lundi 17 janvier 2022

Télétravail : sommes-nous prêts ?

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Cette réflexion part de ce tweet :

et de l'esquisse de discussion en réponse à ce tweet :


Depuis deux ans maintenant, le télétravail est mis en lumière par l'épidémie de Covid. Durant les périodes de confinement strict, de nombreux salariés ont été contraints de télétravailler, les entreprises - ou les administrations publiques - ne pouvant pas faire autrement.

Un bouleversement obligé, subi le plus souvent dans la précipitation, une totale improvisation. Avec pour règle principale le système D ! La mise en place du télétravail étant liée à la bonne volonté des gens, voire à l'utilisation de leurs moyens personnels - téléphone, ordinateur, imprimante, liaison haut débit, etc. - plutôt que professionnels. Aucune organisation, aucune préparation en amont.

En revanche, à mon niveau, aucun changement entre avant et après le Covid, tout s'est fait de manière transparente, dans la continuité : je télétravaille depuis 1985 ! En indépendant, ce qui introduit naturellement une première différence fondamentale avec le télétravail des salariés (encadrés au plan contractuel).

Une deuxième différence porte sur la nature du télétravail : 100% à domicile, en alternance domicile/tiers-lieux (coworking, télécentres, bureaux partagés, centres d'affaires), télétravail nomade ou itinérant, etc. Dorénavant, il est même question de télétravail en intérim...

Globalement, je me situe dans la catégorie « télétravailleur indépendant 100% à domicile », capable si besoin de travailler depuis n'importe où : un mobile, un ordinateur portable et une liaison haut débit suffisent. Résumé ainsi, cela semble simple. Or ça ne l'est pas, loin de là ! 

Si l'on dresse un tableau des pour et des contre du télétravail, en gros nous obtenons le résultat suivant :



Dans le cadre de mes recherches sur le télétravail, j'ai pu examiner un corpus d'environ 45 mille mots exprimant l'opinion d'employés (d'une même société) mis en télétravail à l'occasion du confinement, d'où j'ai extrait les 30 premiers termes les plus fréquents, pondérés selon leur fréquence dans le nuage sémantique ci-dessous :

Comparés au tableau des pour et des contre, il est manifeste que ces termes témoignent clairement des principales préoccupations des salariés, mais ils sont également applicables aux indépendants, le domaine que je maîtrise le mieux. Et dont je vais parler dans ce billet.

Précisons aussi que le télétravail, comme toutes les formes de travail, est avant tout un phénomène social. Qui ne nous concerne pas seulement en tant qu'individus ou entreprises, mais également la société dans son ensemble. Il faut professionnaliser le télétravail à tous les niveaux !

De même que les pour et les contre sont les deux côtés d'une même pièce, les pour sont le côté face, les contre le revers de la médaille, chaque côté ayant ses propres implications psychologiques et physiques, personnelles, professionnelles, sociales, dont il s'agit de faire la synthèse dans une recherche perpétuelle d'équilibre, d'un point équidistant entre les avantages et les inconvénients, d'un compromis permanent entre qualité de vie et rémunération suffisante pour assurer une existence décente à soi et sa famille.

Je vais donc examiner globalement les pour et les contre selon mon expérience sur la période 1985-2022.

POUR

L'un des principaux avantages mis en avant lorsqu'il est question de se mettre à son compte chez soi est la meilleure qualité de vie personnelle (hors travail) et professionnelle (travail). Qui se réalisent dans un seul et même lieu : le domicile. Où il faut organiser les deux fondamentaux qui rythment notre vie :
  • l'espace
  • le temps
L'espace

A minima l'organisation de l'espace peut se résumer à une pièce dédiée (éviter si possible l'espace réservé ou le coin bureau dans une pièce commune). Pour vous autant que pour votre famille. Si vous pensez télétravailler durablement en mettant votre ordi sur un coin de la table de la cuisine ou de la salle à manger, laissez tomber ! 

La pièce dédiée aura une surface habitable suffisante (au minimum 12 m²) et sera bien éclairée, climatisée et silencieuse (critère indispensable à la concentration), avec un poste de travail aménagé en tenant compte de tous les aspects bureautiques, écrans, télécoms, câblages, etc., y compris une chaise (ou un fauteuil) ergonomique, voire un repose-pieds, une bibliothèque, des étagères, des rangements, etc.

Il peut également être bon d'avoir un plan de travail permettant d'alterner position de travail assise et debout, rester assis pendant de longues heures n'étant pas la panacée... Votre corps vous dictera la position à prendre au bon moment. Chacun(e) a sa propre posture "idéale", à vous de trouver la vôtre.

Le temps

En général le temps de travail augmente à domicile (par ex. le temps économisé sur les trajets est transféré sur le télétravail). Donc il est primordial de gérer et d'organiser ses horaires. Là encore, chacun(e) a sa propre recette, en fonction de son caractère et de la discipline qu'on réussit à imposer à soi-même (ou pas)...

D'autant que cela ne dépend presque jamais de nous, mais le plus souvent des contraintes professionnelles (délais de livraison, qui peuvent être négociés mais sont subis la plupart du temps) et personnelles (famille, tâches ménagères, etc.).

Le principal problème au domicile est de trouver l'équilibre entre temps familial et professionnel, le partage du temps étant généralement plus conciliable en télétravail. Il y faut de la rigueur et tout le monde ne l'a pas. Au bureau le temps est imposé, généralement à des horaires fixes. À la maison, ils sont flexibles, mais gérer la flexibilité peut s'avérer plus contraignant qu'obéir à une imposition. Là encore, question de nature et de caractère.

