaptés au cas par cas, agissent sélectivement contre les troubles du texte original tels que : idées persistantes sur fond hallucinogène quant à l’usage de la grammaire, syntaxe schizophrénique, syndrome d’insapidité compulsive, constipation lexicale tenace, affabulation diarrhéique irrépressible (parfois limite dysenterie hémorragique, notamment dans les cas de textes de politique internationale), involution périphrastique de moyenne, grave ou extrême intensité (y compris la périphrase labyrinthique de type « fermée » chère à Dédale & Vandale, ou encore l’écheveau cachectique terminal théorisé par La Boue & Le Brouillard), ignorance simple ou composée, dysfonctionnement des liens logiques de base, parole inachevée (le fameux symptôme d’eloquius interruptus selon Sowhat), voire syndrome d’arrogance autorale (autrement connu comme maladie de Tutecrôaki Konar).

Contre-indications
Les Trois Principes de Haute Traduction® sont contre-indiqués dans le cas de textes originaux - d’une absolue rareté à dire le vrai -, qui ne sont ni produits ni divulgués par des Crétins.

Effets collatéraux
Quelques cas isolés de réactions adverses (contestations) ont été signalés. En ligne générale, nous recommandons à nos honorables consœurs et confrères de se munir d’une assurance professionnelle adéquate. Pour une réponse plus spécifique, dès lors que le différend porte sur l’application du premier Principe, conseillons au Collègue importuné de mettre au défi le client, ou qui le représente, de prouver que l’original disait autre chose que ce qu’énonce la traduction ; si le différend porte sur l’application des deuxième et troisième Principes, le/la Collègue pourra dresser avec profit la liste de toutes les citations, extraites d’autres traductions accréditées de l’œuvre du Crétin ou de la littérature standard du secteur (dont les unes et les autres seront strictement inventées), qu’il ou elle aura préalablement regroupées pour les soumettre dédaigneusement à l’interlocuteur du moment afin d’étayer la justesse de sa propre conduite déontologique.

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PREMIER PRINCIPE, ou PRINCIPE DE LA SEICHE.

Énonciation : À BROUILLARD, BROUILLARD ET DEMI…

Explication : Que voulez-vous expliquer ? Imaginez juste la réaction de la seiche, qui sécrète la sépia en présence d’un danger !

Procédure : Rendre totalement sibyllin et indéchiffrable, pourvu que cela reste grammaticalement correct, tout ce qui est partiellement obscur ou difficilement décryptable dans l’original en raison des pathologies notoires citées dans les Indications. Nous recommandons vivement l’usage de tous les artifices possibles, du clinquant à la langue de bois en passant par les contorsions du charabia bureaucratique « extrême » dans le cas de documents techniques et juridiques, voire du ton oraculaire ou transcendantaliste américain période XIXe siècle pour les textes à velléités humanistes et journalistiques. Le plus important étant de ne rien dire, ou d’imprimer au discours la forme la plus ampoulée et alambiquée possible pour rendre ce que, d’après le Collègue, le Crétin du jour aurait souhaité exprimer en son for intérieur.


DEUXIÈME PRINCIPE, ou PRINCIPE DE MOZART-MAZZOLÀ

Énonciation : « COUPONS, MON CHER, COUPONS. CE QUI NE SERA PAS JOUÉ NE SERA PAS HUÉ ! »

Explication : Caterino Mazzolà, librettiste italien qui succéda au grand Lorenzo Da Ponte, s’en prit à Mozart lorsqu’il se rendit compte que le maître avait coupé de moitié son livret pour l’opéra La clémence de Titus. Mozart expliqua qu’il était à court d’inspiration, qu’il avait écrit à la hâte – pour des raisons alimentaires – une musique indécente, et que moins il aurait joué, moins il aurait couru le risque d’être la cible de jets de fruits et légumes avariés, en prononçant la phrase qui constitue l’énonciation du présent Principe.

Procédure : Les platitudes à longueurs de phrases, les répétitions inutiles, les redondances systématiquement appliquées à l’inessentiel, tout cela doit être é-li-mi-né ! Mieux encore : tout cela n’est pas dans le texte original. Que le/la Collègue fixe les parties incriminées et fasse le vide dans son esprit : comme dans un fondu enchaîné à l’écran, il ou elle verra alors les mots disparaître de la page par passages entiers. Qu’il ou elle en profite pour traduire rapidement le beau texte synthétique et direct qui se concentre sous ses yeux le temps de cette brève absence, avant que les idioties du Crétin du jour ne reviennent encombrer la page.


TROISIÈME PRINCIPE, ou PRINCIPE DE L’INTERPOLATION TALIBANE

Énonciation : [SEUL ALLAH CONNAÎT LA NATURE VÉRITABLE DE TOUTES LES CHOSES !]

