jeudi 23 avril 2015

Les trois principes de haute traduction

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Traduction de l'italien (voir l'original) en français des TROIS PRINCIPES DE HAUTE TRADUCTION® SELON M.S., sur la réalité de notre métier magnifiquement observée dans un texte caustique autant que comique, amer autant que vrai. Bonne lecture !

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Préambule
Fruits d’une expérience de plus de trente ans du Laboratoire de Haute Traduction® de M.S., les Trois Principes représentent l’état de l’art dans le traitement et la résolution des pathologies de la quasi-totalité des textes originaux actuellement destinés à la traduction, à savoir de tous ces textes qui, indépendamment de leur nature et de leurs finalités (juridiques, techniques, humanistes, etc.), révèlent l’inaptitude chronique de leur auteur à l’exercice d’écriture, auteur que nous désignerons désormais, par convention, sous l’appellation de « Crétin ».

Indications
Les Trois Principes de Haute Traduction®, opportunément dosés pour composer des cocktails adaptés au cas par cas, agissent sélectivement contre les troubles du texte original tels que : idées persistantes sur fond hallucinogène quant à l’usage de la grammaire, syntaxe schizophrénique, syndrome d’insapidité compulsive, constipation lexicale tenace, affabulation diarrhéique irrépressible (parfois limite dysenterie hémorragique, notamment dans les cas de textes de politique internationale), involution périphrastique de moyenne, grave ou extrême intensité (y compris la périphrase labyrinthique de type « fermée » chère à Dédale & Vandale, ou encore l’écheveau cachectique terminal théorisé par La Boue & Le Brouillard), ignorance simple ou composée, dysfonctionnement des liens logiques de base, parole inachevée (le fameux symptôme d’eloquius interruptus selon Sowhat), voire syndrome d’arrogance autorale (autrement connu comme maladie de Tutecrôaki Konar).

Contre-indications
Les Trois Principes de Haute Traduction® sont contre-indiqués dans le cas de textes originaux - d’une absolue rareté à dire le vrai -, qui ne sont ni produits ni divulgués par des Crétins.

Effets collatéraux
Quelques cas isolés de réactions adverses (contestations) ont été signalés. En ligne générale, nous recommandons à nos honorables consœurs et confrères de se munir d’une assurance professionnelle adéquate. Pour une réponse plus spécifique, dès lors que le différend porte sur l’application du premier Principe, conseillons au Collègue importuné de mettre au défi le client, ou qui le représente, de prouver que l’original disait autre chose que ce qu’énonce la traduction ; si le différend porte sur l’application des deuxième et troisième Principes, le/la Collègue pourra dresser avec profit la liste de toutes les citations, extraites d’autres traductions accréditées de l’œuvre du Crétin ou de la littérature standard du secteur (dont les unes et les autres seront strictement inventées), qu’il ou elle aura préalablement regroupées pour les soumettre dédaigneusement à l’interlocuteur du moment afin d’étayer la justesse de sa propre conduite déontologique.

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PREMIER PRINCIPE, ou PRINCIPE DE LA SEICHE.

Énonciation : À BROUILLARD, BROUILLARD ET DEMI…

Explication : Que voulez-vous expliquer ? Imaginez juste la réaction de la seiche, qui sécrète la sépia en présence d’un danger !

Procédure : Rendre totalement sibyllin et indéchiffrable, pourvu que cela reste grammaticalement correct, tout ce qui est partiellement obscur ou difficilement décryptable dans l’original en raison des pathologies notoires citées dans les Indications. Nous recommandons vivement l’usage de tous les artifices possibles, du clinquant à la langue de bois en passant par les contorsions du charabia bureaucratique « extrême » dans le cas de documents techniques et juridiques, voire du ton oraculaire ou transcendantaliste américain période XIXe siècle pour les textes à velléités humanistes et journalistiques. Le plus important étant de ne rien dire, ou d’imprimer au discours la forme la plus ampoulée et alambiquée possible pour rendre ce que, d’après le Collègue, le Crétin du jour aurait souhaité exprimer en son for intérieur.


DEUXIÈME PRINCIPE, ou PRINCIPE DE MOZART-MAZZOLÀ

Énonciation : « COUPONS, MON CHER, COUPONS. CE QUI NE SERA PAS JOUÉ NE SERA PAS HUÉ ! »

Explication : Caterino Mazzolà, librettiste italien qui succéda au grand Lorenzo Da Ponte, s’en prit à Mozart lorsqu’il se rendit compte que le maître avait coupé de moitié son livret pour l’opéra La clémence de Titus. Mozart expliqua qu’il était à court d’inspiration, qu’il avait écrit à la hâte – pour des raisons alimentaires – une musique indécente, et que moins il aurait joué, moins il aurait couru le risque d’être la cible de jets de fruits et légumes avariés, en prononçant la phrase qui constitue l’énonciation du présent Principe.

Procédure : Les platitudes à longueurs de phrases, les répétitions inutiles, les redondances systématiquement appliquées à l’inessentiel, tout cela doit être é-li-mi-né ! Mieux encore : tout cela n’est pas dans le texte original. Que le/la Collègue fixe les parties incriminées et fasse le vide dans son esprit : comme dans un fondu enchaîné à l’écran, il ou elle verra alors les mots disparaître de la page par passages entiers. Qu’il ou elle en profite pour traduire rapidement le beau texte synthétique et direct qui se concentre sous ses yeux le temps de cette brève absence, avant que les idioties du Crétin du jour ne reviennent encombrer la page.


TROISIÈME PRINCIPE, ou PRINCIPE DE L’INTERPOLATION TALIBANE

Énonciation : [SEUL ALLAH CONNAÎT LA NATURE VÉRITABLE DE TOUTES LES CHOSES !]

Explication : Un beau jour M.S. eut l’occasion de lire un essai sur le thème « Science et Foi », écrit par un auteur islamique laïc. Naturellement, l’auteur avait dû accepter qu’une autorité religieuse insère des commentaires dans son travail. Nota bene : non pas À son travail, mais DANS son travail. Autrement dit, les observations du superviseur étaient interpolées directement dans le texte, entre crochets et en caractères plus grands, et elles contredisaient souvent ouvertement ce que l’auteur laïc s’était essayé à dire ou à démontrer. M.S. en fut tout d’abord agacé, voire scandalisé par cette violation flagrante de catégories de la pensée occidentale telles que la dignité autonome du texte et le respect de l’auteur, quel qu’il soit ; mais lorsqu’une digression de l’auteur laïc sur la possibilité qu’a la science de connaître l’essence ultime des phénomènes fut interrompue par la phrase relatée dans l’énonciation du présent principe, son esprit s’illumina et, comme avant lui l’Apôtre des Gentils, il fut frappé par la lumière.