Autant de questions qui relèvent de l'autonomie de la personne et de la capacité de chacun(e) de s'organiser.

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CONTRE

Le pendant de ce qui précède est l'interférence de la vie professionnelle sur la vie familiale (ou vice-versa).

Le débordement du temps de travail sur les nuits, les fins de semaines, les congés, et l'impact sur les relations avec le conjoint et les enfants. Nous avons tous lu pendant les confinements successifs de nombreux témoignages de parents ne réussissant plus à gérer les interactions avec les enfants à cause de la promiscuité subie et permanente, du manque d'espace vital pour chaque membre du foyer. Une pièce dédiée permet de réduire ces frictions, voire de les éliminer.

Quant à l'isolement possible, il doit être pris en compte en amont au moment du choix. Télétravailler doit être un libre choix, pondéré et volontaire. Cela ne signifie pas forcément se désocialiser : il faut être capable de réinventer ses relations sociales et professionnelles, les contacts se créent au niveau de la mise en réseaux : professionnels (collègues et clients), commerciaux (où chacun(e) prospecte selon ses goûts et spécialités), sociaux (places de marché, plateformes Web), d'amis et de relations, etc. Il y a quelques années, j'écrivais « Le traducteur est un animal social », cela vaut plus que jamais en ces temps de télétravail pour tous les indépendants...

Les retombées de mauvais choix initiaux sur la santé peuvent vite se faire sentir, autant au plan physique (dos, articulations, etc., conséquences de mauvaises postures), que psychologique (difficultés à se motiver, déprime, mauvaise humeur, etc.), avec toutes les implications négatives au niveau personnel, familial, professionnel. Sans oublier que tout cela finit par se traduire par des problèmes financiers : un télétravailleur malade ne produit - et ne gagne - rien !

Bien que des progrès aient été faits pour les micro-entrepreneurs, les amortisseurs sociaux ne sont pas légion, et dans ces moments-là la solidarité avec le "réseau" est fondamentale. 

Je parle d'expérience : en 2014, j'ai eu un gros pépin de santé et suis resté inactif pratiquement toute l'année. Or lorsque vous êtes aux abonnés absents pendant des mois, les clients, même s'ils vous sont fidèles, se tournent inéluctablement vers la concurrence, personne n'est irremplaçable ! Donc avec un CA réduit à peau de chagrin, début 2015 j'ai activé mon réseau pour demander de l'aide, et ça a marché... Un soulagement au niveau financier, certes, mais aussi et surtout psychologique : l'entraide fait chaud au cœur, et bien que télétravaillant seul, vous comprenez que vous n'êtes pas seul.

*

En conclusion, le télétravail est un choix, pratiqué autant au niveau individuel, que de l'entreprise et des pouvoirs publics. L'épidémie de Covid a placé ce choix à l'ordre du jour (en diffusant le télétravail pratiquement à l’ensemble de la population active, y compris en l'imposant sous peine d'amende), au début beaucoup s'est fait dans l'improvisation et sans accompagnement, mais de plus en plus de voix se font entendre pour pérenniser cette nouvelle forme de travail (marginalisée depuis longtemps) après la crise, en France mais pas seulement.

Depuis plus d'une dizaine d'années, diverses études ont fourni des statistiques et tenté d'analyser le télétravail, mais presque uniquement coté salariés, très peu d'études sur les indépendants. La définition même du télétravail selon le Bureau International du Travail est claire :   
Le télétravail se définit comme le recours aux technologies de l’information et des communications (TIC) – ... – pour effectuer des tâches hors des locaux de l’employeur (Eurofound et BIT, 2017).
Seule concession aux indépendants :
En règle générale, les définitions du télétravail n’incluent pas les travailleurs de l’économie des plateformes: par exemple, un travailleur indépendant qui travaille principalement à domicile n’est pas systématiquement considéré comme télétravailleur, mais peut être classé comme travailleur à domicile aux termes de la convention (n° 177) de l’OIT sur le travail à domicile, 1996.

Des définitions poussiéreuses qui ne collent plus à la réalité, mais en cours d'évolution...

En France, le statut du télétravailleur indépendant se confond généralement avec celui de micro-entrepreneur, très simple à créer. C'est après que ça se complique, lorsqu'il faut faire vivre et développer son métier.

Le télétravail est une question de caractère : il y en a à qui cela convient, et d'autres à qui cela ne convient pas, qu'on soit salarié ou indépendant. Les italiens utilisent l'anglais pour nommer le télétravail : smart working. Selon moi c'est reconnaître l'intelligence de cette forme de travail. Ce qui ne veut pas dire que les autres formes de travail ou celles et ceux qui les pratiquent ne seraient pas intelligents, loin de là. C'était juste pour terminer ce billet sur un clin d'œil :-)




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1 commentaire:

  1. Je partage tes analyses et les "pour" et "contre". Avec une nuance : le télétravail n'est pas obligatoire pour les salariés. Ceux qui n'ont pas envie de cette organisation de travail ne sont pas obligés de télétravailler.
    Pour les freelances, par nature libres de leur organisation, rien ne les empêche de travailler (de temps en temps ou à pleion temps) dans des espaces de coworking pour se recréer un collectif de travail.

    Pour répondre à la question du titre, oui nous sommes prêts à télétravailler. Les entreprises un peu moins ;-)
    Pour celles qui le souhaitent c'est assez simple techniquement à mettre en place, beaucoup de littérature existe en ligne (accords ou chartes, outils, formations).

    Ce qui est plus compliqué et plus long c'est la transformation des mentalités pour faire évoluer les méthodes de management : confiance, délégation, contrôle des objectifs et plus de la présence au bureau.

    RépondreSupprimer