Explication : Un beau jour M.S. eut l’occasion de lire un essai sur le thème « Science et Foi », écrit par un auteur islamique laïc. Naturellement, l’auteur avait dû accepter qu’une autorité religieuse insère des commentaires dans son travail. Nota bene : non pas À son travail, mais DANS son travail. Autrement dit, les observations du superviseur étaient interpolées directement dans le texte, entre crochets et en caractères plus grands, et elles contredisaient souvent ouvertement ce que l’auteur laïc s’était essayé à dire ou à démontrer. M.S. en fut tout d’abord agacé, voire scandalisé par cette violation flagrante de catégories de la pensée occidentale telles que la dignité autonome du texte et le respect de l’auteur, quel qu’il soit ; mais lorsqu’une digression de l’auteur laïc sur la possibilité qu’a la science de connaître l’essence ultime des phénomènes fut interrompue par la phrase relatée dans l’énonciation du présent principe, son esprit s’illumina et, comme avant lui l’Apôtre des Gentils, il fut frappé par la lumière.

Procédure : Quelqu’un devra bien se charger de dire les choses « oubliées » par le Crétin, qui rendraient légèrement plus compréhensibles les borborygmes de son esprit obscurci. Prenons donc sur nous cette responsabilité : notamment parce que l’interpolation, comme le montre l’exemple cité, et mieux encore l’interpolation talibane, n’est pas seulement légitime, elle est un devoir sacré ! Face au problème du « nécessaire qui n’a pas été dit », le traducteur ordinaire (c’est-à-dire la personne non initiée à la Haute Traduction®, à laquelle nous ne saurions attribuer le statut de « Collègue ») contacte immédiatement le donneur d’ordre et perd une bonne demi-heure pour trouver le ton juste, pour ne pas déranger ni sembler prétentieux ou arrogant. La chose est humiliante et contraire aux lois de l’économie. L’expert en Haute Traduction® intervient directement et sans ambages, comme on disait autrefois. Il suffit d’ajouter ce qui manque, de dire ce qui aurait dû être dit. Seule précaution à prendre, que le/la Collègue veille à ne pas trop bien le dire, pour ne pas apparaître comme un cheveu sur la soupe en évitant de créer un contraste gênant avec le style du Crétin.

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Texte original : I TRE PRINCIPI DI ALTA TRADUZIONE® DI M.S.

Premessa
Frutto dell'esperienza più che trentennale del Laboratorio di Alta Traduzione® di M.S., i Tre Principi rappresentano lo stato dell'arte nel trattamento e nella risoluzione delle patologie della quasi totalità dei testi originali correntemente proposti per la traduzione, ossia, di quei testi che, indipendentemente dalla loro natura e dalle loro finalità (legali, tecnici, umanistici, ecc.), denunciano l'inidoneità all'esercizio della scrittura del loro autore, che nel prosieguo chiameremo convenzionalmente "il Cretino".

Indicazioni
I Tre Principi di Alta Traduzione®, combinati nelle dosi opportune in preparazione estemporanea, agiscono selettivamente contro turbe del testo originale quali: idee persistenti a sfondo allucinativo sull'uso della grammatica, sintassi schizofrenica, sindrome da insulsaggine compulsiva, stipsi lessicale ostinata, affabulazione diarroica incoercibile (anche ematica, nel caso di testi di politica internazionale), involuzione perifrastica media, grave ed estrema (inclusa la perifrasite labirintica di tipo "chiuso" di Maze & Ovillo e la farragine cachettica terminale di La Boue e Le Brouillard), ignoranza semplice e composta, disfunzione dei nessi logici basilari, discorso inconcluso (o sindrome da eloquius interruptus di Sowhat) e sindrome della boria autorale (o morbo di Kikàtzu Saraimài).

Controindicazioni
I Tre Principi di Alta Traduzione® sono controindicati nel caso dei testi originali, invero molto rari, non prodotti e divulgati da Cretini.

Effetti collaterali
Sono stati riferiti isolati casi di reazione avversa (contestazione). In generale, si raccomanda al/alla Collega di munirsi di adeguata assicurazione professionale. Come presidio specifico, ove la reazione avversa riguardi l'applicazione del Principio 1, il/la Collega sfidi il cliente o chi per lui a dimostrare che l'originale diceva qualcosa di diverso da quello che risulta nella traduzione; ove invece il problema riguardi l'applicazione dei Principi 2 e 3, il/la Collega proceda a snocciolare con disdegno tutte le citazioni, le eventuali altre traduzioni accreditate dell'opera del Cretino e gli standard (le une e gli altri rigorosamente inventati) che avrà preventivamente preparato a sostegno della correttezza della sua condotta professionale.

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PRIMO PRINCIPIO o PRINCIPIO DELLA SEPPIA.

Enunciazione: A NEBBIA, NEBBIA

Spiegazione: Che c'è da spiegare? Avete presente cosa fa la seppia quando le cose si mettono male?