Procédure : Quelqu’un devra bien se charger de dire les choses « oubliées » par le Crétin, qui rendraient légèrement plus compréhensibles les borborygmes de son esprit obscurci. Prenons donc sur nous cette responsabilité : notamment parce que l’interpolation, comme le montre l’exemple cité, et mieux encore l’interpolation talibane, n’est pas seulement légitime, elle est un devoir sacré ! Face au problème du « nécessaire qui n’a pas été dit », le traducteur ordinaire (c’est-à-dire la personne non initiée à la Haute Traduction®, à laquelle nous ne saurions attribuer le statut de « Collègue ») contacte immédiatement le donneur d’ordre et perd une bonne demi-heure pour trouver le ton juste, pour ne pas déranger ni sembler prétentieux ou arrogant. La chose est humiliante et contraire aux lois de l’économie. L’expert en Haute Traduction® intervient directement et sans ambages, comme on disait autrefois. Il suffit d’ajouter ce qui manque, de dire ce qui aurait dû être dit. Seule précaution à prendre, que le/la Collègue veille à ne pas trop bien le dire, pour ne pas apparaître comme un cheveu sur la soupe en évitant de créer un contraste gênant avec le style du Crétin.

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Texte original : I TRE PRINCIPI DI ALTA TRADUZIONE® DI M.S.

Premessa
Frutto dell'esperienza più che trentennale del Laboratorio di Alta Traduzione® di M.S., i Tre Principi rappresentano lo stato dell'arte nel trattamento e nella risoluzione delle patologie della quasi totalità dei testi originali correntemente proposti per la traduzione, ossia, di quei testi che, indipendentemente dalla loro natura e dalle loro finalità (legali, tecnici, umanistici, ecc.), denunciano l'inidoneità all'esercizio della scrittura del loro autore, che nel prosieguo chiameremo convenzionalmente "il Cretino".

Indicazioni
I Tre Principi di Alta Traduzione®, combinati nelle dosi opportune in preparazione estemporanea, agiscono selettivamente contro turbe del testo originale quali: idee persistenti a sfondo allucinativo sull'uso della grammatica, sintassi schizofrenica, sindrome da insulsaggine compulsiva, stipsi lessicale ostinata, affabulazione diarroica incoercibile (anche ematica, nel caso di testi di politica internazionale), involuzione perifrastica media, grave ed estrema (inclusa la perifrasite labirintica di tipo "chiuso" di Maze & Ovillo e la farragine cachettica terminale di La Boue e Le Brouillard), ignoranza semplice e composta, disfunzione dei nessi logici basilari, discorso inconcluso (o sindrome da eloquius interruptus di Sowhat) e sindrome della boria autorale (o morbo di Kikàtzu Saraimài).

Controindicazioni
I Tre Principi di Alta Traduzione® sono controindicati nel caso dei testi originali, invero molto rari, non prodotti e divulgati da Cretini.

Effetti collaterali
Sono stati riferiti isolati casi di reazione avversa (contestazione). In generale, si raccomanda al/alla Collega di munirsi di adeguata assicurazione professionale. Come presidio specifico, ove la reazione avversa riguardi l'applicazione del Principio 1, il/la Collega sfidi il cliente o chi per lui a dimostrare che l'originale diceva qualcosa di diverso da quello che risulta nella traduzione; ove invece il problema riguardi l'applicazione dei Principi 2 e 3, il/la Collega proceda a snocciolare con disdegno tutte le citazioni, le eventuali altre traduzioni accreditate dell'opera del Cretino e gli standard (le une e gli altri rigorosamente inventati) che avrà preventivamente preparato a sostegno della correttezza della sua condotta professionale.

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PRIMO PRINCIPIO o PRINCIPIO DELLA SEPPIA.

Enunciazione: A NEBBIA, NEBBIA

Spiegazione: Che c'è da spiegare? Avete presente cosa fa la seppia quando le cose si mettono male?

Procedura: Rendere totalmente oscuro e indecifrabile, purché grammaticalmente corretto, ciò che nell'orginale è parzialmente oscuro o difficimente decifrabile a causa delle patologie citate nelle Indicazioni. Sono vivamene raccomandati tutti gli orpelli, le lungaggini, i contorcimenti del linguaggio burocratico "estremo" nel caso dei documenti tecnici e legali, e un tono oracolare o da trascendentalista americano del XIX secolo per i testi umanistici e giornalistici. Particolarmente importante è non dire nulla, o dare la forma più ampollosa e convoluta possibile a quello che, secondo il/la Collega, il Cretino del caso avrebbe voluto dire.


SECONDO PRINCIPIO, o PRINCIPIO DI MOZART- MAZZOLA'

Enunciazione: "TAGLIAMO, CARO , TAGLIAMO. QUELLO CHE NON SI SUONA NON SI FISCHIA"

Spiegazione: Caterino Mazzolà (sic), il librettista italiano che era subentrato al grande Lorenzo Da Ponte, si arrabbiò con Mozart quando si accorse che il Maestro aveva dimezzato il suo libretto per La clemenza di Tito. Mozart spiegò che era giù d'ispirazione, che aveva scritto frettolosamente -per motivi alimentari- una musica indecente, e che meno avrebbero suonato, meno avrebbero corso il rischio di essere sommersi da una pioggia di ortaggi marci. E disse la frase che costituisce l'enunciazione di questo Principio.

Procedura: Le insulsaggini insistite, le ripetizioni inutili, la ridondanza applicata sistematicamente all'inessenziale vanno eliminate. Meglio, non sono nel testo originale. Il/la Collega fissi queste parti del testo e svuoti la mente: le vedrà effettivamente scomparire dalla pagina, come in una dissolvenza incrociata. Il/la Collega si affretti quindi a tradurre il bel testo sintetico e diretto che si condensa sotto i suoi occhi in questa breve assenza, prima che le cretinate del Cretino tornino a ingombrare la pagina.


TERZO PRINCIPIO o PRINCIPIO DELL'INTERPOLAZIONE TALEBANA

Enunciazione: [ MA SOLO ALLAH CONOSCE LA VERA NATURA DI TUTTE LE COSE!]

Spiegazione: Un giorno M.S. lesse un libro sul tema "scienza e fede" scritto da un autore islamico laico. Evidentemente, l'autore aveva dovuto accettare che un'autorità religiosa inserisse commenti nel suo lavoro. Notare bene: non AL suo lavoro, NEL suo lavoro. Ossia, le osservazioni del supervisore erano interpolate direttamente nel testo, tra parentesi quadre e in carattere più grande, ed erano spesso in aperta contraddizione con quello che il suddetto autore laico stava cercando di affermare o dimostrare. Dapprima, M.S. fu infastidito, per non dire scandalizzato, da questa flagrante violazione di categorie proprie del pensiero occidentale, quali la dignità autonoma del testo e il rispetto per l'autore, chiunque egli sia; poi, quando una disquisizione dell'autore laico sulla possibilità della scienza di conoscere l'essenza ultima dei fenomeni venne interrotta dalla frase che costituisce l'enunciazione di questo Principio, la sua mente si aprì, e, come l'Apostolo delle Genti prima di lui, vide la Luce.

Procedura: Qualcuno deve pur dire le cose che il Cretino ha "dimenticato", e che renderebbero un po' più comprensibili i borborigmi della sua mente. Prendiamoci questa responsabilità: anche perché, come dimostra l'esempio addotto, l'interpolazione, meglio se talebana, non solo è legittima, è un dovere sacro. Di fronte al problema del "necessario non detto", il traduttore ordinario (ossia, la persona non iniziata all'Alta Traduzione®, alla quale non possiamo attribuire lo status di "Collega") riferisce in proposito al committente e perde mezz'ora per trovare il tono giusto, per non disturbare, per non apparire presuntuoso o arrogante. Ciò è umiliante e antieconomico. L'esperto/a in Alta Traduzione® interviene direttamente e senza ambagi, come si diceva una volta. Basta aggiungere quello che manca, dire quello che avrebbe dovuto essere detto. Unica cautela, il/la Collega badi di non dirlo troppo bene, per non creare un fastidioso contrasto con lo stile del Cretino.

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J'ai traduit ce texte en français car c'est un formidable état des lieux de notre pratique traduisante au quotidien, et je souhaitais le partager avec un lectorat francophone. Maintenant si des collègues de langue maternelle anglaise ou autre veulent en faire profiter d'autres locuteurs, qu'ils ou elles ne se gênent pas, la teneur de ce document devrait être enseignée - et explicitée - dans toutes les écoles de traduction... [Début]




lundi 20 avril 2015

TINVOM - Translation and Interpreting: New Voices On the Marketplace

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Dans le cadre de son Mastère professionnel en Traduction appliquée, l'Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis (ISSHT), qui fait partie de l'Université El Manar, a organisé sa première conférence internationale à Tunis, du 16 au 18 avril 2015 (voir le programme ici et ), sur le thème Translation and Interpreting: New Voices On the Marketplace (TINVOM).

Une conférence à laquelle les organisateurs m'ont fait l'honneur de m'inviter, presque huit ans après Hammamet, et qui a été, de mon point de vue, un véritable succès et une excellente occasion d'ouverture pour les étudiants de rentrer en contact, souvent pour la première fois, avec des réalités dont ils avaient jusqu'alors une vision plus théorique que pratique.

Mais avant de dire quoi que ce soit, permettez-moi de remercier toute l'organisation de la conférence autant que les étudiantes et les étudiants tunisiens, ainsi que les participantes et les participants en général (certains venaient de Libye, d'Algérie, d'Europe, etc.), pour leur accueil chaleureux et leur générosité. Je m'excuse toutefois à la place des absents (dont cinq au moins auraient dû venir d'Italie !), qui ont préféré déserter la conférence après les événements tragiques au Musée du Bardo, même si, personnellement, je pense que ce n'était pas la bonne décision, ne serait-ce qu'au nom de l'amitié entre les peuples.

Ceci dit, venons-en à ce que j'ai retenu de la conférence et de quelques présentations auxquelles j'ai pu assister. Je retiens surtout celles d'Anthony Pym (Universitat Rovira i Virgili), de Maeve Olohan (University of Manchester), Houssem Ben Lazreg (University of Alberta, Canada), Vicente Rafael (University of Washington, Seattle), Adam Leggat (The Densus Group) ou encore Mohamed Jabeur, professeur et interprète de haut niveau. Je mentionnerais également deux interventions auxquelles je n'ai pas pu assister car j'étais pris au même moment dans d'autres ateliers, celles de Amani Rabeh (Université Lumière Lyon 2), dont l'argument (Pour un enseignement plus efficace de la traduction à l'université) m'intéresse tout particulièrement, et de Habiba El Ghoul, étudiante de l'ISSHT, qui est la seule, sauf erreur de ma part, à avoir tenu sa présentation en italien.

Je vais donc dire quelques mots sur les 7 présentations (Maeve Olohan est intervenue deux fois) auxquelles j'ai assisté, avant de conclure sur la mienne.
L'idée centrale de cette présentation, selon moi, c'est que la post-édition d'une traduction automatique permet aujourd'hui d'atteindre le point de bascule (the tipping point), au-delà duquel il n'y a plus vraiment de différence qualitative significative entre une traduction humaine et une traduction automatique post-éditée, avec même quelques avantages de productivité en faveur de cette dernière. Tout dépend évidemment de la qualité des bases de données avec lesquelles on travaille (tant en évitant les bases "polluées" qu'en opérant inversement au GIGO), et j'ajouterais que si l'on y ajoute la pré-édition (à savoir intervenir sur le texte source avant de le soumettre à la TA), pour augmenter la qualité et la traductibilité du texte de départ (cf. plain language, à titre d'exemple), on peut faire des progrès tout à fait étonnants. Or que les pros se rassurent, bien que les mythes aient la peau dure, la pratique est encore loin d'être généralisée...


  • Prof. Maeve Olohan, sur la vulgarisation des sciences, et sur la gestion de projet en milieu de travail comme nouveau débouché pour les aspirants traducteurs
La première intervention étant davantage didactique, je me concentrerai plutôt sur la seconde, basée sur une étude menée directement auprès des agences de traduction qui emploient des PM (Project Managers), pour voir quoi intégrer, et comment, dans le CV d'un nouvel aspirant traducteur. Or le fait est que de moins en moins de grosses agences emploient des traducteurs en interne, et préfèrent confier chaque projet de traduction à un responsable dédié, le PM, qui prend souvent totalement en charge l'interaction avec le client d'un côté, et le traducteur de l'autre. Et même s'il serait préférable qu'un PM soit aussi et d'abord un traducteur de métier, tous ne le sont pas, loin de là. Ou bien connaissent certaines langues et ont des notions de traduction, mais aucune pratique du métier en tant que tel. Pour autant, le poste de "responsable projet" peut s'avérer un débouché alternatif intéressant pour nombre de jeunes intéressés à la traduction, même s'il implique d'autres compétences, notamment en termes de localisation.


  • Houssem Ben Lazreg, sur la traduction du Printemps arabe à travers la poésie, et plus spécialement à travers le poème "Le visa", du poète égyptien, Hisham Al Gakh

L'intervention de Houssem, qui a traduit le poème de l'arabe vers l'anglais, portait sur les difficultés de traduction spécifiques à la poésie, et sur le choix des formes et des termes que le traducteur doit faire en permanence. C'est un problème que je connais de près pour avoir moi-même traduit plusieurs fois de la poésie et des chansons de l'italien vers le français, y compris avec l'italien comme langue pivot (dans le cas de poèmes de Jean-Paul II, que la maison d'édition italienne a fait traduire vers les autres langues à partir de l'italien, et non du polonais). Je ne traduis plus de poésie actuellement, même si à l'époque j'ai récolté des critiques fort élogieuses...

Quant au titre du poème, il est bien moins anodin qu'il n'y paraît, puisque l'obtenir peut vous ouvrir les portes de l'avenir, là où un refus peut vous les fermer. Ce qui est la réalité de beaucoup d'étudiants tunisiens m'ayant confié qu'ils aimeraient venir étudier en Italie et ne pas pouvoir à cause du refus des autorités italiennes de leur accorder un visa !
  • Prof. Vicente Rafael, sur les interprètes en zone de guerre
De la poésie à la guerre, avec cette présentation du Prof. Vicente Rafael en liaison Skype depuis Seattle, intitulée Translation in Wartime (une conférence est disponible ici), dont les propos m'ont particulièrement frappé ! Par la nature des situations qu'il a décrites, bien sûr, mais également en essayant de me mettre à la place d'interprètes qui évoluent dans un entre-deux hostile, un no man's land qui est le plus souvent ... leur propre terre ! L'exemple donné est celui des États-Unis en Irak, durant la troisième guerre du Golfe entre 2004 et 2009, où l'armée américaine n'eut d'autre choix que de faire appel à des interprètes natifs, ainsi plongés dans une réalité peu enviables : instinctivement considérés comme des ennemis potentiels par les U.S., et comme des traîtres à la cause et à leur pays par leurs compatriotes...