Procedura: Rendere totalmente oscuro e indecifrabile, purché grammaticalmente corretto, ciò che nell'orginale è parzialmente oscuro o difficimente decifrabile a causa delle patologie citate nelle Indicazioni. Sono vivamene raccomandati tutti gli orpelli, le lungaggini, i contorcimenti del linguaggio burocratico "estremo" nel caso dei documenti tecnici e legali, e un tono oracolare o da trascendentalista americano del XIX secolo per i testi umanistici e giornalistici. Particolarmente importante è non dire nulla, o dare la forma più ampollosa e convoluta possibile a quello che, secondo il/la Collega, il Cretino del caso avrebbe voluto dire.


SECONDO PRINCIPIO, o PRINCIPIO DI MOZART- MAZZOLA'

Enunciazione: "TAGLIAMO, CARO , TAGLIAMO. QUELLO CHE NON SI SUONA NON SI FISCHIA"

Spiegazione: Caterino Mazzolà (sic), il librettista italiano che era subentrato al grande Lorenzo Da Ponte, si arrabbiò con Mozart quando si accorse che il Maestro aveva dimezzato il suo libretto per La clemenza di Tito. Mozart spiegò che era giù d'ispirazione, che aveva scritto frettolosamente -per motivi alimentari- una musica indecente, e che meno avrebbero suonato, meno avrebbero corso il rischio di essere sommersi da una pioggia di ortaggi marci. E disse la frase che costituisce l'enunciazione di questo Principio.

Procedura: Le insulsaggini insistite, le ripetizioni inutili, la ridondanza applicata sistematicamente all'inessenziale vanno eliminate. Meglio, non sono nel testo originale. Il/la Collega fissi queste parti del testo e svuoti la mente: le vedrà effettivamente scomparire dalla pagina, come in una dissolvenza incrociata. Il/la Collega si affretti quindi a tradurre il bel testo sintetico e diretto che si condensa sotto i suoi occhi in questa breve assenza, prima che le cretinate del Cretino tornino a ingombrare la pagina.


TERZO PRINCIPIO o PRINCIPIO DELL'INTERPOLAZIONE TALEBANA

Enunciazione: [ MA SOLO ALLAH CONOSCE LA VERA NATURA DI TUTTE LE COSE!]

Spiegazione: Un giorno M.S. lesse un libro sul tema "scienza e fede" scritto da un autore islamico laico. Evidentemente, l'autore aveva dovuto accettare che un'autorità religiosa inserisse commenti nel suo lavoro. Notare bene: non AL suo lavoro, NEL suo lavoro. Ossia, le osservazioni del supervisore erano interpolate direttamente nel testo, tra parentesi quadre e in carattere più grande, ed erano spesso in aperta contraddizione con quello che il suddetto autore laico stava cercando di affermare o dimostrare. Dapprima, M.S. fu infastidito, per non dire scandalizzato, da questa flagrante violazione di categorie proprie del pensiero occidentale, quali la dignità autonoma del testo e il rispetto per l'autore, chiunque egli sia; poi, quando una disquisizione dell'autore laico sulla possibilità della scienza di conoscere l'essenza ultima dei fenomeni venne interrotta dalla frase che costituisce l'enunciazione di questo Principio, la sua mente si aprì, e, come l'Apostolo delle Genti prima di lui, vide la Luce.

Procedura: Qualcuno deve pur dire le cose che il Cretino ha "dimenticato", e che renderebbero un po' più comprensibili i borborigmi della sua mente. Prendiamoci questa responsabilità: anche perché, come dimostra l'esempio addotto, l'interpolazione, meglio se talebana, non solo è legittima, è un dovere sacro. Di fronte al problema del "necessario non detto", il traduttore ordinario (ossia, la persona non iniziata all'Alta Traduzione®, alla quale non possiamo attribuire lo status di "Collega") riferisce in proposito al committente e perde mezz'ora per trovare il tono giusto, per non disturbare, per non apparire presuntuoso o arrogante. Ciò è umiliante e antieconomico. L'esperto/a in Alta Traduzione® interviene direttamente e senza ambagi, come si diceva una volta. Basta aggiungere quello che manca, dire quello che avrebbe dovuto essere detto. Unica cautela, il/la Collega badi di non dirlo troppo bene, per non creare un fastidioso contrasto con lo stile del Cretino.

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J'ai traduit ce texte en français car c'est un formidable état des lieux de notre pratique traduisante au quotidien, et je souhaitais le partager avec un lectorat francophone. Maintenant si des collègues de langue maternelle anglaise ou autre veulent en faire profiter d'autres locuteurs, qu'ils ou elles ne se gênent pas, la teneur de ce document devrait être enseignée - et explicitée - dans toutes les écoles de traduction... [Début]




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