L'autre point soulevé par le professeur Rafael, auquel je suis particulièrement sensible, est celui de la langue de l'Empire comme moyen de domination, et des expressions qu'il a mentionnées telles que "National Security Language Initiative", "Standard American English" ou "Language of Rule" ne cessent de m'interpeller. Beaucoup de choses qui restent donc à approfondir, et exigeront du temps...
  • M. Adam Leggat, sur les qualités essentielles de l'interprète, vu côté client
Passons de la guerre à la police, avec cette présentation vraiment étonnante, une intervention de M. Adam Leggat, écossais, ex-militaire de carrière. Son employeur, le groupe Densus, qui forme actuellement les forces de police tunisiennes sous la direction de M. Leggat, intervient partout dans le monde dans des théâtres difficiles, autant au plan géographique qu'opérationnel. La qualité de leur action dépend donc étroitement de la qualité de l'interaction qu'ils réussissent à instaurer avec les gens du lieu, avec qui le dialogue ne peut se faire que par le biais d'interprètes. Monsieur Leggat propose donc une vision des interprètes du point de vue du client, et quel client, pour qui les situations sont au mieux critiques, et au pire dramatiques. Pour lui, qui a tenu à répéter plusieurs fois que les interprètes sont bien plus que des collaborateurs externes, puisqu'ils deviennent membres de l'équipe à part entière, les qualités essentielles d'un bon professionnel de l'interprétation sont au nombre de 4 :
  1. preparation
  2. questions/clarifications
  3. flexibility
  4. trust
1. La préparation

Il ne s'agit pas seulement d'être préparé au plan terminologique, mais aussi et surtout au contexte et aux différences culturelles, l'interprète servant de guide au sens large pour éviter les écueils de l'incompréhension propres aux différentes façons de penser, de vivre et de voir les choses.

2. L'humilité

Ce n'est certes pas le terme utilisé par M. Leggat, mais c'est ainsi que je vois les choses. Il nous a avoué que le fait d'être face à un interprète qui jamais ne pose de questions ni ne demande d'éclaircissements le rend particulièrement nerveux. L'interprète peut être plus ou moins spécialisé, mais ce n'est pas l'expert. Il faut donc accepter de ne pas tout savoir et interroger l'expert en cas de doute, ou tout simplement parce qu'on ignore ce dont il faudrait qu'on parle.

3. La capacité d'adaptation

Flexibilité mentale, les interprètes devant parfois évoluer dans le tumulte et au milieu de gens bruyants ou courant dans tous les sens, voire dans le vacarme d'explosions et de foules en émeute. Ce qui n'est pas forcément le meilleur cas de figure pour une prestation de qualité, les gens du métier en conviendront...

4. La fiabilité

M. Leggat parle de confiance, du point de vue du client, mais cela implique d'autre part que l'interprète doive être fiable, d'où mon choix terminologique, vu du côté de l'interprète.


Pour conclure, dans la foulée de celle de M. Vicente Rafael, cette intervention de la part d'un bourlingueur totalement étranger à notre métier, tant de par son expérience militaire que de par sa formation, mais qui entretient des relations aussi étroites avec les interprètes, m'a particulièrement interpellé.
  • Monsieur Mohamed Jabeur, sur les interdépendances entre la sociolinguistique et l'interprétation
Sociolinguiste prêté à l'interprétation de haut niveau, ayant interrogé sa pratique du métier pour voir les raccords possibles avec notre profession, notamment au niveau des différents registres de la langue, j'ai beaucoup apprécié la clarté d'exposition de Monsieur Jabeur et sa description des difficultés auxquelles doit faire face l'interprète en situation, autant en cabine qu'en interprétation consécutive. Ses anecdotes sur Mouammar Kadhafi défiant personnellement les interprètes de traduire des expressions libyennes à la limite de l'intraduisible, sur des égyptiens parlant un arabe dialectal tout en étant convaincu qu'il s'agissait de l'arabe standard ou encore sur le sourire exagéré des ougandais davantage motivé par des habitudes culturelles que par des raisons justifiées ont particulièrement amusé l'assistance, rien de tel qu'un bon rire collectif pour détendre l'atmosphère.

  • Jean-Marie Le Ray, sur le branding & marketing pour traducteurs & interprètes
Accordez-moi la licence de terminer par moi-même sur une présentation liée à mes formations et à la vision que j'ai d'un marketing de la traduction pour mettre toujours plus en valeur l'image de notre métier, autant auprès des traducteurs-interprètes en particulier qu'auprès du marché en général. Si vous souhaitez découvrir plus en profondeur mon approche, il vous suffit de télécharger le fichier, plein de notes d'approfondissement.


Conclusion

Je remercie tout d'abord les organisateurs pour le travail et l'enthousiasme considérables qu'ils ont fournis ! Les voici :


Un merci tout particulier à Hammouda Salhi, Sabeur Jamaoui et son frère, Anouar, même s'il était absent. Enfin, tous les jours, pour aller de l'hôtel à l'ISSHT, je passais à côté de l'immense place de la Kasbah, où ont eu lieu les grandes manifestations à Tunis au début de l'année 2011. Or une après-midi, j'ai pu assister à cette cérémonie :


Ce sont les mêmes musiciens que l'on voit dans cette vidéo :



Dimanche matin, en partant vers l'aéroport, j'ai vu un jeune portant un t-shirt avec l'inscription suivante : « you don't respect our lives, we don't respect your laws... ». Je pense que la clé est là : le jour où nos gouvernants respecteront la vie des citoyens et l'avenir des jeunes, les peuples respecteront plus volontiers les lois, pourvu qu'elles soient dans l'intérêt du bien public, évidemment. Or cette envie de vivre en paix dans leur pays et en harmonie avec les autres, je l'ai rencontrée chez tous les jeunes que j'ai côtoyés pendant mon séjour, et c'est cela qu'il faut soutenir et valoriser : ce n'est pas des attentats du Bardo dont il faut parler dans tous les journaux télévisés de la planète, mais de cette envie de paix et d'harmonie des citoyens. Donc parlez-en, et faites passer le message ! Merci à la Tunisie de m'avoir accueilli si chaleureusement. J'espère revenir...




lundi 6 avril 2015

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Article soumis à l'appel à contribution pour le n° 1/2016 des Langues Modernes, mais qui n'a pas été retenu pour publication. Dommage ! Donc autant en faire profiter tout le monde.

Plaidoyer pour un marketing de la traduction

La traduction a été mise à mal ces dernières années : pas seulement dans les grandes écoles ou les universités, mais également auprès des agences de traduction, voire des traducteurs eux-mêmes et, last but not least, des clients qui en sont les destinataires. Autant d’acteurs pour lesquels l’image de la traduction est souvent ternie, dévalorisée. Ce marasme impacte défavorablement le marché et la pratique du métier à tous les niveaux, des tarifs à la perception générale que s’en font les différentes parties prenantes.

L’avènement d’Internet et l’explosion de la traduction automatique gratuite n’y sont pas pour rien ! Avec en parallèle une concurrence devenue mondiale (déloyale, diraient certains…) du jour au lendemain, et un nivellement des prix par le bas qui semble inarrêtable.

L’heure est donc au changement de paradigme, en convoquant le marketing au chevet de la traduction : pour en redorer le blason et mettre en valeur tout ce qui peut l’être d’une « discipline ancestrale par excellence », mais dont Victor Hugo pourrait difficilement assurer aujourd’hui qu’elle « a une fonction de civilisation » et que les traducteurs « sont des ponts entre les peuples. Ils transvasent l’esprit humain de l’un chez l’autre. Ils servent au passage des idées. 
C’est par eux que le génie d’une nation fait visite au génie d’une autre nation. Confrontations fécondantes. Les croisements ne sont pas moins nécessaires pour la pensée que pour le sang. »

Ou dont Valery Larbaud, 70 ans plus tard, aurait des difficultés à écrire dans « Les Balances du Traducteur » :

« Chacun de nous a près de soi, sur sa table ou son bureau, un jeu d’invisibles, d’intellectuelles balances aux plateaux d’argent, au fléau d’or, à l’arbre de platine, à l’aiguille de diamant, capables de marquer des écarts de fractions de milligrammes, capables de peser les impondérables ! » 
 (…) 
[Alors] « sous sa petite baguette magique, faite d’une matière noire et brillante engainée d’argent, ce qui n’était qu’une triste et grise matière imprimée, illisible, imprononçable, dépourvue de toute signification pour (le non initié), devient une parole vivante, une pensée articulée, un nouveau texte tout chargé du sens et de l’intuition qui demeuraient si profondément cachés… » ?

Autres temps, autres mœurs…

Pour autant si la filière formative considère encore aujourd’hui la traduction comme « une pratique médiatrice culturelle et pédagogique à la croisée des chemins de la linguistique, de la civilisation, de la littérature et de la langue de spécialité », il convient peut-être de s’interroger sur le bien-fondé de cette approche et sur sa correspondance - ou pas - avec la réalité du marché…

La traduction comme pratique médiatrice culturelle et pédagogique 

Empiriquement parlant, cette façon de considérer la traduction est purement académique, mais ne se reflète guère à l’épreuve de l’expérience métier.

Car dans les faits, et depuis longtemps, la traduction n’est plus un art (exception faite pour la poésie et, parfois, la littérature) mais un processus, technique, souvent invisible aux destinataires qui le considèrent à tort comme « naturel ». Sauf lorsqu’elle est de piètre qualité, auquel cas la perception (et la réaction), spontanée, est négative.

Paradoxe : si une traduction est mauvaise, c’est la communication qui n’est pas à la hauteur, tandis qu’un texte bien traduit paraît normal, n’amène aucun commentaire particulier, et personne ne pense à l’assimiler à de la communication.

Pourquoi cette divergence ? Cela découle-t-il uniquement de l’idée reçue selon laquelle traduire est tellement simple que connaître deux langues suffit pour le faire ? Faussement véhiculée par l’impression de facilité que laisse une bonne traduction, une bonne interprétation, alors que cette « évidence » repose sur de longues années de formation, de travail et de compétences du traducteur-interprète, mais sûrement pas sur la connaissance superficielle de plusieurs langues…

Par conséquent l’un des principaux défis à relever pour les professeurs universitaires et du secondaire qui enseignent la traduction ou les matières connexes consiste à ne pas déconnecter la traduction « académique » de la traduction « professionnelle », ce qui crée de facto une opposition entre « théorie » et « pratique » et induit l’étudiant à considérer erronément qu’il pourrait s’agir de deux activités séparées…

Or ce qu’il apprend à l’école et à l’université, il l’apprend en vue d’une professionnalisation à venir de son activité, ou plus prosaïquement de son futur gagne-pain.

* * * 

Les motifs de ce désenchantement généralisé envers la traduction sont aussi vastes que prétextueux, mais si elle souffre vraiment d’un déficit d’image et d’une crise de réputation, alors rien n’est plus indiqué qu’une communication de crise pour améliorer son image de marque auprès du public au sens large, et de toutes les parties concernées d’autre part.

L’image de marque de la traduction 

Tout d’abord pourquoi « image de marque de la traduction » et pas simplement « image de la traduction » ?

Dans un article intitulé « Professionnalisation de la formation à la traduction : pourquoi ? comment ? », ĐINH Hồng Vân résume ainsi la situation :
Puisqu’il est polysémique, le concept "traduction" reste relativement flou aussi bien pour le marché de traduction que pour les différents types de formation, ce qui est à l’origine des confusions et des méconnaissances regrettables à l’égard de ce métier. 
En revanche, en partant du postulat qu’une marque est un signe distinctif associé à un produit/service, considérer la traduction comme une marque circonscrit d’emblée le champ d’intervention du marketing, et donc du storytelling : intervenir sur la « marque traduction », objet identifiable et délimité, plutôt que sur le « concept traduction », polysémique et relativement flou…

Une communication de crise pour la traduction 

Généralement, une crise est un événement inattendu, voire imprévisible. Pourtant lorsque la crise dure des années, peut-on encore la qualifier d’inattendue ou d’imprévisible ? Certes pas. Pour une entreprise, une crise marque un tournant : soit elle disparaît à court terme, voire à moyen-long terme après avoir vivoté plus ou moins longtemps, soit elle renaît. Pour la traduction, la conséquence est évidente : si elle ne disparaît ni ne renaît, c’est qu’elle vivote… Et si rien ni personne ne fait bouger les choses, combien de temps encore ?

En chinois « crise » se dit Wei Ji, à savoir l’association de deux idéogrammes signifiant respectivement danger (Wei) et opportunité (Ji). Traduit en langue moderne et appliqué à notre cas, cela signifie que le danger de la mauvaise image de marque qui entoure la traduction appelle la nécessité de recentrer les messages, de trouver de nouvelles idées, de mutualiser les tâches pour reconquérir le marché et les esprits en inventant une nouvelle narration, en racontant une histoire neuve.

Le terme consacré, storytelling, est l’opportunité à saisir : un système complexe de publications, d’infos, de façons de communiquer, de styles innovants, de signaux médiatiques, de redondances pour bien faire entrer le concept jusque dans les cerveaux les plus récalcitrants, de nouvelles démarches et citations (en bref, tout ce qui n’était auparavant que de la communication)…

En Italie, le storytelling est ainsi qualifié : « L’art du récit utilisé comme stratégie de communication persuasive », or « la théorie de la communication persuasive prône comme but premier le fait de convaincre son interlocuteur. Nous noterons, à ce titre, la définition de Lindon (1991) :

« La communication marketing consiste pour une organisation, à transmettre des messages à ses publics en vue de modifier leurs comportements mentaux (motivations, connaissances, images, attitudes etc.) et, par voie de conséquence, leurs comportements effectifs » (Bereni, 2004).

Donc dans notre cas, il ne s’agit point d’utiliser le marketing pour vendre et induire à l’achat notre public cible, il s’agit plutôt de corriger la perception altérée qu’il a de la traduction pour le convaincre qu’elle n’est pas un art abstrait dont les paladins vivront demain d’amour et d’eau fraîche, mais un métier moins estimé que d’autres qu’il serait temps de reconnaître à sa juste valeur ; qu’elle n’est pas une « commodité » au même titre que d’autres produits de base ou de biens de consommation courante tels que du café, des conserves, du shampoing ou autre, mais un service polyvalent et complet, quand bien même intangible, censé apporter des solutions personnalisées aux problèmes des clients, etc. ; que le traducteur n’est pas (plus) un solitaire enfermé dans une activité isolée mais un animal social ; que le traducteur n’est pas la cinquième roue du carrosse destiné à se plier 24/7/365 aux exigences irréalistes de clients omnipotents pour résoudre la quadrature du triangle, mais un partenaire à armes égales qui met son expertise et la qualité de sa langue à leur disposition pour présenter une vitrine parfaite encadrée par une communication multilingue efficace, et ainsi de suite…

Car en particulier les clients ont des difficultés à concevoir mentalement ce qu’est une traduction ! Pour eux, avant que le service de traduction-interprétation ne leur soit livré, ce n’est guère plus qu’une idée, très imprécise, dont le souvenir tend rapidement à disparaître une fois livré...

Il faut donc rendre tangible l’intangible en permanence, et, à chaque occasion, les sensibiliser sur tous les aspects liés au service. Tel est le rôle du storytelling !

Le Storytelling, ou la mise en récit (et en forme) de la traduction 

Le marketing des services se caractérise en ce qu’ils sont généralement intangibles, contrairement aux « commodités », qui sont des biens tangibles de consommation courante : ils peuvent être vus, voire goûtés, touchés, entendus ou sentis avant l’achat, quand bien même les marchandises vendues sur Internet perdent déjà certains de leurs critères spécifiques de tangibilité.

Il s’agit là d’une différence essentielle avec les services, dont les caractéristiques d’intangibilité concernent 6 aspects : lieu, parties prenantes, équipements de production, matériel d’information, symboles, prix. En détaillant un peu :
  1. Lieu : tout emplacement physique où les parties prenantes sont en contact avec un public ; sur Internet, correspond à un site / blog, et plus généralement à tous les endroits, notamment les réseaux sociaux, où les intervenants laissent des traces de leur présence sur le Web ; 
  2. Parties prenantes : tous les intervenants de la filière, des enseignants et formateurs aux aspirants traducteurs-interprètes, des traducteurs-interprètes de métier aux agences de traduction, des clients directs et potentiels aux pouvoirs publics impliqués, jusqu’aux citoyens en général ; 
  3. Équipements de production : tout ce qui permet de fournir un meilleur service, comme les équipements matériels, logiciels, plateformes Web, etc. ; 
  4. Matériel d’information : brochures, documents en général, pages web d’approfondissement internes à un site, etc. ; 
  5. Symboles : du nom au logo, du nom de domaine à la cohérence avec l’image coordonnée d’un intervenant, etc. ; 
  6. Prix : expliquer encore et toujours les prix associés au(x) service(s) de façon transparente. 
Six volets sur lesquels le cycle stratégique du storytelling a son histoire à dire, aussi bien au plan des contenus (mise en récit), que des contenants (mise en forme) :


Figure 1 : le cycle stratégique du storytelling 

Une histoire qui va se baser sur une réflexion initiale (mettre en récit les contenus : quoi raconter, comment, en quelle circonstance, pour quel public, dans quel but, etc.), elle-même fondée sur une connaissance pointue du domaine de la traduction, de ses enjeux et de ses marchés, avant de se transformer en action (mettre les contenus en forme dans les bons contenants : vecteurs traditionnels de communication, congrès, foires, événementiel, sites, blogs, réseaux sociaux, clips vidéo, images, photos, art, musique, etc.).

Ceci pour convaincre les destinataires de cette action marketing tous azimuts que la traduction est autre chose : think different…, en substituant systématiquement aux connotations négatives des messages positifs et redondants, en transposant l’image d’Épinal de la traduction sur le plan d’une communication culturelle moderne, en faisant œuvre de divulgation pédagogique et constante. Un message que j'essaie de faire passer à chaque fois que l'occasion m'en est donnée.

Plus généralement, cette activité permanente de sensibilisation et de conscientisaton doit être menée à tous les niveaux de la filière :
  • enseignants et formateurs, 
  • aspirants traducteurs-interprètes, 
  • traducteurs-interprètes de métier, 
  • agences de traduction, 
  • clients directs et potentiels, 
  • pouvoirs publics, 
  • citoyens en général, 
et faire ensuite de chacun de ces acteurs un ambassadeur de l’image de marque de la traduction dans le monde et auprès de tout le monde.

* * *
  • Au niveau des enseignants et formateurs 
Étant les premiers en contact avec les étudiants qui se destinent à embrasser les métiers des langues, leur responsabilité est grande et exige un niveau de professionnalisation plus seulement théorique et académique, mais également pratique et basé sur une expérience réelle du marché :
« Former à la traduction professionnelle exige des enseignants une double qualité : la compétence académique et la compétence professionnelle. À elle seule, la compétence académique risquerait de confondre la formation avec une certaine formation purement linguistique peu soucieuse des exigences de la profession de traduction et de l’évolution de ses pratiques. La conséquence ? Les jeunes diplômés arrivent sur le marché souvent ignorants des difficultés de la réalité du métier… » (ĐINH, 2011
Fernando Ferreira-Alves (2010) va même plus loin :
« Indeed, based on the literature available on the subject of translator training, the conjugation between the world of work and the academic world geared towards teaching and training translators does actually seem to be one of the ways in which it will be possible to increase credibility and emphasize the qualitative self-assertion of the kind of professionals working in the sector. » 
(adaptation libre : « En fait, d’après la littérature disponible sur la formation des traducteurs, conjuguer milieu professionnel et milieu académique en vue de leur apprentissage et leur formation semble véritablement l’un des moyens d’augmenter la crédibilité et de souligner l’affirmation de soi, en termes qualitatifs, des professionnels évoluant dans ce secteur. »)

La Commission européenne, qui soutient par le biais de la Direction Générale de la Traduction (DGT) le programme de Master européen en traduction (EMT, European Master’s in Translation), n’en pense pas moins, puisqu’elle fixe parmi les objectifs de l’EMT : « Collaborer avec les associations professionnelles, les institutions et les entreprises de traduction afin de conserver une compréhension approfondie des différentes facettes des professions liées à la traduction. », et qualifie de stratégique, entre autres, l’employabilité des traducteurs, en préconisant :
  • Prendre contact avec les employeurs et inviter des professionnels à intervenir comme formateurs et à évaluer le travail des étudiants au sein des programmes de traduction
  • Encourager les stages et conclure des conventions de formation avec l’industrie. 
Il est donc crucial qu’il y ait un raccord permanent entre l’université ou les écoles de traduction et l’univers professionnel, ce qui implique dialogue et coopération. Or il faut reconnaître que ce n’est pas gagné d’avance !

Pour rapporter une expérience personnelle, dans le cadre de formations au marketing & branding à l’intention des traducteurs-interprètes ou des agences de traduction que je dispense avec succès en Italie depuis 2011, j’ai envoyé fin 2013 un courriel ciblé à trente universités, écoles et associations françaises directement impliquées dans la traduction pour leur proposer d’adapter ma formation en français, n’obtenant en retour que trois réponses potentiellement intéressées (10%) et trois autres pour décliner poliment l’offre (10%) : 80% des personnes contactées (toutes responsables à différents titres de la filière) n’ont jamais répondu !

Donc, à ce jour, ma démarche n’a pas encore obtenu de résultat concret (cela étant, au cas où, j’ai quand même adapté 180 diapos entre-temps, soit une partie de mes supports didactiques). Certes, je ne suis pas le seul professionnel sur le marché, mais cette (non-)réaction témoigne de ce que les espaces de dialogue et de collaboration sont difficiles à conquérir.

Or dans l’intérêt même des élèves et des étudiants, afin de leur donner une image aussi précise que possible des « surprises » dont la transition université-marché du travail est parfois porteuse, monde universitaire et monde professionnel auraient tout à gagner en accroissant leurs échanges réciproques.

Le non-dit n’a jamais rien dissimulé et tout se découvre au fil des ans : donc les étudiants seront reconnaissants envers les enseignants qui leur auront présenté la réalité avec honnêteté, sans cacher les nombreux obstacles susceptibles d’entraver une carrière (plus tôt les connaît-on, mieux peut-on s’y préparer), mais montreront peu de gratitude envers ceux qui auront passé sous silence les points négatifs, en faussant ainsi les réelles conditions du marché.

La grande responsabilité des enseignants et formateurs tient aussi en cela.

  • Au niveau des aspirants traducteurs-interprètes 
Pour faire le lien avec ce qui précède, apprendre à traduire est une chose, apprendre les conditions d’exercice du métier en est une autre. Il faut donc décloisonner les apprentissages pour en aplanir les contrastes et en dégager les complémentarités. Il ne doit pas y avoir dichotomie entre l’un et l’autre, mais juste un va-et-vient permanent entre les aspects théoriques et pratiques, la théorie fondant la pratique, et la pratique confirmant (ou pas) la théorie, les deux s’enrichissant mutuellement. Une dialectique qui permet d’ajuster à volonté un aspect ou l’autre, selon les exigences.

Car le degré de perception que les étudiants auront à l’issue de leur formation universitaire pourra conditionner tout leur avenir professionnel. Et se reflètera par conséquent dans l’image qu’ils projetteront à l’extérieur de ce qu’est la traduction, en bien ou en mal…

C’est comme une première impression : elle ne met pas longtemps pour se former, mais une fois acquise, elle peut persister des années et il est difficile de revenir en arrière. Donc autant faire en sorte que cette première perception soit bonne et durable !

Traduire n’est jamais simple, et exercer le métier dans des conditions satisfaisantes encore moins. Mais si dès le départ j’ai la certitude d’avoir un tableau réaliste et complet de ce qui m’attend, alors je peux faire mes choix en connaissance de cause. Or choisir un travail que l’on aime, c’est ne plus jamais devoir travailler un seul jour dans sa vie, aurait dit Confucius. De quoi se tourner vers l’avenir avec confiance.

  • Au niveau des traducteurs-interprètes de métier 
Chez les gens du métier, la voie royale pour promouvoir l’image de la traduction et fidéliser la clientèle consiste à fournir des prestations de qualité, où l’on n’entend pas uniquement par qualité celle du texte traduit, mais également celle de toutes les composantes « connexes » : sérieux, disponibilité, professionnalisme et sympathie (ce qui ne gâche rien) dans la relation avec le client, dans la manière de se présenter, de conseiller, de maintenir ses promesses, de respecter les délais, etc., l’aspect linguistique n’étant que l’un des critères faisant partie de l’offre globale.

Mais les traducteurs-interprètes, indépendants ou salariés du privé et du public, ont aussi une autre responsabilité, celle de sensibiliser tous leurs interlocuteurs en bâtissant un véritable parcours « pédagogique » autour du produit/service traduction, ce qui signifie expliquer et expliquer encore, toute occasion est bonne.

  • Au niveau des agences de traduction 
Même combat pour les agences, à qui il incombe de faire œuvre de divulgation avec entêtement et constance : patience et longueur de temps finiront bien par porter leurs fruits…

En outre, en tant qu’interface entre professionnels d’une part et clients de l’autre, elles ont un double rôle d’accompagnement des uns et des autres, pour favoriser les échanges entre les parties qui n’auraient pas moyen de dialoguer sans les agences (voir plus loin la norme ISO n° 11669).

  • Au niveau des clients directs et potentiels 
En tant que destinataires des PST (Prestations de Services de Traduction), les clients ne doivent pas se contenter d’être passifs (ils ne le sont pas dès lors qu’ils jugent une traduction insatisfaisante), mais agir au contraire vis-à-vis de leurs propres clients pour promouvoir à leur tour l’importance de traductions de qualité. Car s’il est vrai qu’on reconnaît la qualité en la rencontrant, alors pourquoi ne pas en parler autour de soi lorsqu’on l’obtient ?

  • Au niveau des pouvoirs publics 
La France a toujours eu une politique volontariste en matière linguistique, déjà dès la Révolution ! (Perrot, 1997).

« Le volontarisme », nous dit Louis Porcher, « suppose que des décisions soient prises, qui, elles, sont d’abord proprement politiques et ensuite technologiques. La première décision à prendre, une fois les objectifs affirmés et éclairés, consiste à dégager des priorités, à les hiérarchiser, puis à fixer les modalités de l’action, qui ont à articuler le court et le long terme. Il n’y a pas de politique linguistique à long terme, en effet, sans détermination de buts à atteindre à long terme : c’est celui-ci qui détermine le court terme, et non l’inverse, comme cela se produit trop souvent. » (Porcher, 2012)

C’est moi qui souligne. Et d’identifier quatre forces « convergentes » d’une politique linguistique :
  1. l’enseignement ;
  2. l’action culturelle ; 
  3. les médias ; 
  4. les entreprises. 
J’y ajouterais un cinquième pilier : l’État.

« La langue de l’Europe, c’est la traduction » 

Michaël Oustinoff (2009), dans Plurilinguisme et traduction à l'heure de la mondialisation, en citant Umberto Eco (« La lingua dell’Europa è la traduzione »), précise : « C’est cette langue-là qu’il faut apprendre. »

Voici donc une formule originale rapportée à la traduction qui ouvre des horizons pour une politique linguistique volontariste visant à la promouvoir comme « langue à part entière ».

En novembre 2004, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication à l’époque, prononçait devant la fédération européenne des institutions linguistiques nationales les mots suivants :
« [I]l faut parler au moins deux langues pour parler la sienne et comprendre qu’on en a une : la diversité culturelle ainsi comprise désigne une raison politique d’espérer. » 
En le citant, Barbara Cassin (2011) combat cet avis :
« Est-il vrai qu’il faille parler au moins deux langues pour parler la sienne et comprendre qu’on en a une ? Certainement pas. Cela serait compris comme un encouragement à apprendre l’anglais pour parler le français. » 
Personnellement, je suis en désaccord total avec cette position, partiale et qui ressemble plus à une querelle de chapelle qu’à un raisonnement solidement argumenté.

Je peux vous assurer par expérience qu’être polyglotte aide à mieux comprendre sa langue (voire sa culture) et à la découvrir chaque jour davantage. À titre d’exemple, les italiens disent toujours que le français est une langue « douce » ! Or connaissez-vous un seul locuteur français monolingue qui pense de sa langue qu’elle est « douce » ? Mais en comparant le français aux autres langues, on se rend bien compte que la sonorité de la langue de Hugo est « douce »…

Une découverte ne pouvant avoir lieu qu’à travers le prisme d’une autre (d’autres) langue(s).

Les sources d’inspiration et les initiatives possibles sont multiples.

Certaines normes ISO, comme la n° 11669:2012 (Projets de traduction — Lignes directrices générales), ou la n° 29383:2010 (Politiques terminologiques — Élaboration et mise en œuvre), précisent respectivement :
  • « La présente Spécification technique reflète l’éventail de projets assurés par les prestataires de services de traduction (PST). Elle fournit des lignes directrices relatives aux bonnes pratiques pour toutes les phases d’un projet de traduction. Elle sera également utile pour les institutions qui forment les traducteurs. Elle n’est pas censée faire concurrence aux normes régionales et nationales en vigueur, mais a pour objet d’améliorer la communication entre toutes les parties prenantes concernées dans le cadre d’un projet de traduction, notamment les personnes qui demandent le service de traduction, celles qui assurent le service et celles qui utilisent le produit de la traduction. » 
  • « Les politiques terminologiques peuvent prendre des formes très variées, en fonction du contexte. Dans un contexte national, une politique terminologique peut se traduire, du moins en partie, par un document juridique, par exemple pour une politique linguistique, éducationnelle ou informationnelle. Dans le même ordre d’idées, la politique terminologique au sein d’une grande organisation non gouvernementale ou intergouvernementale peut être complexe car elle doit traiter une situation politique très complexe et différents niveaux d’interopérabilité (culturel, politique, sémantique, …). » 
Un autre modèle tout trouvé pour intervenir en faveur de la traduction est celui de la Commission européenne, dont les objectifs du programme EMT (déjà cité), promu par la DGT, sont les suivants :
  1. Favoriser et encourager un apprentissage et un enseignement dynamiques (…) 
  2. Reconnaître, distinguer, puis s’adapter à l’évolution de la formation des traducteurs qu’impliquent le développement du marché et le progrès technologique.
  3. Évaluer la qualité des programmes de formation en traduction. 
  4. Collaborer avec les associations professionnelles, les institutions et les entreprises de traduction afin de conserver une compréhension approfondie des différentes facettes des professions liées à la traduction. 
  5. Encourager un soutien mutuel entre les différents membres du réseau EMT (…)
  6. Suivre les avancées en matière d’innovation et de recherche pédagogiques ainsi que le développement de programmes d’études et évaluer leur compatibilité avec les programmes EMT. 
La DGT a également qualifié de stratégiques pour l’EMT les domaines suivants : 1) l’innovation ; 2) l’employabilité ; 3) les critères définis par l'EMT pour l'évaluation et la sélection des programmes ; 4) l’Association EMT ; 5) la formation des formateurs. 

Je me limiterai ici à détailler les points 2) et 5) :

2) Employabilité : 
  • Mener une réflexion sur l'employabilité comme moyen d'augmenter le prestige de la profession, et en termes de formation tout au long de la vie. 
  • Déterminer le profil du traducteur. 
  • Mener des enquêtes appropriées et régulières auprès des employeurs. 
  • Prendre contact avec les employeurs et inviter des professionnels à intervenir comme formateurs et à évaluer le travail des étudiants au sein des programmes de traduction. 
  • Encourager les stages et conclure des conventions de formation avec l'industrie. 
  • Surveiller l'évolution des compétences requises dans la profession. 
5) Formation des formateurs : 
  • Élaborer un cadre général définissant un profil de compétences pour les formateurs de traducteurs. 
  • Créer une banque de ressources contenant du matériel pédagogique destiné aux formateurs de traducteurs. 
  • Développer le processus de formation tout au long de la vie des formateurs de traducteurs. 
  • Rédiger un guide de mise en place pour les nouveaux programmes de formation à la traduction professionnelle et traiter en particulier la question du passage de la philologie/études de lettres à la traduction. 
Source : document STRATÉGIE RELATIVE AU MASTER EUROPÉEN EN TRADUCTION (EMT), consulté le 11 décembre 2014

Les pouvoirs publics n’ont donc que l’embarras du choix pour promouvoir la traduction. Sans se limiter aux subventions pour la traduction littéraire (à lui seul, le Centre national du livre attribue des aides à la traduction pour un montant annuel de 42 millions d’euros, contre un budget 2015 de 3,73 millions d’euros de l’Agence européenne EACEA), ils pourraient par exemple, juste en redistribuant les aides existantes, lancer des campagnes publicitaires massives s’adressant directement aux citoyens...

  • Au niveau des citoyens en général 
Dans la seule Europe, le public potentiellement intéressé par les langues et les cultures représente environ 500 millions de personnes !

Parmi elles, les enfants et les adolescents – les citoyens de demain – sont une cible de choix, qui ne demandent qu’à s’engager dans l’apprentissage actif de la traduction. Le tout est de se mettre à leur niveau, par exemple en développant des applications ludiques pour le Web, multi-dispositifs, d’ailleurs le créneau des langues pour tous commence déjà à être occupé par des acteurs commerciaux, Duolingo pour n’en citer qu’un.

Les États doivent-ils toujours être à la remorque des entreprises privées ?

Car de même que les enseignants et formateurs ont une obligation particulière vis-à-vis de leurs étudiants, les États devraient avoir la responsabilité d’encourager les autres parties prenantes en facilitant leur implication à tous les plans, et notamment celle des citoyens.

* * * 

Pour conclure, cet article ne présente que les contours d’un cadre d’intervention éventuel, sans rentrer dans le détail des actions marketing à entreprendre, mais qui doivent s’inscrire dans une stratégie de communication persuasive tournée vers les publics concernés « en vue de modifier leurs comportements mentaux (motivations, connaissances, images, attitudes etc.) et, par voie de conséquence, leurs comportements effectifs ».

Tel est probablement le prix à payer pour que la traduction regagne sa crédibilité initiale, voire son prestige, et retrouve enfin son droit de cité mondial !